Lyne

lyne-bistro-ste-cathQuand vous êtes un oiseau de nuit, vous voyez la ville autrement. Alors que tous dorment, vous assistez à des scènes pas toujours flatteuses qui se cachent du jour. Vous apprenez à en connaître les acteurs et vous rencontrez du monde haut en couleur. Dans quel quartier de quelle ville cela ne se produit-il pas ?

Une artiste particulière vient apporter bonne humeur et beauté dans le quotidien des prostitués de Montréal. Lyne est jardinière et tous ceux qui ont déjà vu ses réalisations ne peuvent pas douter qu’on peut travailler la terre et être un artiste.

Depuis le début de l’année 2015, Lyne est chargée des plantes de la terrasse du Ste-Cath. Elle n’avait qu’une seule consigne : que ce qui pousse puisse être réutilisé en cuisine. Après ça, carte blanche ! Et Lyne a su en profiter indubitablement. Mieux que ça, elle a inspiré la cuisine et les serveuses à créer de nouveaux plats ou cocktails pour se marier aux plantes non utilisées. Cynthia, serveuse en chef et passionnée de cocktails, s’évertuera à trouver l’alliance magique pour le romarin laissé à son triste sort. Avec son plateau débordant de shooters, elle fait notamment le tour de la terrasse un dimanche soir pour avoir les critiques du public sur ses essais. Une situation qui enchante Lyne.

Deux fois par semaine, notre jardinière se rend sur les lieux pour observer ses bébés et les choyer. Et la dame n’a pas d’heures, vous pouvez l’y croiser à trois heures de l’après-midi comme à une heure du matin. Si certains sont surpris que la terrasse ne soit pas saccagée, pour elle, cela tombe sous le sens. Une belle terrasse de restaurant, ce n’est pas que pour les clients ou les employés, c’est pour tout un quartier : « C’est quelque chose de beau pour les yeux et à tout le monde », explique la jardinière.

Que ce soit de jour ou de nuit, quand les passants s’arrêtent et lui posent des questions, rien ne lui fait plus plaisir que de parler de l’organisme et de ses missions. « Et les gens comprennent. C’est aussi pour ça que personne ne touche aux plantes alors que tout est comestible. Dans la période actuelle, nous devons protéger les organismes communautaires… ils doivent être préservés par le public. On ne sait pas qui en aura besoin à l’avenir. » Lyne la jardinière, une voix douce, une personnalité rayonnante et des idées bien établies.

Alors la nuit quand elle arrose, plante et chérit, les conversations se lient avec les habitants de la nuit. Quand les prostitués l’abordent pour une cigarette, c’est avec plaisir qu’elle leur en offre. « Et ces personnes ont la mémoire longue, il ne faut les négliger ! » Avec les itinérants, Lyne a également ses habitudes : « Ce sont mes gardiens à moi », explique-t-elle. Contre quelques cigarettes et un agréable moment à discuter, la jardinière leur demande de veiller au grain pour surveiller son œuvre.

Si Lyne met autant d’amour et de dévouement dans les jardinières du Ste-Cath, c’est aussi pour ces habitants de la nuit : « C’est mon premier public », précise-t-elle. Ces filles de joie n’ont pas toujours la vie facile, mais l’espace de quelques instants, elles peuvent s’assoir devant ces fleurs, les admirer et elles aussi avoir leur part de beauté dans la vie.

La vraie beauté, Lyne en a compris tout son sens. Ce n’est pas une esthétique jolie ou la perfection, c’est offrir des émotions positives, quelque chose qui inspire et rejoigne les cœurs et les gens.

Sa grande fierté avec la terrasse du Ste-Cath est toute l’interaction qui se crée autour. Quand une serveuse sort pour cueillir la menthe du mojito ou le basilic du pesto, la conversation s’engage entre les gens en terrasse et l’employée. Et quand cette dernière se redirige à l’intérieur pour poser les feuilles dans le verre directement sous le nez du client… quelle impression ! Difficile d’offrir un meilleur service.

