Culture urbaine en mouvance

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Sterling Downey avait 16 ans lorsqu’il a plongé dans la culture hip-hop montréalaise. Avec son attirail d’aérosols, le graffeur a laissé sa marque aux quatre coins de la métropole pendant une trentaine d’années sous le pseudonyme de SEAZ. Aujourd’hui, maire suppléant de sa ville, il revient sur les valeurs qui ont guidé le mouvement, d’hier à aujourd’hui.

Les années 90 ont marqué le boom de la culture hip-hop à Montréal. Sur quelles valeurs le mouvement s’est-il construit?

Que l’on parle du graffiti, du break dance, de la dance ou des rappers, le hip-hop a toujours été une culture inclusive, axée sur la communauté et le partage d’intérêts communs. Si tu pratiquais l’une de ces formes d’art là, tu étais déjà marginalisé par la société selon des facteurs socio-économiques. Par exemple, on pouvait reprocher à un fils de famille riche de ne pas savoir ce que c’était de vivre dans la rue. Pour le reste, on s’en foutait de la couleur de la peau ou des nationalités.

Vous avez cofondé le festival Under Pressure à Montréal en 1996, qui mettait en valeur le graffiti. Est-ce que c’était contraire à la philosophie du tag que d’institutionnaliser une forme d’expression illégale, à la base?

C’est certain que je me suis fait challenger par la communauté pour cette raison-là, mais l’idée n’a jamais été de faire de l’argent avec notre festival : notre événement était gratuit. Évidemment, il y avait une scène de graffiti à Montréal. Mais c’était la première fois que quelque chose était organisé par des gens de la communauté. À l’époque, la Ville menait une guerre contre les graffitis, et plusieurs soirées hip-hop se faisaient interdire par la police pour des motifs de moralité. Notre intention, avec le festival, c’était de démystifier aux yeux des gens les préjugés qu’ils pouvaient entretenir sur la culture urbaine et les gens qui en faisaient partie. Mon but, c’était aussi d’amener les gens dans les quartiers de Montréal où on voit de la prostitution, des maisons de chambres, et de l’itinérance. Ce que je voulais dire aux gens par ce geste-là, c’était qu’aucun endroit ne devait te rendre mal à l’aise dans ta ville.

En quoi les valeurs du hip-hop ont-elles évolué?

J’ai vu la culture urbaine être excessivement teintée par la masculinité toxique. Dans les années 90, la place des femmes était la plupart du temps définie par la sexualité, à quelques exceptions près. À l’époque, c’était impensable qu’un rapper puisse faire son coming out. Mais si les gens ne s’affichaient pas, c’est aussi parce qu’il y avait énormément de stigmatisation dans la société. Le hip-hop des années 90 et celui d’aujourd’hui, c’est deux mondes différents. Et ça me rend triste de savoir qu’une partie des gens avec qui j’ai évolué n’ont pas pu s’afficher honnêtement par crainte de représailles.

Maxime Beauregard-Martin
Journaliste indépendant

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