Deuils amoureux : Il était une fin

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Voici le témoignage d’une fin qui n’est qu’un début, une mise à nu de ma réalité et de mes difficultés. Vous ne me connaissez peut-être pas, mais vous connaîtrez mon histoire. L’amour est puissant mais aussi destructeur.

Un texte de Lewis Gagnon

Au cours de ma vie, j’ai dû vivre plusieurs deuils, surtout côté amoureux. Je suis quelqu’un d’émotif. Je donne beaucoup trop sans avoir grand-chose en retour. Quand je donne mon cœur à quelqu’un et qu’il me coupe l’herbe sous le pied, ça fait mal! J’ai essayé de trouver plusieurs façons de traverser le processus du deuil, passant par le déni, la colère, la tristesse, pour finir avec l’acceptation. J’ai fait une grande rétrospective de mes relations. Ça m’a aidé à mieux comprendre comment je vis mes deuils et mes relations.

Ce qui m’a vraiment aidé à passer à travers ces deuils, c’est la musique. C’est une façon pour moi de comprendre ce que je ne suis pas capable de mettre en mots. Si une chanson m’affecte beaucoup, c’est que le message qu’elle transporte me rappelle ma propre vie. Les chansons sont, pour les artistes, une façon d’exprimer leurs émotions, et pour les gens qui les écoutent, de savoir qu’ils ne sont pas seuls à ressentir cela.

Le début de la fin

Tout a commencé lors de ma première grande relation. Tout juste sorti du placard, j’ai eu droit à toute une expérience dans le monde homosexuel. Dans cette relation, il m’a trompé. Quelques mois après, on s’est laissés. Six heures après la rupture, il était déjà avec quelqu’un d’autre. On dit que la première rupture est difficile et je n’ai pas été épargné sur celle-là.

J’ai commencé à boire pour oublier la souffrance de cette relation. Chaque soir, après l’école, je buvais de la vodka comme de l’eau en écoutant en boucle, dans mon lit, la chanson One and only d’Adèle. L’alcool ne goûtait plus rien. J’ai perdu 20 livres parce que  je ne mangeais plus. Je me stressais pour rien, me coupant encore plus l’appétit.

J’ai pris trois ans à me remettre de cette rupture. Sans arrêt, je cherchais quelqu’un pour me faire oublier cette douleur que j’avais au plus profond de mon âme. On m’a reproché de laisser entrer des gens dans ma vie sans être prêt à les accueillir, de jouer avec les autres pour mon intérêt personnel. Cette personne avait raison. Ça m’a fait l’effet d’une « claque dans la face ». Ça m’a permis de réaliser ce que je faisais vivre aux autres.

Avec le temps, j’ai réalisé que je n’allais nulle part. Je devais prendre une pause pour me focaliser sur moi-même. Prendre le temps de guérir avant d’avoir une nouvelle relation. 

Je me remettais trop en question et, surtout, je remettais l’amour en question. J’avais peur d’aller voir quelqu’un et que ça fonctionne. De m’investir dans une relation et de me faire blesser à nouveau. Je m’étais enfermé dans une boîte avec des murs si hauts que je ne me sentais plus humain, que je ne ressentais plus rien. J’ai décidé d’arrêter de chercher et de vouloir une relation amoureuse. Je me suis fait passer en premier. J’ai repris en main mon corps et mon esprit.

La pomme empoisonnée

Après avoir passé environ deux ans loin du marché amoureux, j’ai commencé une relation qui a duré environ deux ans. Ce deuil a été assez particulier pour moi. C’était au début de la pandémie. J’ai dû vivre avec une pandémie ainsi qu’une fin de relation. Je ne m’y attendais pas du tout. Cette nouvelle m’a poignardé, comme une longue dague qui rentre tout doucement, à travers mon cœur. Spécialement pour ce deuil-ci, la musique m’a vraiment aidé à passer à travers. Ça été mon deuil le plus « sain » pour moi-même. 

Puisque c’était le début du confinement, je ne travaillais pas. Je ne pouvais voir personne. J’ai dû affronter mon deuil sans échappatoire. Je crois que c’était la meilleure chose qui me soit arrivée dans ce contexte. Je n’avais pas d’autres choix que de vivre ce processus. Ce deuil est aussi celui qui m’a causé le plus de peine. Le plus dur, c’était que mon ex était perfectly wrong* pour moi. La relation marchait bien, mais on savait tous les deux, au fond, que ça ne pourrait pas durer éternellement. Un proche m’a dit que ce ne serait pas un « si on allait se laisser », mais un « quand ça allait se terminer ». C’est difficile d’entendre ce que tout le monde pensait de ta relation, quand elle est finie. Ça m’a beaucoup aidé à voir que cette relation était loin d’être parfaite et que sa fin était inévitable.

La prochaine marche

Ce deuil amoureux m’a fait comprendre le principe de se pardonner soi-même. L’album de Sam Smith, Love Goes, m’a fait réaliser plusieurs choses sur les relations et sur les deuils. Je devais me pardonner que cette relation soit terminée et que je ne puisse plus rien y changer.  Me pardonner de ce que j’avais dit, de ce que je n’avais pas dit et de ce que je ne pourrais plus jamais dire. La seule chose qui me restait à faire, c’est avancer.

J’ai compris que je perdais beaucoup de temps à faire mes deuils pour cette raison. Je n’avais pas la force de me pardonner. Accepter que ce n’était pas l’histoire qui avait été écrite pour moi. Il est facile d’accuser les autres pour nier ma responsabilité dans le processus. De cette façon, ça n’aidait en rien l’avancement vers une autre relation, ni ma croissance personnelle.

Deux ans après cette rupture, j’ai fini par accepter mes torts et me pardonner. Ça n’a pas été un chemin facile!

Je n’ai pas fini de me reconstruire, à la suite des dommages que j’ai subis après mes relations. Je ne crois pas que je serai totalement guéri un jour. Il faut seulement ne pas leur donner la force de nous affecter. J’ai aussi appris que j’essayais de tout faire pour plaire à mes partenaires. Je changeais qui j’étais pour être assez bien pour eux, pour qu’ils m’aiment plus. J’ai compris que changer qui tu es ne fait que te blesser davantage. Malgré les hauts et les bas, il y avait de l’amour dans les relations. Je ne changerais pas ces relations, elles m’ont permis de grandir. Je finis ce témoignage à propos de mes deuils avec les paroles de Fletcher, ma chanteuse préférée : « Goodbye forever, until next time ».

* En référence à la chanson Perfectly Wrong de Shawn Mendes.


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