Lyne pourrait être la représentante du Ste-Cath et de tout l’organisme. Si elle peut parler aussi bien du Journal de la Rue et de ses activités, c’est qu’elle y a travaillé pendant 11 ans avant de lancer sa propre entreprise d’horticulture. Elle connait intimement Danielle Simard et Raymond Viger. « Et on change en les côtoyant, explique-t-elle. On s’améliore. » Sa tolérance envers son prochain et sa patience, elle les tient d’eux. « Je ne suis pas sûre que j’aurais pu tenir les mêmes propos sur les prostitués et les itinérants il y 20 ans. »

Il y a 16 ans de cela, alors qu’elle travaille en comptabilité pour une compagnie située à côté du Journal de la Rue, Danielle Simard (directrice administrative) est à la recherche d’une assistante. Lyne est là. Elle rejoint la joyeuse équipe.

« Danielle et Raymond sont des gens profondément humains, s’élance-t-elle. Mais ils ne sont pas reconnus ! Ça me fait quelque chose quand au lancement du livre de poésie de Raymond il n’y a pas un seul journaliste. S’il y avait eu un mort, ils auraient été 10. Et là, personne ! »

La jardinière n’est pas avare d’exemples sur ce qu’a fait le couple pour elle. Comme lorsqu’elle a eu sa fille Rose. Alors qu’elle accouche, deux semaines après son congé parental, elle doit retourner au travail. Comme Lyne est mal prise pour trouver une gardienne à son enfant, les éminences grises décidèrent de lui aménager un bureau fermé exclusivement pour elle, avec un berceau et tout le matériel nécessaire pour sa petite. C’est ainsi que la douce Rose passa la première année de sa vie au Journal de la Rue et que sa maman pu reprendre le travail seulement deux semaines après l’accouchement. Un traitement qui a profondément marqué Lyne.

Aujourd’hui, au milieu de ses plantes, Lyne se considère comme la plus chanceuse. Son entreprise va bien, elle a la chance d’avoir sept clients qui lui prennent tout son temps et qui lui laissent exprimer sa créativité.

Son secret qu’elle chérit particulièrement ? L’aide mutuelle entre deux organismes communautaires sans qu’ils le sachent. Son principe en tant que jardinière est le partage et l’échange. Pour réaliser la terrasse du Ste-Cath, Lyne a pris les plantes d’un de ses autres clients, le Jardin Solidaire de Longueuil. « Un jardin magnifique où si je pouvais j’y passerais tout mon temps. » Quand ils veulent changer le contenu de jardinières ou que de nouvelles pousses apparaissent, Lyne en fait profiter ses autres clients pour qu’ils s’embellissent. « C’est bénéfique pour tout le monde », s’exclame-t-elle.

Alors la nuit, si vous voyez passer une femme aux cheveux rouge dans sa camionnette avec les bras chargés de plantes, peut-être êtes-vous en train d’assister à un échange, à une entraide sans que les principaux protagonistes ne soient au courant. Et regardez bien ces jardinières, car elle en prend soin pour son premier public, les habitants de la nuit.

Le Bistro socialement engagé

Avec son ambiance chaleureuse et sa cuisine mariant terroir et création, Bistro Le Ste-Cath offre une scène culinaire et artistique de choix.

Que les artistes soient issus des arts visuels ou littéraires, underground ou conventionnels, le Bistro sera le point de rencontre des arts à Montréal.

Son personnel accueillant aura à cœur de vous faire vivre la plus agréable des expériences. Profitez de sa terrasse et de sa salle pour apprécier l’ambiance et les spectacles.

Bistro Le Ste-Cath est idéal pour les soupers entre amis, les mariages, dîners d’affaires…

100% des profits reversés

Bistro Le Ste-Cath est le nouveau né de l’organisme communautaire Journal de la Rue.

Actif depuis près de 25 ans dans l’intervention auprès des jeunes marginalisés, l’organisme s’est diversifié au fil du temps pour devenir également une couveuse d’artiste.

Sa galerie située au Café Graffiti, au 4237 rue Ste-Catherine Est, est également un milieu de vie pour les jeunes. Qu’ils fassent de la danse, du graffiti, de la musique… tous y trouvent une place pour s’exprimer.

Au fil du temps, l’organisme a évolué pour soutenir les jeunes et les a aider à se professionnaliser. Aujourd’hui, ils produisent, exposent… et sont reconnus dans leur domaine !

Bistro Le Ste-Cath est la continuité naturelle du Journal de la Rue.

Raymond Viger, directeur général : « Manger au Bistro Le Ste-Cath permet de soutenir l’intervention auprès des jeunes. 100% des profits sont reversés au Café Graffiti. »

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