Derrière la porte rouge… un bijou caché

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Derrière la porte rouge du 137, avenue du Président-Kennedy, au pied de la grande église au toit rouge, se trouve un lieu de soutien et de répit pour les nécessiteux du quartier. Ils s’agglutinent à l’extérieur, font du trottoir leur salon par ce beau jeudi ensoleillé, discutent entre eux, en plein centre-ville de Montréal, presque à l’ombre de la Place des Arts.

Traduit de l’anglais par Simon-Claude Gingras

Voici la Mission St-Michael. Depuis 1950, toujours au même endroit, elle aide les gens derrière une porte latérale de l’église anglicane St-John the Evangelist. Et elle n’a jamais fermé à cause de la covid, ne serait-ce qu’un jour, ce qui fait d’elle la seule ressource du genre au centre-ville de Montréal à être restée ouverte tout au long de la pandémie.

« Au plus fort de la crise, il n’a jamais été question de fermer, affirme Julie, une administratrice de la Mission. Nous nous sommes retroussé les manches. Il n’y a eu aucune pression indue. Nous avons tous convenu que c’est ce que nous voulions accomplir. »

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Même au moment où deux bénévoles ont été infectés par la covid, la porte rouge est demeurée ouverte. À peine Chantal, la nouvelle directrice générale de la Mission St-Michael, est-elle entrée en fonction, en novembre 2019, que frappait la pandémie. « Dans ce secteur, il n’y avait même pas d’endroit où les gens puissent trouver de l’eau, ou des toilettes… Si j’ai de la nourriture dans mes armoires, je vais la redistribuer. Personne ne mourra de faim à Montréal… Cet endroit est mon petit bijou caché. »

La Mission dispense des repas et des collations pour ce qu’elle appelle sa « clientèle de base ». Les gens peuvent aussi s’y procurer des vêtements, des rasoirs, une coupe de cheveux et autres services essentiels. Se trouvent aussi sur place une infirmière et des travailleurs sociaux, ainsi que des bénévoles auxquels la Mission tient beaucoup à cœur.

De nouveaux besoins

Chantal parle d’une nouvelle clientèle à être venue chercher secours en 2020 : « Des gens que nous n’avions jamais vus auparavant. Des familles. De jeunes mères qui avaient besoin de couches, des étudiants étrangers bloqués ici durant plusieurs mois, des immigrants… Nous sommes ici pour aider tout le monde. »

Mais avec une augmentation subite des besoins est aussi venu un plus grand soutien de la communauté. « Nous avons eu de nouveaux bénévoles, claironne Chantal. Les fondations qui nous soutiennent s’étaient donné le mot. Elles m’appelaient pour savoir si j’avais besoin de quoi que ce soit. On sentait beaucoup de bienveillance. »

Une chose a cessé durant un certain temps à cause de la covid: les douches. Mais elles sont maintenant de retour. « Le jour où nous avons rouvert les douches, il y a eu une ovation debout », se souvient Julie. La Mission a même réussi à établir deux cliniques de vaccination pendant la crise. Et un ordinateur est mis à la disposition de tous. « Le monde moderne est assez complexe, dit-elle. Davantage de personnes passent entre les mailles du filet. Nos intervenants aident les gens à accéder à la couverture de la RAMQ, ou encore à ouvrir un compte de banque. »

Jour et nuit

En ce jeudi ensoleillé, on pourrait croire qu’un cours universitaire se déroule derrière la porte rouge. En effet, lavés et pommadés grâce aux installations hygiéniques de la Mission St-Michael, arborant un teint frais, plusieurs clients, quoique plus âgés, ont l’air d’étudiants attendant l’arrivée imminente d’un professeur. Certains de ces clients vivent nuit et jour dans la rue et n’aiment pas dormir dans les refuges « parce qu’il y a trop de règlements », dit Allan, qui vient donner un coup de main à la Mission.

Julie estime que 80% de la clientèle est bilingue, comme on s’y attend au centre-ville de Montréal. Parmi elle, de nombreux autochtones. « Des gens de partout dans le monde viennent ici. Les cuisiniers sont brésiliens! » Le jour de ma visite, un bon samaritain du West Island venait d’apporter une cargaison de vêtements et de livres destinés à la distribution.

L’église est à vendre, et le terrain qu’elle occupe est du genre que convoitent les développeurs de condos. La Mission se cherche de nouveaux locaux, mais pas trop loin. « Il se trouvera toujours quelque chose pour nos clients dans ce secteur, espère-t-elle. C’est leur chez-soi. »

Chantal dit avoir à l’œil une propriété voisine à la superficie trois fois plus grande que celle des locaux actuels. Croisons-nous les doigts pour qu’une entente puisse être conclue. « Nous avons besoin de croître, dit-elle. Nous avons besoin de plus d’espace pour offrir plus de services, un endroit où dormir. Certains de nos clients sont prêts pour cela, ils veulent réintégrer la société. Nous pouvons leur fournir les outils pour réussir. Nous voulons leur montrer la voie. Nous avons des exemples de succès, des histoires de personnes qui ont déployé leurs ailes et qui ont réussi à se sortir du pétrin. »

Mais de nouveaux locaux ne seront pas bon marché, admet Chantal. « Il se trouve dans ce secteur quelques bâtiments assez ordinaires, dont le prix augmente très rapidement malgré tout! » Quand l’église sera vendue, la Mission St-Michael disposera de six mois pour déménager. Mais, peu importe, la Mission continuera son œuvre. « Nous voyons l’étendue des besoins au quotidien, rappelle Chantal. Nous ne pouvons ignorer cette réalité. »

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