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Apprendre à dire non

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Les enfants font généralement confiance à leur entourage immédiat, à leurs proches et à leurs amis. On les élève ainsi. On leur apprend à dire oui. J’ai été élevée ainsi. Et elle aussi. « Aujourd’hui, j’ai 19 ans. Mon agression est survenue quand j’avais 16 ans. Il en avait 23. C’était mon ami. À l’époque, je n’employais pas le mot “agression”. Ce qui était arrivé était de ma faute. C’est du moins ce que je croyais » m’a raconté une victime d’agression sexuelle dont je tairai le nom.

Un texte de Mélina Soucy – Dossier Sexualité

Je l’ai rencontrée, car je réalisais un reportage sur la disponibilité des ressources pour les victimes d’agressions sexuelles. Son témoignage a cependant ouvert d’autres pistes de réflexion, notamment sur le consentement.

« Est-ce qu’on apprend vraiment aux enfants à dire non? », m’a lancé Rachel Gagnon, directrice de l’Institut de recherche en études féministes (IREF). Pour cette experte, le consentement n’est pas une notion que l’on apprend bien aux enfants.

Certes, je me rappelle qu’à l’école primaire nous chantions « Mon corps, c’est mon corps, ce n’est pas le tien ». Cette chanson expliquait certainement aux enfants qu’ils étaient les seuls à pouvoir prendre des décisions concernant qui avait le droit de toucher à leur corps. Elle ne donnait cependant aucun sens au mot « consentement ».

Une ambigüité ancrée dans la société

« Lui et moi avions bu. Son amie est partie au milieu de la soirée. On était seuls. Il m’a fait des avances. Je lui ai dit non. Il a insisté. On s’est embrassés. J’ai refusé d’aller plus loin. Il a insisté. Il a continué. Je me suis laissé faire. Je me disais que c’était de ma faute, que j’avais dû lui faire de faux espoirs, que je n’aurais pas dû boire, que j’aurais dû refuser son invitation qui semblait amicale, que mon langage corporel l’avait incité à ne pas entendre mon refus », raconte la victime.

Cette situation ne devrait pas être ambigüe. La jeune fille ne devrait pas non plus se sentir coupable. « Les gens ne comprennent pas que le consentement, ça peut être retiré à tout moment », déplore la victime, qui réalise aujourd’hui qu’elle n’y était pour rien.

Et si nous apprenions aux enfants à dire non, finalement? Et si le vrai problème résidait dans la non-compréhension du mot « non ». Au final, on enseigne aux enfants à exprimer leur opinion, mais le sens des mots et leur portée demeurent souvent abstraits pour eux.

L’homme qui a insisté, l’homme qui a continué, n’est-il pas cet enfant à qui on n’a pas appris le sens du mot « non »? N’est-il pas le résultat de l’apprentissage patriarcal de la société?

« On a enseigné aux hommes que le corps d’une femme est un droit acquis, qu’ils n’ont pas à le gagner », s’insurge Rachel Gagnon. Cette façon de penser vient d’un héritage culturel lourd qui place les hommes au centre du système.

Si la question du consentement est complexe, tout ce qui s’y rattache, comme le viol, par exemple, l’est aussi. Avant 1984 encore, le viol n’était pas un crime contre la personne, mais bien contre les mœurs. Un agresseur violait la société et non pas la victime. Ce n’est qu’à partir de cette année-là que la victime fut prise en compte dans l’équation.

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