Famille: La place des papas…

Mahdia Mellal

En soutenant l’intégration de la réalité des pères dans l’offre de services à la famille, le Regroupement pour la valorisation de la paternité (RVP), en quelques années d’existence, a réussi à rejoindre tout le Québec.

Père lui-même de deux enfants, Raymond Villeneuve a eu le coup de cœur pour la cause. S’investir dans la valorisation de la paternité lui est apparu comme une évidence. «J’en suis venu rapidement à réaliser qu’il y avait beaucoup de choses à faire à ce niveau-là. Oui, on souhaitait l’engagement paternel, mais dans les services, les politiques, les pères étaient très peu présents.»

Après avoir découvert l’organisme, il s’y investit, dans un premier temps bénévolement puis de façon permanente. Il en est aujourd’hui le directeur.

Diane Dubeau, professeure au Département de psychoéducation et de psychologie à l’Université de Québec en Outaouais, a rejoint le train en marche en 2010. Elle y a trouvé sa place en tant que présidente: «Mon intérêt pour les pères et leurs rôles dans le développement de l’enfant remonte à 25 ans. J’en ai fait mon sujet de thèse, mais n’ayant pas répondu à toutes mes questions, j’ai décidé de continuer à travers d’autres projets: l’évaluation de l’intervention auprès des pères et la façon de les rejoindre. »

Le RVP est un organisme qui a réussi à rassembler les acteurs ayant à cœur l’engagement paternel et qui est porteur d’un même objectif: valoriser le rôle des pères dans l’épanouissement familial et sociétal. Pour cela, ils organisent des conférences sur différentes réalités paternelles (être père gay, beau-père, la séparation conjugale, etc.), tout en organisant des activités pour célébrer le rôle du père et le promouvoir, comme lors de la fête des Pères.

Changements sociétaux

Au Québec, de nombreux changements sociaux se sont opérés autour de la représentation du père; elle est passée de l’image du père pourvoyeur à celle du père affectif et impliqué dans la vie de ses enfants.

Même si la mission première du RVP est la valorisation de la paternité, elle n’exclut pas pour autant les mères. Bien au contraire, Raymond Villeneuve rappelle que promouvoir l’engagement paternel profite à tous, autant aux enfants qu’aux mères. Dans un souci de respect de ce principe, il tient à ce que l’organisme y soit fidèle: «Dans les conseils d’administration, des membres et des partenaires, il y a toujours des femmes et des hommes, ce n’est pas une démarche sectaire, c’est beaucoup du ensemble pour le bien de tous.»

La coparentalité et l’égalité femmes / hommes sont mises en avant: «Il ne suffit pas de parler de valeurs, mais les vivre et les incarner soi-même. L’image que nous projetons, la présidente et moi, est lourde de sens, elle reflète la démarche commune homme-femme pour faire avancer les choses.»

Le cœur du sujet et l’âme de l’organisation reposent sur la co-construction de la famille: «Avant, il y avait le rôle du père et les tâches de la mère. Aujourd’hui cette répartition s’est atténuée. On est plus dans le partage des rôles, la coparentalité et le ensemble. C’est une toute nouvelle gestion de la vision familiale qui pose un certain nombre de défis.»

Sur la perte de l’autorité paternelle telle que conçue dans les sociétés traditionnelles, les représentants s’accordent à dire que cette question est peu d’actualité au Québec: «Les pères Québécois se préoccupent très peu de cela, du moins les jeunes pères. Ceux-ci sont préoccupés par l’encadrement de leurs enfants, qui leur semble essentiel pour le développement de leurs enfants.»

Diane Dubeau avoue tout de même que la tâche n’est pas facile; cela nécessite du temps et des efforts pour faire des choix, par exemple: comment concilier travail et famille, surtout lorsque les enfants sont en bas âge? Qui devra s’absenter du travail lorsque cela est nécessaire?

Elle maintient tout de même que cette nouvelle façon d’aborder la parentalité est un gain considérable pour la famille.

La stratégie du RVP est d’accompagner les pères dans cette nouvelle démarche via des partenaires membres du secteur communautaire en contact direct avec les familles. Il y a 10 ans, Centraide du Grand Montréal a saisi le potentiel du RVP et a été la première instance à le soutenir financièrement. Les ministères de la Famille, de la Santé et des Services sociaux ainsi que le Secrétariat de la condition féminine ont ensuite suivi le pas.

Avec seulement deux employés permanents et des projets d’envergure provinciale, le Regroupement pour la Valorisation de la Paternité doit faire face à un défi interne important : la croissance de ses activités sans une croissance correspondante de ses ressources humaines.

A propos Mélina Soucy 39 Articles
Éternelle indécise, je me suis tournée vers le journalisme, car je n'arrivais pas à choisir entre une carrière d'auteure ou de femme de sciences. Pour satisfaire mon insatiable curiosité, j'ai donc fait un baccalauréat en journalisme à l'UQAM. Passionnée de culture et d'enjeux sociaux, j'ai couvert de tout pendant ces trois années. J'ai pu me spécialiser en culture en écrivant et en étant rédactrice en chef du magazine le Culte, ainsi qu'en couvrant l'actualité artistique montréalaise pour Atuvu.ca. Les questions féministes et progressistes sont mes sujets de prédilection.

Soyez le premier à commenter