Éducation: la différence sur les bancs d’école

Delphine Caubet

Dans une vidéo vue plus de 400 000 fois en 2016, une mère et sa fille poussent la chansonnette. L’émotion est palpable et les commentaires de parents abondent. De sa jeune voix, Marguerite chante: «J’ai pas voulu tout saboter; Tout détruire, tout casser; Je suis tannée de ne pas rentrer; Dans des cases déterminées».

Cette chanson (écrite par Nathalie Baroud et Sonia Jonhson, chantée par l’artiste pour enfants Kalimba) met en avant les différences des enfants et les valorise. Kalimba, alias Véronique, est la mère de Marguerite (10 ans) au parcours scolaire tortueux, empreinte de difficultés émotionnelles et d’estime de soi. Cette chanson intitulée Valse Kalimba est fortement inspirée de l’histoire de Marguerite.

Se démarquer autrement
Véronique présente sa fille: «Quand Marguerite était petite, tout le monde trouvait qu’elle était vive, intelligente et qu’elle avait une bonne mémoire. Mais une fois à l’école, ça a été tout le contraire. Il y avait déjà un soupçon d’angoisse, d’une mauvaise gestion des émotions. Elle est une artiste, elle a son monde imaginaire, elle explose.»
Marguerite a été diagnostiquée avec un Trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH). À l’école, Marguerite se retient, tente d’intérioriser son intensité et se sent sous pression. Alors, de retour à la maison, elle relâche tout, avec perte et fracas parfois. «Quand il était temps de faire les devoirs à la maison, explique Véronique, cela devenait très conflictuel. Je ne suis pas une personne violente, pourtant une fois j’ai jeté son cartable, je n’en pouvais plus.»

Aujourd’hui, Marguerite semble avoir trouvé un équilibre dans sa scolarité. Depuis septembre 2016, elle a intégré une classe d’adaptation où chaque élève travaille à son rythme. «Et elle le vit mieux, raconte Véronique. Avant, elle avait dix-huit devoirs à faire, mais elle ne pouvait même pas en faire un. Là, c’est deux. Ça marche mieux. Elle a une qualité de vie en classe d’adaptation.»

Dans nos écoles traditionnelles, les enfants TDAH ou ayant une autre différence auront tendance à se retrouver en difficulté scolaire. Pourtant, les personnes avec un trouble de l’apprentissage (dyslexie, etc. caractéristiques clés des personnes atteintes de TDAH) possèdent «un quotient intellectuel égal ou supérieur à la moyenne des personnes de leur âge», écrit l’orthopédagogue Marielle Potvin.

Pour aider Marguerite dans son processus d’apprentissage, sa mère l’a amenée à des séances de neurofeedback (électrodes posées sur la tête qui permettent de visualiser les moments d’attention du cerveau), en plus d’une psychothérapie. Grâce à cela, Margot apprend à maîtriser son intensité, à nommer ses émotions et à diminuer son anxiété.

Si Marguerite a plus de difficulté que d’autres à lire, son intelligence n’est pas à remettre en question pour autant. Tous les examens ont montré que son cerveau fonctionne autrement, qu’il utilise des chemins différents, ce qui a pour conséquence de l’épuiser pour des actions qui peuvent paraître banales pour les autres.

Qu’est-ce que l’intelligence?
«Elle est belle, raconte Véronique. Elle est juste coincée. Mais elle va se découvrir et à un moment donné, tout le monde va la voir. Elle sera une adulte exceptionnelle, car elle aura eu tous les outils.»

Ce que Véronique dit avec ces mots, c’est que Marguerite est différente, pour le meilleur et pour le pire. Notre système éducatif, trop rigide, ne reconnait pas ses forces, mais certains scientifiques veulent faire changer les choses.

Il y a 20 ans, le professeur de psychologie et de neurologie de l’Université d’Harvard, Howard Gardner, a présenté sa théorie sur les intelligences multiples: il en a identifié 8.

