Commission «BB»: Bilinguisme et Biculturalisme

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Dans les années 1960, les francophones craignaient de perdre leur langue devant la force de l’assimilation de la langue anglaise. 

Les francophones éprouvaient de la difficulté à être servis dans leur propre langue dans les magasins du centre-ville de Montréal, deuxième ville francophone du monde à l’époque. Seulement quelques francophones de service se retrouvaient sur les conseils d’administration de grandes entreprises du pays, et souvent ils ne figuraient que pour la forme. Pourquoi? En 1962, Donald Gordon, président du Canadien National, dont le siège social se trouve à Montréal, s’est fait demander par un comité parlementaire pourquoi aucun de ses 17 vice-présidents n’était francophone. Il a répondu que les Canadiens français « n’avaient pas les compétences nécessaires pour tenir des positions en haute gestion ». Un commentaire ironique, étant donné que Gordon lui-même n’a jamais terminé ses études secondaires. 

En 1960, un Québécois francophone gagnait 52 cents pour chaque dollar qu’un anglophone gagnait, un taux pire qu’entre les Noirs et les Blancs aux États-Unis (54 cents à un dollar). Intéressant de noter qu’une femme gagnait 54 cents pour chaque dollar qu’un homme gagnait au Canada en 1961. 

De plus, la fonction publique à Ottawa fonctionnait entièrement en anglais, à l’exception du département de la Justice et du ministère de la Coopération internationale. Au Québec, le mécontentement devant le mépris à l’égard de la population qui parlait français a donné naissance à un mouvement indépendantiste très sérieux.

À travers le pays

Le gouvernement fédéral, à la suggestion du rédacteur en chef du Devoir, André Laurendeau, a établi la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, ou « Commission BB », qui siégea entre 1963 et 1969. Ses coprésidents étaient André Laurendeau et A. Davidson Dunton, ex-président de Radio-Canada qui ont traversé le pays en sollicitant des opinions et ont fait des recommandations qui ont été mises en application tout au long des décennies suivantes. 

Lorsqu’il visitait les provinces en 1964, Laurendeau a découvert que les francophones à l’extérieur de la province de Québec étaient en train d’être assimilés, et avaient peur de s’exprimer en français à cause de la colère des anglophones contre eux. Aucun gouvernement provincial n’était prêt à aider les minorités francophones de sa province. Comme Laurendeau a écrit dans son journal intime, concernant le Manitoba, qui avait une importante population francophone :

« M. Roblin (premier ministre du Manitoba) va faire tout ce qu’il peut pour l’égalité culturelle au Canada mais… s’il n’y a pas un changement majeur dans le climat culturel, il ne sera pas capable de faire beaucoup. » Roblin représentait les premiers ministres provinciaux, qui avaient trop peur de venir en aide aux francophones de leurs provinces.

Dans toutes les capitales provinciales que la Commission a visitées à l’extérieur du Québec, l’attitude envers les relations francophones-anglophones était de garder le statu quo et de « ne pas faire de vagues ».    

Laurendeau était conscient de l’influence de la culture américaine sur le Québec en plus des frustrations politiques du reste de Canada. Il ne craignait pas de créer des remous. La Commission a réalisé de nombreuses études dont les résultats ont été rendus publics par les médias et ont suscité des débats dans tous les milieux. Quand j’étais jeune, je me rappelle que les travaux de la Commission étaient suivis à la radio et à la télé presque tous les jours.   

André Laurendeau est mort en 1968, mais la Commission BB a continué son travail. Quand le rapport de la Commission a été publié en 1969, le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau, le père de Justin, a adopté une législation sur les langues officielles accompagnée d’une notion de services dans la langue minoritaire au sein des organismes et des institutions relevant de la juridiction fédérale. 

Langues officielles

À travers le Canada, l’emballage des produits devrait être dans les deux langues officielles. Les provinces anglophones ont toutes amélioré leur accès à l’éducation en français de façon variable. Le Nouveau-Brunswick s’est déclaré officiellement bilingue. Sur le plan fédéral, le bilinguisme promu dans la fonction publique fédérale a nécessité d’une école de francisation pour les cadres supérieurs. Cette école n’existe plus depuis plusieurs décennies.

Pourtant, ce n’est pas tout le monde qui était content de la politique du bilinguisme. La réaction contre le bilinguisme était particulièrement forte dans l’ouest du pays, où beaucoup croyaient qu’Ottawa tentait de « fourrer le français dans nos gorges » (shove French down our throats). Par ailleurs, Laurendeau, une icône du mouvement nationaliste québécois, a été traité de « traitre » par les intellectuels francophones pour avoir participé à un projet d’Ottawa. 

En 1974, le Québec a déclaré le français comme étant sa seule langue officielle. Le gouvernement du Parti Québécois élu en 1976 a adopté la Loi 101 qui stipule notamment que les enfants immigrants fréquentent l’école en français et que l’affichage accorde au français une place prépondérente.

L’écart entre le revenu des anglophones et des francophones québécois a disparu en 2000, selon les experts. De plus, une analyse du recensement de 2016 révèle que les Québécois bilingues gagnent 20 % de plus que ceux qui ne parlent qu’une seule langue. Et les francophones unilingues montréalais gagnent 7 % de plus que les anglophones unilingues montréalais.


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