Avec « Guerrières », Ingrid Falaise mettra en lumière les femmes sans voix

Après avoir dévoilé au grand jour l’enfer de violence conjugale qu’elle a subie durant des années (Le Monstre, 2015), Ingrid Falaise donne maintenant la parole aux femmes sans voix. Le nouveau documentaire Guerrières sera diffusé en primeur sur Canal Vie à l’automne 2020.

Frédéric Lebeuf | Dossier Culture

L’animatrice et collaboratrice au contenu Ingrid Falaise présentera des enjeux et des batailles dont on ne soupçonne même pas l’existence : «Ce sont des femmes qui vont au front. Elles vont souvent faire cavalier seul. Elles vont lutter pour leur intégrité, pour une cause ou pour leur survie ainsi que celles de leurs enfants. Malgré l’adversité, les failles et les portes qui se ferment devant elles, elles restent fortes.» En dépit de leur chemin parsemé d’embûches, elles gardent le sourire et elles aspirent à une meilleure vie. Chaque guerrière a un parcours unique, une bataille distincte et une réalité différente. Ça sera très inspirant comme documentaire, promet-elle.

Puisqu’elles ne reçoivent pas d’aide, ces guerrières sont sans voix et elles ne sont pas entendues dans le système actuel. Certaines personnes se reconnaîtront parce que ce sont des failles qui ne sont pas exclusives parce que les problèmes qu’on y verra exposer sont partagés par plusieurs. Elles réaliseront qu’elles ne sont pas seules à vivre une pareille situation : «C’est pour cette raison que je veux mettre chaque lutte en lumière. En révélant leur existence, j’espère faire changer les choses.»

Lorsqu’elle a pris connaissance de l’histoire d’une femme, Falaise a voulu révéler son récit par l’intermédiaire de la télévision : «On m’a raconté tout ce qu’elle a vécu. Ça m’a jetée à terre complètement. Je ne savais même pas que ça existait, cela m’a fait pleurer.» En fouillant d’autres genres de combats non médiatisés ou dont on n’entend pas beaucoup parler, l’équipe de recherchistes a trouvé quatre autres femmes qui participeront à l’émission : «On désirait faire ressortir cinq belles histoires. C’est un honneur d’avoir recueilli leurs cheminements de vie et je suis excitée de les découvrir. J’ai hâte de glisser mes yeux dans les leurs, de les entendre et de les accueillir», dit-elle.

En plus d’animer la production télévisuelle, l’artiste de 39 ans aura comme mission de tendre l’oreille et d’honorer les femmes qu’elle présente. C’est très important qu’elle s’implique de A à Z dans son nouveau projet. Elle veut que tout soit parfait : «Je veux surtout les accompagner dans le respect et dans ce qu’elles ont envie de me raconter. Avec ce que j’ai vécu, je me positionne également comme une guerrière. Je les amène à se raconter en prêtant une oreille attentive. Cependant, on sort de tous les enjeux de violence conjugale auxquels je suis associée

Une prise de conscience de la société

«En ce moment (avec la pandémie), on se rend compte de certaines cassures du système. Les normes changent petit à petit. On espère que ça continuera. C’est la même dynamique avec le documentaire, les gens le réaliseront parce que je vais le dévoiler au grand jour. Donc, peut-être que ça fera fortement réagir la population ainsi que les décideurs. L’objectif est d’ouvrir les yeux des gens. C’est d’élever les consciences, mais c’est aussi de faire bouger les choses d’un point de vue sociétal en modifiant les normes. C’est d’amener des prises de conscience dans certaines zones grises. En fait, c’est d’éclaircir celles-ci», s’exclame-t-elle en ajoutant que les Québécois seront bouleversés parce qu’ils ne soupçonnent pas ce genre de problématique.

Le tournage se mettra en branle en juillet 2020

Comme ce sont des portraits et des rencontres, Ingrid Falaise pourra garder aisément la distanciation de 2 mètres avec ses interlocuteurs. La facture visuelle sera très moderne, touchante et lumineuse. La réalisatrice Mariane McGraw (Face aux monstres) jouera avec les ombres et la lumière : «Ce sont de beaux portraits qu’on fera», conclut-elle avec enthousiasme.

