Le divorce chez les immigrants

Mahdia Mellal

D’après les spécialistes, la décision d’immigrer représente en soi un acte violent socialement, économiquement et culturellement parlant, et qui amène des tensions auxquelles les familles ne sont pas nécessairement préparées.

À peine le rêve de l’immigration (nourri des années durant) atteint, il faut déjà faire face à la réalité. Il faut entamer le processus d’intégration de tous les membres de la famille sur tous les fronts.

Bouleversements conjugaux

La réalité du marché de l’emploi représente le premier choc pour les familles, surtout s’il n’y a pas de reconnaissance des études et des expériences acquises dans certains pays d’origine. Sans références québécoises, un premier emploi est également difficile à décrocher.

D’autres nouvelles réalités sociales viennent se greffer à la situation; les enfants qui réclament plus de droits et de libertés, au même titre que la mère qui prend davantage de place dans les décisions et qui fait valoir les nouveaux droits que lui confère son pays d’accueil. Le sentiment de déracinement et d’isolement que ressentent parents et enfants est également une composante non négligeable. Tout cela réuni, la descente est vite amorcée.

Les études s’accordent à dire qu’entre deux et cinq années sont nécessaires à la réussite du projet d’intégration des immigrants. L’avenir du couple en est tributaire. Peu d’immigrants le savent ou le prennent en compte. C’est ainsi que des problèmes latents refont surface au moment des crises. L’éventualité du retour au pays de l’un ou l’autre des parents se dessine sans faire l’unanimité dans le foyer. La tension monte d’un cran.

Éclatement

Reconnaître ses difficultés et tendre la main vers l’extérieur ou à sa communauté ne peut être envisagé, pour la plupart… le linge sale se lave en famille. Faire appel à un spécialiste en relations conjugales ne fait pas non plus partie de la culture d’origine ou serait tout simplement dispendieux.

Il existe cependant des organismes communautaires et des services qui ont pour mission de répondre aux besoins des conjoints en difficulté, tel que le Service d’aide aux conjoints qui reçoit exclusivement des hommes pour qui le processus judiciaire est déjà démarré, suite à une demande de divorce requise par l’épouse ou à une plainte de violence conjugale.

Les intervenants de cet organisme s’accordent à dire que la déception première des familles immigrantes provient du fait que leurs attentes financières sont loin de celles réalisées depuis leur arrivée. Ne pas atteindre cet objectif pour l’immigrant serait synonyme d’échec. S’ajoutent la pression familiale et la crainte de décevoir les siens, ce qui peut conduire à de la violence conjugale même si parfois cela n’a jamais eu lieu par le passé.

Place de la femme

Les avis des intervenants au sujet du rôle de la femme sont mitigés. L’un me parle de l’intégration rapide de la femme et du sentiment d’échec que cela crée chez le conjoint, un autre intervenant met de l’avant la somme de responsabilités – travail, charges administratives, etc. – qui incombe aux hommes dont les conjointes ne maîtrisent pas la langue.

Yves Nantel, l’un des intervenants, a également relevé le manque d’accompagnement et de support envers les nouveaux arrivants: «On parle aux femmes de leurs nouveaux droits et de la façon de les faire valoir, mais moins des conséquences sur leur vie familiale. Très souvent, elles méconnaissent la tolérance de la société québécoise et du système judiciaire face à certaines questions.»

Sans compter les coûts des procédures judiciaires qui enfoncent la famille dans la précarité en plus du désarroi.

Communication en crise

D’après Yves Nantel, les communautés à fortes croyances, telles que la communauté musulmane, auraient du mal à accepter l’idée de la rupture ou du divorce. Cela complique la tâche de l’intervenant auprès des participants: «Pas d’entente, mais pas de séparation non plus, ce qui rend la vie au sein du foyer insupportable.»

Les histoires des hommes rencontrés par cet organisme, aussi différentes soient-elles, ont toutes un point commun: la grande solitude et la souffrance qu’ils n’expriment pas. La gent masculine serait de nature moins expressive.

L’analyse de l’équipe du Centre d’aide aux conjoints tient compte de la difficulté de ne pas comprendre le contexte sociétal, de ne pas connaître son voisin ou de se croiser sans se parler. Le rythme de vie effréné ne laisserait pas les immigrants indifférents.

 

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