À l’ombre des arbres 

-

Chronique Mots et expressions par Anne Marie Parent

Dossier Éducation

Dans cette chronique, nous définirons des noms d’arbres. Ce mot vient du latin arbor, qui a donné également albero en italien et arbol en espagnol. Chez mes parents, j’étais fascinée par une affiche montrant le poète et chanteur Félix Leclerc entouré d’arbres avec cette phrase, tirée de son livre Le calepin d’un flâneur: « Il n’est jamais revenu de la forêt. De vivre avec les arbres, il en est devenu un. » Notre chantre national, qui fut bûcheron dans sa jeunesse, a bien fait de sortir de la forêt pour nous faire découvrir toute la poésie de sa musique. 

1) Saule

Du francique salha, provenant du germanique salxaz, les mots saule en français et willow en anglais sont issus de la même racine indo-européenne wel signifiant « rouler, tourner », en référence à la souplesse du bois et aux branches qu’on utilisait pour construire des clôtures et tisser des paniers. Il est devenu salix en latin, nom qui est resté le terme scientifique pour qualifier la famille de ces arbres. Au Canada, on compte plus de 60 espèces indigènes du genre salix.

En voyant ce mot semblable à la «salicyline», je me suis demandé s’il y avait un lien entre l’aspirine et le saule… Bingo, j’ai vu juste! L’acide acétylsalicylique, c’est de l’aspirine, faite à base de salicyline. Un bon exercice de diction… et de mémoire! La salicyline est un anti-inflammatoire naturel qui se retrouve dans l’écorce de saule blanc. Ses vertus curatives et analgésiques sont connues depuis l’Antiquité.

En 1829, un pharmacien français, Pierre-Joseph Leroux, fait bouillir de la poudre d’écorce de saule blanc dans de l’eau et obtient des cristaux qu’il nomme salicyline (selon le mot latin du saule, salix). Puis, en 1853, le chimiste Charles Frédéric Gerhardt synthétise l’acide acétylsalicylique à partir de la salicyline. Ce nouveau produit chimique est commercialisé en 1899 sous le nom d’aspirine par la compagnie Bayer en Allemagne.

2) Érable

Notre arbre national a été nommé d’après le latin acerabulus, composé des mots acer (pointu, aigu), en raison des feuilles dentelées et pointues, et abulus (du gaulois pommier)L’utilisation du mot érable apparaît dès le 13e siècle. 

Quelques 150 espèces d’érables appartiennent au genre Acer, dont l’érable à sucre duquel on produit le sirop d’érable. De là le terme «acériculture» (culture de l’érable et transformation de ses produits) et l’adjectif «acéricole» («producteurs acéricoles»). 

En italien (acero) et en espagnol (arce), le mot érable dérive également de la racine acer. Amusant: les Mexicains emploient plutôt le terme maple, prononcé maplé, emprunté à l’anglais maple (prononcé mépeul) au lieu de arce. Comme quoi, il n’y a pas que la langue française qui subit l’influence des États-Unis: l’espagnol du Mexique possède aussi des anglicismes!

3) Bouleau

Le mot bouleau est un diminutif de l’ancien français boul, qui provient du latin betula, lui-même issu du gaulois betulla. Il existe une cinquantaine d’espèces de bouleaux, dont 10 espèces sont indigènes au Canada. 

On connaît bien le bouleau blanc, surnommé bouleau à papier, en raison de son écorce mince qui se détache comme des feuilles. Les Autochtones se servaient de l’écorce des bouleaux pour fabriquer des paniers, des ustensiles de cuisine et même leurs canots. En Europe, on taillait des sabots en bois de bouleau. 

4) Expression «Il ne faut pas mettre le doigt entre l’arbre et l’écorce»

Selon le site expressions-francaises.fr, cette expression est employée par le personnage Sganarelle dans la pièce de théâtre de Molière, Le Médecin malgré lui, pour dire qu’il ne faut pas intervenir dans les chicanes de couple. Le mari et la femme sont à l’image de la proximité entre l’arbre et son écorce. 

Mettre le doigt entre les deux représente s’immiscer dans les problèmes des autres, alors qu’on n’est pas concerné. Par extension, il vaut mieux ne pas nous impliquer dans des situations délicates, difficiles ou même dangereuses qui ne nous regardent pas, par crainte que ça se retourne contre nous.

Références: Vitrine linguistique de l’Office québécois de la langue française (vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/), Dictionnaire Larousse (www.larousse.fr/), usito.usherbrooke.ca, wikipedia.com, Dictionnaire étymologique de la langue française, www.je-parle-quebecois.com/, www.expressio.fr, www.expressions-francaises.fr, www.lalanguefrancaise.com, Merveilles et secrets de la langue française, Histoires de mots solites et insolites, L’encyclopédie canadienne.

À l'ombre des arbres 
Crédit: courtoisie AM Parent

Née à Montréal au siècle dernier, Anne Marie Parent a fait des études universitaires en gestion touristique, en littérature française, en sociologie, en criminologie et en psychologie, au Québec et en Bretagne.  

Cheffe de pupitre au Journaldesvoisins.com, média communautaire publié dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville à Montréal, Anne Marie est également réviseure linguistique et journaliste pour de nombreux magazines et journaux depuis 1990.  

Elle a collaboré avec plusieurs guides touristiques, dont Testé et approuvé – Le Québec en plus de 100 nouvelles expériences extraordinaires (tome 1, 2017 et 2023, tome 2, 2023), collectif dirigé par Marie-Julie Gagnon; ainsi qu’avec le guide Les plages du Québec avec Sylvie Rivard (2022). 


Autres textes sur l’Éducation

Pour s’abonner à Reflet de Société, cliquez ici.

Pour faire un don, cliquez ici.

Continuez votre lecture:

Articles Liés

Nous Suivre

1,007FansJ'aime
475SuiveursSuivre
6,637SuiveursSuivre

Abonnez-vous à l’infolettre