Lancement de la nouvelle plateforme d’information Reflet de Société Plus

Depuis 1992, le magazine socioculturel Reflet de Société offre des textes d’information et de sensibilisation sur des enjeux socioculturels. Poursuivant sa mission d’éducation populaire, communautaire et sociale, Reflet de société aborde des sujets épineux souvent délaissés (ou mal traités) par les médias traditionnels. Proposant quantité d’articles rédigés par des intervenants, des journalistes professionnels ainsi que par des personnes ayant vécu des situations, le magazine aborde des idées et présente des récits touchant notamment les enjeux environnementaux ou les gangs de rues, le milieu carcéral ou la finance ainsi que l’itinérance ou la littérature. Reflet de société travaille à la création d’une véritable société du « vivre ensemble ». Visant à présenter et à dénoncer les barrières discriminatoires présentes tant au niveau économique que social, qu’au niveau sexuel ou ethnique, le magazine a récolté au-delà de 40 prix remis soit par l’AMECQ (Association des médias écrits communautaires du Québec) ou par l’AQEM (Association québécoise des éditeurs de magazines).

 Reflet de société se trouve forcé comme beaucoup de médias de s’adapter au virage numérique. Nous offrirons à partir du 3 mai 2018, une version numérique offrant une diffusion hebdomadaire avec une sélection d’articles gratuits. De nombreux avantages découleront de cette adaptation. Qu’il s’agisse de nouveaux chroniqueurs ou de productions audiovisuelles et de baladodiffusions, cet ajustement permettra aux 35 000 personnes abonnées aux quatre coins de la province de changer leur abonnement pour bénéficier d’un magazine diffusé chaque semaine plutôt que quatre fois par année.

 Nous vous convions dès le 3 mai prochain au lancement. N’hésitez pas à parler du magazine à votre entourage et à partager les articles en ligne pour nous aider à poursuivre notre mission de prévention et de sensibilisation. Grâce à vous, nous serons toujours en mesure de perpétuer l’apprentissage d’un « vivre ensemble » honnête et agréable tout en démystifiant préjugés et différences.

La Meute: Cyberintimidation et double discours

Mélina Soucy

Plusieurs citoyens québécois s’identifient comme membres de la Meute sur les réseaux sociaux. Ils rejoignent cette bannière, car ils craignent que «la montée de l’islam radical dans le monde vienne perturber la quiétude et la sécurité canadienne». Ils s’organisent sur Facebook depuis un peu plus de 2 ans pour devenir un groupe de pression politique influent.

La Meute est décrite comme un groupe xénophobe d’extrême droite par les médias et les politiciens. Régis Labeaume, le maire de la ville de Québec, a même traité le groupe de milice toxique et dangereuse. Pour vérifier la véracité de ces allégations et enquêter sur une histoire de cyberintimidation en lien avec ce groupe, j’ai rejoint le groupe Facebook secret de la Meute (c’est-à-dire qu’on ne peut pas le trouver sur Facebook sans qu’un membre ne nous ajoute) et ce, en m’identifiant comme journaliste.

«Souhaitons la bienvenue à Mélina Soucy dans le clan 06 ». On m’accueille comme tous les autres, avec ce statut Facebook, rapidement commenté par les autres membres, à coup d’émoticônes représentant des têtes de loups.

Cyberintimidation
Le blogue TPL Moms donne la parole aux mères et encourage la diversité culturelle. Lors du scandale de la prière des musulmans au Parc Safari en juillet 2017, le blog s’est prononcé pour la défense de cette communauté. «J’ai lancé le sujet, puis une rédactrice a fait un texte qui reflète très bien nos valeurs d’ouverture», explique Josiane Stratis, rédactrice en chef du blogue.

L’article parut le 5 juillet n’a attisé les commentaires désobligeants que le lendemain de sa publication. «Je m’entraîne le jeudi midi, raconte madame Stratis. Entre le moment où je suis partie du bureau et celui où je suis revenue, ma sœur avait bloqué 40 commentaires. Ça a duré 5 jours.»

Selon la rédactrice en chef de TPL Moms, la majorité des commentaires avaient été rédigés par des membres de la Meute. «C’est facile d’identifier les gens de la Meute. Ils ont souvent le symbole de leur groupe sur leur photo de profil ou leur page Facebook personnelle. Ce sont également eux qui venaient écrire 25 commentaires par heure. Leurs discours commençaient souvent par un argument ouvert d’esprit qu’ils saupoudraient d’éléments racistes.»

Capture d’écran par Josianne Stratis/TPL Moms

Vérification des faits
Le logo de la Meute étant absent des photos montrées sur la capture d’écran. J’ai donc moi-même vérifié que chacun des individus s’y trouvant étaient bel et bien membre du groupe. C’était le cas.

Josiane Stratis m’avait également informé d’un possible appel à la cyberintimidation de la part de Sylvain Brouillette, chef des communications et membre dirigeant de la Meute. J’ai retrouvé cette incitation à commenter l’article de TPL Moms sur le groupe secret. Monsieur Brouillette avait toutefois modifié son nom pour Facebook, empruntant le pseudonyme de Sylvain Maikan.

