Édito : Éduquer à la dure

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Je me souviens d’une intervention peu orthodoxe effectuée à l’époque de mon travail de rue auprès de jeunes marginalisés. J’avais aidé un adolescent à devenir adulte. Donnons-lui le nom fictif d’Éric. Il avait changé de vie. Ses dossiers criminels réglés, Éric ne consommait plus abusivement de drogues illégales.

J’étais dans une ruelle avec lui quand un jeune ado que j’accompagnais est venu nous rejoindre. Aux fins de cette histoire, nommons-le Charles. On parle de consommation. Charles se vante de la sienne. Au même instant, Éric lui lance une bonne gifle derrière la tête. Rien pour faire mal. Une gifle pour marquer son profond désaccord. Pour saisir, surprendre. En le regardant fermement dans les yeux, il lui lance :

– Écoute le jeune, essaye pas de passer par le même chemin que moi. Ça va te faire mal et ça ne te donnera rien de bon en fin de compte. Ne cherche pas à imiter le jeune que j’ai été. Essaye de devenir l’adulte que je suis devenu.

Éric l’a fouillé. Il a saisi la drogue que Charles avait sur lui et l’a jetée dans les égouts.

Cette leçon de vie, apprise à la dure dès le jeune âge, a eu un effet très positif sur Charles. Il est même devenu un intervenant jeunesse. Grâce à une bonne gifle derrière la tête, qu’un intervenant comme moi n’aurait jamais pu donner. Mais entre gars du même milieu, dans une ruelle…

Est-ce que cette façon de faire peut s’appliquer quand on parle de sexisme, de racisme, d’homophobie ou encore de tout autre comportement inadéquat?

Entre amis, si quelqu’un du groupe lance une farce plate manquant de respect à des individus, est-ce que je me contente de rire jaune? Être témoin d’une telle incivilité et ne pas intervenir est une sorte d’acquiescement implicite. Cela fait de nous un complice.

Il faut que la majorité silencieuse prenne sa place. Qu’elle dénonce les stupidités qui nourrissent et entretiennent le racisme, le sexisme et l’homophobie.

– Hey le grand… ta farce est plate et je ne l’approuve pas.

– Grand-père, est-ce sexiste comme langage?

– Si tu te penses drôle avec tes farces bas de gamme.

– Patron, est-ce vraiment approprié comme discours?

Confronter des amis, des collègues de travail, des membres de notre famille. Les dénoncer. Afficher nos couleurs sociales. Pas toujours facile, j’en conviens. Il peut y avoir des conséquences à nos gestes.

Mais l’éducation ce n’est pas juste une affaire d’école. Ça se passe tous les jours, dans tous nos milieux de vie.


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Raymond Viger
Raymond Vigerhttps://raymondviger.wordpress.com/
Raymond Viger. Rédacteur en chef du magazine d'information et de sensibilisation Reflet de Société, édité par le groupe communautaire Le Journal de la Rue. Écrivain, journaliste et intervenant. raymondviger.wordpress.com www.refletdesociete.com www.cafegraffiti.net www.editionstnt.com www.survivre.social Courriel: raymondviger@hotmail.com

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