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Depuis 2001, l’éducation à la sexualité n’est plus obligatoire dans les écoles. Les jeunes Québécois reçoivent de manière disparate de l’information à ce sujet. Certains assistent à des conférences, d’autres en parlent avec leurs parents ou naviguent sur internet pour répondre à leurs questionnements.

Un texte de Melina Soucy -Dossier Sexualité


«La sexualité est encore un sujet tabou chez les jeunes, croit Audrey, étudiante de secondaire 4 à la Polyvalente des Deux-Montagnes. Nous n’en entendons pas assez parler pour être à l’aise. Je crois que les cours de sexualité devraient être ramenés dans les écoles pour rassurer les jeunes et les éduquer».

Nous y sommes plus exposés que jamais. Mais on rêve toujours d’exclusivité et d’amour.

Les 28 élèves âgés de 16 ans de la classe de Sylvie Richer, enseignante d’histoire, se sont montrés ouverts à discuter de sexualité, mais demeurent néanmoins mal à l’aise avec le sujet. Il n’y avait qu’une dizaine d’élèves qui participaient activement à la discussion, les autres ne se sont confiés que par écrit.

«Le rapport à la sexualité chez les Québécois est très paradoxal, explique la sexologue Annie Caron. D’un côté il y a encore beaucoup de tabous et de gêne par rapport à des sujets comme les violences sexuelles ou la masturbation féminine. De l’autre côté, la sexualité est banalisée. Nous y sommes plus exposés que jamais. Mais on rêve toujours d’exclusivité et d’amour.»

Besoin d’éducation

Selon la sexologue, les jeunes n’ont pas d’espace de réflexion critique et les cours d’éducation sexuelle devraient revenir dans les écoles.

«Les jeunes sont obligés de faire leurs propres recherches pour répondre à leurs questions. Ils doivent faire le tri dans les informations sur le web par eux-mêmes. Il y a un manque.»

Ce besoin d’espace de réflexion se manifeste de manière flagrante dans les confessions écrites des étudiants.

«Nous devrions recevoir des cours d’éducation sexuelle, car plusieurs jeunes sont en recherche de leur identité et se sentent obligés de passer à l’acte trop rapidement et de plus en plus jeunes», critique Camille.

Pour Alexie, il est nécessaire d’en parler à l’école, car «quand on commence à être en relation intime avec quelqu’un, on se rend compte qu’on ne connaît pas grand-chose sur la sexualité».

Sa camarade de classe, Justine, a pour sa part des demandes précises à faire au gouvernement : «Il devrait mettre en place un plan beaucoup plus gros sur la sexualité qu’un simple cours d’éducation qui nous explique les moyens de se protéger et ce qu’est une infection transmise sexuellement et par le sang (ITSS). La sexualité englobe beaucoup plus d’éléments, c’est plus qu’un condom et une maladie. Il y a la relation entre les deux partenaires, leur orientation, leur environnement, leur consentement et plus encore.»

Bien que la majorité des élèves désirent voir un retour des cours d’éducation à la sexualité dans les écoles, certains émettent des réserves. «Je crois que ce serait mieux si l’éducation sexuelle était un atelier pour que les personnes qui ne sont pas prêtes à voir ce qu’il y a à voir ne soient pas marquées à vie», suggère Valsorim, qui se dit pourtant à l’aise avec le sujet. Son collègue, Mahau, pense pour sa part qu’ «il est important d’en parler, mais sans exagération». Selon lui, trop en parler deviendrait redondant pour un ado.

Depuis le début de leur scolarité, le groupe d’étudiants n’a reçu que quelques parcelles d’informations sur la sexualité. «Au primaire, on ne nous a parlé que de puberté», mentionne Tristan. «On a aussi appris une chanson qui disait : Mon corps, c’est mon corps ce n’est pas le tien, raconte Tilky. On ne comprenait pas vraiment ce que ça voulait dire. On avait même inventé la fin avec des amis: si tu veux le toucher, c’est 2,20$!»

Au secondaire, les jeunes ont principalement reçu des informations de la part de l’infirmière et des professeurs de sciences sur les méthodes de contraception, les ITSS et les organes génitaux. «On a aussi eu 3 conférences, renchérit Justine. Une sur les violences conjugales et deux sur le consentement.»

Après avoir entendu ces réflexions, l’on remarque que la sexualité n’est abordée que sous ses aspects problématiques.

À qui la responsabilité?

«On n’aborde pas la sexualité comme on aborde les mathématiques», rigole Annie Caron.

Selon la spécialiste, une partie de l’éducation pourrait être donnée par les enseignants, mais les sujets plus sensibles devraient être abordés avec des sexologues, comme les agressions, la globalité de la sexualité, c’est-à-dire les orgasmes, le plaisir, etc. «Au moins, laisser aux sexologues le soin d’aborder certaines thématiques plus sensibles.»

De son côté, Sébastien Morin, enseignant d’éducation physique à l’école primaire l’Oasis à Lachute, pense qu’une sexologue serait surtout nécessaire au secondaire. «Le sexe fait plus partie de la vie quotidienne à l’adolescence. À 14 ans les jeunes commencent à avoir des relations sexuelles. Je crois que ça un gros impact sur les liens d’amitié et les réputations des élèves, sur leur confiance en soi. Il faudrait une personne ressource pour se confier, car à cet âge-là on a de la difficulté à en parler avec ses parents. Au primaire, ce serait trop jeune».

D’autres professeurs, comme madame Richer, croient plutôt que la responsabilité de l’éducation sexuelle incombe aux parents et aux enseignants à parts égales.

«Mais, il y a des parents qui ne sont pas capables de la faire, donc l’école est là. L’école devrait également aller au-delà des sujets comme les préservatifs et les maladies, il faut aussi leur parler de plaisir et d’amour entre autres.»

Cependant, deux enseignants se disent mal à l’aise à donner de tels cours: «C’est difficile d’intervenir, surtout en tant qu’homme, déplore monsieur Morin. Il y a plusieurs de mes collègues qui ne sont pas à l’aise, car elles ne sont pas formées pour traiter de ce sujet. Une prof me disait récemment que si elle avait une formation, elle le ferait. Les professeurs ne savent pas quels sujets il faut aborder avec les jeunes, ni comment leur en parler.»

Cette peur de mal communiquer l’information pourrait freiner la réintégration des cours d’éducation à la sexualité dans les écoles prévue pour l’automne prochain, car le gouvernement laissera aux écoles le choix d’adhérer au programme ou non. « Le temps d’enseignement et le budget consacré à ces cours sont aussi des problèmes auxquels le gouvernement n’a pas songé, précise Annie Caron. Il n’y a pas de plage horaire prévue pour l’éducation sexuelle. Les enseignants devront donc couper dans leurs propres cours pour y faire de la place».

En complément à Reflet de Société +

L’hypersexualisation des  jeunes filles est une phénomène dont on ne fait plus tabou. Pour mieux comprendre ce phénomène, Chantal Jouanno, sénatrice française, a été chargé d’enquêter sur le sujet. Un reportage de Public Sénat.

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