Capture d’écran par Mélina Soucy

Je l’ai ensuite contacté pour avoir son opinion. «J’incitais les gens à ouvrir un débat, défend-t-il. Les gens vivent dans un monde complètement irréaliste. Ils vivent dans une bulle. Ils sont complètement inconscients des dommages que l’islam radical a fait ailleurs dans le monde. Il y a des sociétés qui étaient très enviables il y a quelques décennies qui sont devenues des enfers. À un moment donnée, c’est beau être ouvert et accueillant, mais c’est important de le faire de la bonne façon.»

Sylvain affirme aussi que les commentaires laissés par les membres de la Meute ne sont pas xénophobes et n’ont pour but que d’ouvrir le débat. Donc, quand un de leur membre dit que l’islam «vient de l’an 6000 et n’a pas évolué depuis», ce n’est pas un commentaire discriminatoire. Quand il incite les gens à «réfléchir un peu, car un dieu aurait-il exigé d’enfermer la femme dans un costume avec des trous pour les yeux?», ce n’est pas raciste. «C’est une question de point vue», m’a répondu Sylvain Brouillette.

Comment reconnaître l’extrême droite?
Une fois ma petite enquête terminée, j’ai demandé à un spécialiste si la Meute était un groupe d’extrême droite. Herman Deparice-Okomba, directeur du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, a appuyé ce qualificatif.

«La plupart des groupes d’extrême droite ont toujours eu des discours ambigus, explique-t-il. La Meute n’a jamais eu de discours clairement xénophobes ou homophobes par exemple. Elle ne va jamais le dire clairement, car elle a peur d’être poursuivie, de se faire taxer de raciste. Il faut aller au-delà de cela. Il faut apporter une analyse plus large.»

Le spécialiste en radicalisation donne en exemple le débat autour de la création d’un cimetière musulman à Saint-Apollinaire en juillet 2017. «La Meute lutte contre l’islam radical, souligne M. Deparice-Okomba. Il n’y a pas de lien avec le cimetière musulman et l’islam radical. Ils en créent quand même un. Ils ont un discours public qui est officieux, qui diffère de leur discours privé. C’est pour se faire une image respectable auprès de l’opinion publique.»

Je suis donc partie à la recherche de commentaires qui diffèreraient de leur discours public, discours qui disait seulement que la Meute avait eu un problème avec «l’exercice de la démocratie lors des consultations publiques concernant le cimetière». J’en ai trouvé, bien qu’ils ne s’agissent que de quelques individus, ces commentaires peuvent encourager le racisme et attiser la haine. Ce sont des commentaires en réaction au statut Facebook de Sylvain Brouillette, statut annonçant la victoire du non face à la création du cimetière.

Capture d’écran par Mélina Soucy

Certains commentaires en dessous de cette publication étaient ouvertement haineux ou racistes. En voici quelques uns:

Captures d’écran par Mélina Soucy

Bien que le groupe ne se considère pas raciste, il attire parfois des gens qui tiennent des propos racistes, comme le prouvent ces captures d’écran. «Ces gens se font mettre dehors du groupe Facebook à l’instant où les administrateurs s’en rendent compte», précise Sylvain Brouillette. Encore une fois, les personnes qui ont écrit les commentaires ci-haut ne sont pas exclues du groupe, au moment où je rédige cet article, plusieurs mois après leur écriture. On voit même Sylvain Brouillette (Maikan) dire qu’«on manquerait de corde» pour pendre le conseil d’administration de la ville de Saint-Apollinaire s’ils venaient à contrer la décision du référendum.

J’ai demandé au chef des communications pourquoi le groupe attirait quand même des personnes racistes malgré sa volonté de filtrer ce type de membre. «C’est en partie à cause de l’image que les médias nous donne que des racistes joignent le groupe», m’a-t-il répondu.

Herman Deparice-Okomba n’est pas du même avis. Selon lui, la Meute est responsable des propos tenus par ses membres. «C’est une pépinière de discours intolérables. Ils disent qu’ils les écartent, mais s’ils les écartent comment ces gens peuvent arriver dans leur groupe? Il y a quelque chose qui les attire».

Monsieur Deparice-Okomba mets en garde la population contre «les discours généralistes de la Meute qui laissent place à l’interprétation. «C’est tellement flou et vaste que les gens doivent eux-mêmes tirer leurs conclusions. C’est là que ça devient dangereux.»

Histoire d’horreur: la gale! L’invitée indésirable

Colin McGregor – CFF de Laval

L’histoire a eu lieu lorsque j’étais en détention, en transfert d’une prison à une autre.

