Témoignage: Cyber-Héros

Bruno Robitaille, poète urbain

Ce texte dénonce une réalité relativement banalisée au quotidien: les méfaits de la cyberdépendance. J’applique une figure de style poétique, appelée personnification, qui consiste à interpréter la thématique à la première personne du singulier. J’ai entrepris cette démarche artistique afin de ne pas blesser ma source d’inspiration, mais également dans l’optique de conserver son anonymat par respect malencontreusement unidirectionnel.

J’étais quelqu’un d’attentionné, responsable, logique et bien aimable, mais ça, c’était avant. Avant que je commence graduellement à négliger le développement de mes enfants ainsi que l’entretien direct de leur environnement.

L’amitié virtuelle me comble au point d’avoir atrophié des relations conviviales de longue durée pour mieux pouvoir m’y dévouer. Hier, je bannissais mon père et aujourd’hui je boycotte ma mère, demain j’abolirai mon frère. Mes actes prouvent mon ingratitude dans son indifférence intermittente sachant pertinemment que bien sûr, je reviendrai éventuellement dès que j’aurai besoin d’eux.

Me confiant à des inconnus compatissants de bons cœurs, qui apprécient forcément l’image de la personnalité améliorée que je me suis inventé pour plaire et être adulé. Je fabrique un passé tragique avec violence psychologique en me plaignant d’être mal-aimé. Je vous blâme tous de ne pas avoir su capté ces signaux de détresse que je n’ai pas envoyé, éternel incompris pas à la veille d’assumer. Je préfère jouer la comédie par égoïsme, car dans cet univers j’ai le premier rôle et que je jalouse le succès d’autrui, je manie des vies et j’en utilise dans mes menteries en guise d’alibi. Je dirige sinon je fuis, je contrôle des spécialistes et je sais ce que veut entendre la DPJ.

J’ai simulé une dépression en accusant mes enfants, je trompe la main qui a nourri ce caprice de ne jamais vouloir travailler, confortable dans la négativité de mauvaises fréquentations possessives qui osent s’en mêler. À bien y penser, j’exige la garde complète de mes chèques d’allocation familiale, surmontant la sécurité infantile pourtant compromise par mon inaptitude momentanée et mon instabilité.

Ceux qui m’aiment malgré tout pensent que je consomme une pourriture, besoin d’argent pour manger, mais je refuse une offre de nourriture. J’espionne ceux que j’avais prétendument rayés par insécurité, niant avoir besoin d’aide, car ce n’est pas moi, mais bien le monde entier…

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Ce texte, légèrement modifié pour la parution dans notre magazine, est tiré du livre L’Adulescent (Éditions TNT) de Bruno Robitaille. Un recueil de texte de poésie urbaine.

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