Découverte troublante sur mes racines

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Témoignage de Taylor McClure, journaliste au Sherbrooke Record

Traduction de l’anglais : Simon-Claude Gingras

Il y a maintenant deux ans, j’ai obtenu un baccalauréat en Histoire et en Études internationales de l’Université Bishop. Deux semaines après la fin de mes cours, on m’a offert un emploi au journal The Record, un des deux seuls quotidiens anglophones au Québec. J’ai été embauchée comme archiviste afin de protéger les documents et les photographies historiques. J’ai créé des archives numériques pour les conserver.

Puis, on m’a demandé si cela m’intéressait d’écrire certaines histoires. Ces articles aux préoccupations historiques porteraient sur des sujets liés aux Cantons-de-l’Est. Je ne me souviens pas exactement comment j’en suis venue à traiter des enfants britanniques (British Home Children – BHC), mais je me souviens de l’ardeur avec laquelle j’effectuais les recherches en vue de rédiger mon texte. J’ai lu un article ou consulté un site qui présentait ces enfants BHC et j’ai été stupéfaite. Comment se faisait-il que j’en ignore tout? Pourquoi ce sujet n’était-il pas plus abordé? J’ai plongé dans ma recherche et je me suis reconnue à travers ces découvertes, toutes plus troublantes les unes que les autres.

Les Cantons-de-l’Est sont liés à ce phénomène d’émigration d’enfants britanniques privés de leurs parents. Trois maisons les ont accueillis pour les placer dans des familles afin qu’ils aient une meilleure vie: le Centre d’accueil de Knowlton (Knowlton Distribution Home), une maison à Richmond gérée par John Gold et la Maison Gibbs (Gibbs Home).

Une histoire d’abus

Mon article a vite attiré l’attention de la communauté de la région. C’est une histoire difficile à raconter, parce que mes recherches ont démontré que plusieurs de ces enfants ont vécu des situations d’exploitation au travail, ou ont servi d’employés domestiques. On a souvent abusé d’eux, on les a négligés et certains en sont morts. Ils ont été séparés de leur famille britannique avec la promesse d’une belle vie au Canada; une telle séparation n’est pas facile pour un enfant. La publication de cet article allait aussi marquer le début de la découverte de mes racines familiales. 

Toute ma vie, je me suis demandé d’où venait ma famille, comment mes ancêtres étaient-ils arrivés ici. Ma famille n’avait pas de réponse à ces questions, mais savait que mon arrière-grand-père était venu d’Europe. Ce dernier n’a jamais parlé de sa vie, ce qui est le fait de plusieurs enfants BHC, comme s’ils avaient honte de ce qu’ils étaient.

Peu de temps après que mon article ait été publié, ma cousine m’a informée qu’elle pensait que mon arrière-grand-père était l’un de ces enfants. J’ai immédiatement transmis un message à Susan Hall, membre de l’Association de la promotion et de la recherche sur les enfants britanniques (British Home Children Advocacy and Research Association – BHCARA), qui a aidé de nombreuses familles à reconstituer leur histoire. Elle m’a aidée à poursuivre mes recherches et effectivement, mon arrière-grand-père a fait partie d’un groupe d’enfants britanniques qui ont immigré ici.

Nous avons découvert que Charles Edward McClure est né à Liverpool, en Angleterre, le 2 mai 1902, de Charles McClure et de Sarah Jane Clarke. Grâce au recensement anglais de 1911, nous savons qu’il a eu quatre sœurs: Sarah, Lilian, Mary et Elizabeth. Selon ma famille, il aurait aussi eu un frère nommé Patrick, mais nous n’avons jamais vu ce nom dans les dossiers officiels du gouvernement. En 1913, son père est mort à l’âge de 45 ans et sa mère est restée seule pour s’occuper des enfants. Peu de temps après, il a perdu sa sœur Elizabeth, morte dans une maison de correction (workhouse). 

Les misérables

Le fait que la famille se soit réfugiée dans un tel type d’hébergement suggère sa condition misérable. Nous pensons que c’est la raison pour laquelle Charles a été confié à un orphelinat de Liverpool (Liverpool Sheltering Home), dirigé par Louisa Birt. Il s’agit d’une des organisations qui préparaient les enfants BHC à émigrer au Canada. De là, il est parti par un bateau appelé Alsatian qui est arrivé à Halifax le 22 février 1914. Il a été amené à Knowlton (Knowlton Distribution Home) et nous savons qu’il a été placé dans la famille Robinson en 1921. Celle-ci possédait un hôtel et il y fut employé, aidant au ménage pour un salaire minable.

À la fin de son contrat de travail, il est resté ici plutôt que de retourner en Grande-Bretagne. Il s’est marié avec mon arrière-grand-mère, Agnes Hameline, en 1935. Ils ont eu quatre enfants: Charles Philip, Winnifred, Barbara, et mon grand-père Larry. Après son mariage, il s’est enrôlé dans l’armée à Sherbrooke pendant quatre ans et a servi à l’étranger. Il a reçu quatre médailles pour service rendu et est rentré chez lui en 1945. Il a travaillé comme peintre en bâtiment toute sa vie. Après avoir fait vivre sa famille, il est décédé à l’âge de 79 ans, en 1979. Il repose au cimetière protestant de Mansonville. 

Retracer l’histoire

Je dois remercier ma grande amie Susan de m’avoir aidée à retracer l’histoire de mon arrière-grand-père, ce qui me donne accès à une identité insoupçonnée. Grâce à ce retour aux sources, je sens une plénitude. Mais plusieurs questions demeurent sans réponse. Qu’est-il arrivé à la famille de Charles, en Angleterre? Pourquoi n’ai-je trouvé aucune trace de Patrick McClure? La mère de Charles s’est-elle remariée? Que s’est-il passé entre l’arrivée de mon arrière-grand-père au Canada, en 1914, et son placement dans la famille Robinson, en 1921 ? A-t-il vécu dans plusieurs familles avant d’être placé là? 

Alors qu’il n’est plus ici pour raconter son histoire et répondre à mes questions, je me donne la mission de retrouver cette histoire, espérant aider d’autres descendants à faire de même. Parfois il peut sembler impossible de retracer notre généalogie, mais comme on le dit souvent, rien n’est impossible. Il y a plusieurs individus comme moi qui veulent aider les descendants dans leurs recherches, et le faire gratuitement; certains appartiennent au réseau BHCARA. 

Il existe aussi des ressources disponibles en ligne, incluant les dossiers gouvernementaux. Les organismes britanniques qui ont préparé l’émigration de ces enfants BHC détiennent des documents originaux, ce qui leur permet de retrouver leurs propres descendants. Même si cela demande du temps, je peux dire que faire la démarche en vaut vraiment la peine. 

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