Allongé sur le matelas du haut d’un lit superposable dans une cellule de 7 x 10 pieds, nous avons subis mon compagnon cellule et de moi, de terribles démangeaisons.

Des zébrures rouges se sont développées sur toute notre peau, surtout au niveau de la partie inférieure de nos jambes et bras. Mon compagnon en souffrait plus que moi: ses zébrures se sont étendues jusqu’à son ventre. La nuit, on se grattait tellement furieusement que le bruit de l’un pouvait réveiller l’autre.

«Ces docteurs stupides ne veulent pas me voir», se plaignait-il. «Qu’est-ce que c’est que ce bordel?» Un jour -c’était un vendredi- l’équipe médicale débordée de la prison appela son nom. Lâchant des jurons comme… comme tout détenu en prison… Il se leva et s’en alla. Quelques minutes plus tard, mon nom fut appelé, chose bizarre puisque je n’avais pas demandé de rendez-vous. Ma peau était depuis toujours mauvaise… Je me suis dirigé vers le poste des soins infirmiers, où deux infirmières se tenaient à quelques mètres de moi et regardaient, horrifiées, mes chevilles sanglantes.

«La gale.»
Cette chose que vous ne souhaiteriez jamais avoir, et certainement pas dans un espace clos. Nous sommes instantanément devenus les personnes les moins populaires de la prison, qui est remplie de personnes extrêmement impopulaires, chose qui était déjà un véritable exploit.

Petit acarien

La gale est une maladie qui infecte la peau. Elle commence par une petite bosse, puis se propage sous une forme de zébrures rouges et sanglantes. Le cas ressemble à beaucoup d’autres problèmes de peau, tels que le zona. La gale est une sorte de film d’horreur. Elle est causée par un petit insecte brun à 8 pattes, un acarien, ayant une forme de tortue. Et ce parasite Scarpotes Scabiei ne peut pas être vu à l’œil nu.

Les acariens femelles creusent sous votre peau, souvent se faufilant entre vos doigts, orteils, ou vos «parties intimes». Une fois qu’elles accèdent à l’intérieur de votre peau, elles prennent leur temps pour creuser jusqu’à ce qu’elles trouvent un endroit agréable pour pondre leurs œufs. Vous rappelez-vous de ces scènes du film Alien, lorsqu’un animal denté perce la paroi de l’estomac d’astronautes, montrant ses dents en triomphe avant de prendre la fuite dans la station spatiale? C’est la même sensation.

C’est effrayant. Tout ce que vous touchez doit rester dans un sac en plastique pendant 7 jours, ou peut-être même brûlé. Les douches chaudes sont une nécessité, pour faire cuire ses petits diables se trouvant sous votre peau et vous en débarrasser. Il n’y a jamais eu meilleur argument pour prendre des douches chaudes régulières.

Les acariens peuvent creuser jusqu’à 1/5ème d’un centimètre par jour, et peuvent vivre à l’intérieur de vous pendant plusieurs semaines avant que vous le remarquiez. Non seulement cela, mais les médecins ne peuvent jamais confirmer que vous avez ou aviez eu la gale. Les insectes sont trop petits pour être détectés, et il n’existe aucun test définitif. En prison, lorsqu’on remarque des démangeaisons, une peau rouge et des bosses, on assume qu’il s’agit de la gale. Être traité comme un porteur de la gale est une expérience insultante, que vous l’ayez ou non.

La solitude

Nous criant dessus à travers les portes de cellules, mon compagnon et moi prenions des douches séparées en couvrant, de ce qu’on nous a dit, être une crème très chère. Nos repas nous ont été apportés par des bénévoles pas très disposés. La gale est un événement semi-régulier en prison, il existe donc un protocole dont tout le monde est au courant. Vos vêtements sont emportés dans des sacs à risque biologique, vous faisant sentir moins humain, comme si cela ne suffisait pas d’être emprisonné. Vous êtes isolé du reste de la population carcérale le temps d’appliquer vos crèmes et de rester en attente.

Suivant les ordres du médecin, je me suis enduis de crèmes, pris mes douches, changé mes vêtements à plusieurs reprises, et beaucoup lu. J’ai essayé de ne pas me gratter la nuit, juste pour que mon compagnon de chambre puisse dormir. Celui-ci est devenu de plus en plus exaspéré. Il venait d’être condamné à sa première peine de prison. En plus de la gale, Il avait beaucoup de choses à digérer.

En fin de compte, j’ai réussi à convaincre la plupart des prisonniers qui me criaient dessus que contracter la gale n’était pas de ma faute. Après deux semaines de crèmes et de solitude, mes éruptions se sont évaporées. Était-ce la gale après tout? Je ne le saurai jamais.

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