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Animer, c’est pas (juste) un jeu!

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À 16 ans, les options de premier emploi sont limitées à cause d’un curriculum vitæ peu étoffé. Travailler dans un fast-food, une épicerie ou dans une boutique devient la première job occupée par les jeunes gens à la fin de leur secondaire 4. D’autres opteront toutefois pour un emploi saisonnier plus animé qui comporte son lot de défis.

Un texte de Mélina Soucy – Dossier Santé mentale

Frisbee a 16 ans. Durant tout l’été la jeune animatrice a entendu scander ce pseudonyme à tue-tête par son groupe d’une quinzaine d’enfants âgés de 7 et 8 ans. « Frisbee, Matis m’a poussé! Frisbee, c’est quoi ton vrai nom? Frisbee, j’ai envie de faire pipi! », s’exclament en canon les enfants, alors qu’elle n’a même pas encore fini de prendre les présences.

Ces comportements sont évidemment typiques des enfants de cet âge. Certains d’entre eux sont cependant spécialement identifiés sur les feuilles de présence de l’animatrice vis-à-vis leur prénom.

Jason, 7 ans, trouble du déficit d’attention avec hyperactivité (TDAH). Matis, 8 ans, TDAH. Coralie, 8 ans, TDAH.  Quatre lettres qui peuvent intimider lorsque l’on ne connaît et ne comprend pas leur portée.

« On a eu une formation d’animateur de camp qui a duré deux jours, explique Frisbee. On a eu un segment d’une heure sur les différents troubles de comportements, comme l’autisme, le TDAH et le syndrome de Gilles de la Tourette, pour apprendre à les différencier. Le problème, c’est qu’il y a une différence entre la théorie et la pratique. Chaque jeune est unique et réagit différemment aux interventions ».

Les nouveaux animateurs arrivent donc peu outillés lors de leur première journée. « Tu te dois de bien connaître les jeunes pour réagir de la bonne façon avec eux, souligne-t-elle.  Ce n’est pas facile, surtout en début d’été ».

 Journée typique

 Après avoir réconforté 2-3 enfants qui ont eu le malheur de mettre de la crème solaire dans leurs yeux, Frisbee annonce le premier jeu. « Ok la gang, on va jouer à Bienvenue chez les Indiens! C’est un jeu d’élimination, ça veut dire que lorsque tu es éliminé, tu l’es pour tout le temps de la partie », lance Frisbee.

Bien que ce soit son premier emploi, on voit bien que l’animatrice sait comment entraîner ses jeunes dans la forêt imaginaire où ils deviendront des Indiens pour un bref moment de leur matinée. Malheureusement pour Frisbee, certains membres de sa tribu ne réagissent pas bien face à la défaite.

 Coralie a 8 ans et a un TDAH. Elle n’aime pas perdre, tout comme la majorité de ses compagnons de jeu. Mais contrairement à eux, Coralie a des réactions disproportionnées lorsqu’elle est contrariée. Avant-dernière Indienne à tomber au combat, l’enfant s’enfuit en courant et en criant, frustrée d’avoir été vaincue et suivant son impulsivité.

« C’est difficile de gérer des cas comme celui de Coralie, confie Frisbee. Le meilleur truc demeure d’apprendre à la connaître pour bien intervenir ». Après 5 semaines en compagnie de la jeune enfant souffrant d’un TDAH, l’animatrice réussit cependant à la calmer rapidement, puisqu’elle sait qu’en plus d’avoir de la difficulté à se concentrer, la jeune fille ne déjeune pas tous les matins et n’a pas toujours un lunch.

« Coralie, tu as le droit d’être fâchée, consent Frisbee. La seule chose que je te demande, c’est de me pointer un endroit où tu vas t’asseoir pour te calmer. Quand tu iras mieux, tu rejoindras le groupe ». L’animatrice constate avec surprise que son discours a fonctionné. « C’est la première fois qu’elle m’écoute », révèle Frisbee avec soulagement. Pendant les cinq semaines précédentes, Coralie nécessitait parfois l’intervention d’une accompagnatrice, c’est-à-dire une apprentie technicienne en éducation spécialisée, car elle avait tendance à s’enfuir du parc.

Frisbee n’avait pas que Coralie qui souffrait de TDAH dans son groupe. Elle devait intervenir différemment avec deux autres petits garçons, d’où la pertinence de bien connaître chacun de ses jeunes.

Jason, de son côté, avait de la difficulté à s’intégrer quand son ami Matis n’était pas là. Pour l’aider, l’animatrice devait partager avec les jeunes la passion de Jason : les voitures et l’autodrome. Ainsi, lorsqu’il n’écoutait pas, elle n’avait qu’à intégrer ce thème dans son prochain jeu pour susciter son intérêt et son attention.

La nouvelle animatrice ne voit pas, quant à elle, le TDAH comme un problème. « J’en ai un moi aussi, révèle-t-elle. Je ne considère pas ça comme un trouble, car ça fait partie de nous. Ça rend même les enfants super attachants! »

Débuts difficiles

 Les deux premières semaines de camp de jour ont été éprouvantes pour Frisbee. « Après ma première journée, je voulais partir, se rappelle-t-elle. Les premières semaines qui ont suivi ont même renforcé ce sentiment que ce n’était pas un emploi pour moi. C’est très exigeant ».

S’assurer de la sécurité des enfants, de leur bien-être, de leur plaisir, ainsi que de la satisfaction des parents sont des tâches complémentaires, mais difficiles. « Les parents nous confient ce qu’il y a de plus cher à leurs yeux, explique Frisbee. Ils s’attendent à ce qu’on en prenne soin comme si c’étaient les nôtres. »

Avec le temps, l’adolescente a pris confiance en elle et affirme même qu’elle reviendra animer l’été prochain. « On s’attache aux jeunes à force d’en prendre soin comme des nôtres, fait valoir Frisbee. Ce n’est pas facile, mais c’est l’fun d’avoir un emploi où tu sens que tu as un impact concret et positif sur la vie de quelqu’un qui en a besoin ».

Il n’y a pas de premier travail aussi formateur que celui-ci, d’après l’animatrice. « Si vous voulez passer un bel été, je vous assure qu’il n’y a pas de plus bel emploi saisonnier. En plus de m’avoir fait grandir, il m’a fait lier de nouvelles amitiés avec les autres animateurs. J’ai passé le plus bel été de ma vie! »

Difficultés liées à la DPJ (encadré)

 Les signalements à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) sont une autre réalité à laquelle les jeunes animateurs ne sont pas nécessairement préparés à faire face à leur âge.

« Je n’ai pas craint souvent pour la vie des enfants, parce que parfois ils vont dire des choses inquiétantes, mais il est difficile de savoir ce qui se passe pour vrai seulement avec ce qu’ils disent, explique Polochon, responsable du parc où Frisbee travaille. Il est toutefois important de faire le signalement pour s’assurer que l’enfant soit en sécurité. »

Le responsable, dans la vingtaine, ajoute que c’est dur pour le moral de faire un signalement, car la DPJ ne fait pas de suivi avec le camp après son enquête. « Il y a deux ans,  une animatrice des enfants de 5 ans s’est fait dire des choses inquiétantes par un de ses jeunes. On a donc posé des questions ouvertes à l’enfant pour ne pas lui mettre les mots dans la bouche. Nous avons également rencontré sa sœur. Ça s’est terminé par un signalement, on n’a pas eu de nouvelles par la suite. »

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