Législation anti-pitbull et autres chiens: la réalité de la rue

Caroline Leblanc

Pendant longtemps, l’animal a été considéré comme un bien aux yeux de la loi québécoise. Mais depuis 2016, il a obtenu le statut d’être vivant sensible et doué de sensation.

Un espoir pour ceux qui, comme moi, pensent que la législation et les actions devraient s’axer sur la prévention et l’intervention en cas de négligence et de cruauté. Malheureusement, la nouvelle réglementation en matière de gestion animalière de la Ville de Montréal prouve qu’il reste encore du chemin à faire pour y parvenir.

Pour protéger la population, l’administration Coderre a mis en place, dans l’urgence, une réglementation valorisant le bannissement des chiens de type Pit bull, au lieu d’élaborer un programme d’éducation axé sur la prévention des morsures. Pourtant, il a été démontré en Ontario que le taux de morsures n’a pas diminué suite au bannissement de ces types de chiens. Les politiciens ont toutefois décidé, sans tenir compte de la réponse scientifique, de valoriser l’extermination de plusieurs chiens, et ce, sans se soucier des conséquences que peut provoquer une séparation entre le maître et l’animal en cas de non-conformité.

Pour les personnes qui vivent dans un contexte d’itinérance, cette réglementation alourdit leur quotidien et augmente leur stress de perdre leur compagnon de vie. Pour eux, l’animal occupe souvent une place centrale. L’état de bien-être qu’il procure est inestimable. Il est une source de réconfort leur permettant de trouver un sens à la vie et de s’y raccrocher. Ayant moi-même vécu dans la rue et ayant intervenu dans la rue auprès de cette population, j’ai eu la possibilité de constater les nombreux bienfaits d’une telle relation.

Les démarches pour se conformer au règlement ont été tellement ardues et complexes que les personnes itinérantes n’avaient pas les ressources nécessaires pour y parvenir. Dans les faits, pour garder leur animal, elles devaient se procurer un harnais, une laisse spéciale et une muselière. Par la suite, elles devaient débourser 150$ pour enregistrer leur animal. Comme tout propriétaire, les personnes itinérantes devaient assister aux cliniques d’enregistrement qui étaient engorgées durant des heures sans avoir de place pour laisser leur animal. Enfin, elles devaient trouver l’argent pour vacciner, micropucer et stériliser leur animal et faire une enquête judiciaire pour fournir la preuve qu’il n’a pas de dossier criminel.

Malgré que la Ville de Montréal ait soutenu certains d’entre eux par le biais d’organismes en offrant la possibilité d’obtenir une lettre attestant leur situation d’itinérance, les ressources pour le reste des démarches étaient difficiles à atteindre. Des personnes itinérantes y sont arrivées avec acharnement, mais beaucoup d’autres ont échoué; il fallait environ 700$ et beaucoup d’énergie pour achever le processus. Un montant colossal pour une personne vivant dans la rue.

Et vous, seriez-vous capable de vous conformer aux exigences de la ville si vous n’aviez aucun moyen financier et que vous viviez un contexte de vulnérabilité?

Pour celles qui n’y sont pas parvenues, un stress continuel les a envahies à l’idée de perdre leur animal. Pour maintenir leur lien, certaines ont décidé de quitter Montréal pour aller dans une ville sans bannissement. Ce départ précipité les a amenées à couper leur lien avec leur réseau social et les organismes qui les soutenaient. Une coupure drastique qui accentue leur désaffiliation sociale et qui les fragilise, car toutes les villes n’ont pas les ressources adaptées à leur problématique. Dans l’impuissance, d’autres continuent d’errer dans la métropole, sachant les risques de faire saisir leur animal.

Mais la triste vérité est qu’aucun de ces propriétaires ne peut être sûr de garder son animal, car le Gouvernement du Québec a lui aussi opté pour le bannissement en ciblant les chiens de type Pitbull et Rott Weiller.


Caroline Leblanc est la fondatrice et directrice de l’organisme Solidarité dans la rue. Ayant vécu dans la rue pendant plusieurs années, elle a créé son organisme pour sensibiliser les instances de notre société à la réalité des personnes de la rue avec un animal de compagnie. Aujourd’hui, elle termine une maîtrise en travail social tout en s’investissant dans son organisme.

Des chiens à travers le Québec

Le gouvernement du Québec songe à suivre l’exemple de la métropole et à bannir les chiens Pitbull.

Selon l’Association des médecins vétérinaires du Québec (AMVQ), en 2010 il y aurait eu 45 000 morsures canines chez les enfants de moins de 12 ans et 164 000 chez l’ensemble des Québécois. 

Si les morsures entraînant la mort sont très faibles, pour l’AMVQ, le choix de la race du chien doit se faire selon les caractéristiqeus physiques et psychologiques de l’animal, mais également selon l’expérience du propriétaire. 

En effet, selon une récente étude du Système canadien hospitalier d’information et de recherche en prévention des traumatismes (SCHIRPT) qui a été réalisée auprès de 385 victimes, le chien agresseur est connu de la victime dans 71,2% des cas et il habite avec elle dans 25,7%. 

La Ville de Montréal veut mettre à exécution le Règlement sur le contrôle des animaux, qui a pour objectif de favoriser une cohabitation harmonieuse entre les citoyens et les animaux de compagnie, et d’assurer la sécurité publique. Tous les propriétaires de chien ou de chat doivent respecter ce règlement et détenir un permis valide pour leur compagnon. 

À la suite de plusieurs faits divers impliquant des chiens dits dangereux, la métropole a décidé en 2016 de mettre en place un règlement bannissant les chiens de type Pitbull.

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