Dans son livre Les Intelligences multiples, il reproche à notre système de miser sur la réussite de nos jeunes en stimulant et reconnaissant essentiellement deux d’entre elles. Il dit: «Dans notre société, nous avons mis les compétences langagières et logico-mathématiques sur un piédestal. La plupart de nos tests sont fondés sur l’évaluation de ces types de compétences. Si vous êtes performants dans ces deux domaines, il est probable que vous aurez de bons résultats aux tests de QI.»

Sa quête a été de définir ce qu’est une intelligence. Est-ce un large vocabulaire? Ou est-ce être fort en calcul? À travers l’étude de nos sociétés, le professeur Gardner a tenté d’identifier «la nature plurielle de l’intellect» humain.

Il ajoute: «Le rôle de l’école devrait être de développer ces intelligences et d’aider chacun à parvenir à un métier ou à une activité appropriés à son propre éventail de facultés. (…) Tout le monde n’a pas les mêmes capacités ni les mêmes intérêts. (…) Nous n’apprenons pas tous de la même façon. (…) Je me préoccupe de ceux qui ne brillent pas aux tests standardisés et sont donc considérés comme dénués de dons.»

Gardner a toujours refusé de classifier ces intelligences en fonction des meilleures et des moins bonnes. Être différent ne signifie pas être inférieur, c’est simplement avoir des forces ailleurs. Le professeur souligne également que pour réussir, il n’est pas nécessaire d’exceller dans une de ces intelligences, mais au contraire d’avoir une complémentarité qui est nécessaire à certains besoins de notre société.

Rêves de Véronique
Bien que pragmatique sur la réalité scolaire, Véronique rêve de classes avec moins d’élèves par professeur pour lui donner plus de temps pour les découvrir. Le but de la chanson Valse Kalimba est de mettre en valeur les forces des jeunes. «C’est merveilleux quand on [leur] laisse une chance. Avec un enfant, tout est beau, ils ont juste leur petit twist.» Et des milliers de parents ont reconnu leur enfant à travers cette chanson. En commentaires, ils partagent leurs frustrations, mais également leur amour pour leur petit souvent différent.

Formes d’intelligences

Le professeur Howard Gardner a défini 8 principales formes d’intelligences. Il précise toutefois qu’elles pourraient évoluer au fil de ses recherches, voire se subdiviser.

Nous serions tous un mélange de ces intelligences, mais à des degrés différents. Un peu comme un muscle, certaines seront plus sollicitées selon notre vécu. Mais rien n’est immuable, nos forces et faiblesses évoluent avec le temps.

– Intelligence langagière: utilisation du langage pour comprendre les autres et exprimer ce l’on pense (ex: orateurs, avocats, écrivains, etc.);
– Intelligence logico-mathématique: capacités de logique, d’analyse, d’observation et de résolution de problèmes (ex: biologistes, informaticiens, médecins, etc.);
– Intelligence spatiale: capacité de se faire mentalement une représentation spatiale du monde. Elle permet créer des œuvres artisanales, d’agencer harmonieusement vêtements, meubles, objets. Capacité de penser en images;
– Intelligence musicale: capacité de penser en rythme et en mélodie, de reconnaître des modèles musicaux, de les mémoriser, de les interpréter, d’en créer, d’être sensible à la musicalité des mots et des phrases;
– Intelligence kinesthésique: capacité à utiliser son corps ou une partie, pour communiquer, s’exprimer ou réaliser des tâches nécessitant une motricité fine;
– Intelligence naturaliste: capacité à classifier, discriminer, reconnaître et utiliser des informations sur l’environnement;
– Intelligence interpersonnelle: capacité à comprendre et à réagir de façon correcte avec les autres. Elle permet l’empathie, la coopération, la tolérance.
– Intelligence intrapersonnelle: capacité d’introspection pour se comprendre et avoir une vision juste de soi.

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