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Femmes à la télévision

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La caméra ajoute « 10 livres » 

En plus d’être parfaitement grimées, peignées et vêtues, celles qui travaillent devant les caméras doivent aussi être minces pour éblouir à l’écran. Un lieu commun répandu veut que la caméra ajoute « 10 livres », présentant ainsi une image déformée des professionnelles de la télévision qui s’avèrent déjà élancées. Ce qui a pour résultat de renvoyer un idéal de minceur inatteignable aux téléspectatrices déjà intimidées par les images de femmes minces véhiculées par d’autres médias centrés sur l’image], ceux-ci présentant des personnalités féminines affichant des proportions irréalistes. 

Par Anders Turgeon – Dossier Médias

Ces idéaux de minceur touchent la plupart des femmes de la Belle Province. Selon une étude menée par Ipsos-Reid pour le compte des Producteurs laitiers du Canada en 2008, 73% des Québécoises veulent perdre du poids. Parmi celles-ci, il y en a 56 % qui possèdent un indice de masse corporelle (IMC) reflétant un poids santé. De plus, 62 % des Québécoises ressentent une pression sociale pour perdre du poids. « La minceur est devenue un critère de beauté essentiel. Nous associons la sveltesse à la santé sportive : sur le marché du travail, le ventre plat est un symbole de réussite de sa carrière. » Des propos corroborés par Lili Boisvert : « La minceur est très valorisée. Nous avons une déformation sociale à ce niveau : nous marions la féminité à la gracilité. » En conséquence, des personnalités féminines de la télévision, telles que la comédienne Bianca Gervais, éprouvent des difficultés considérables à composer avec les exigences de maigreur de leur métier. Dans le livre La revanche des moches, elle se confie à Léa Clermont-Dion à propos de cette pression ressentie : « Je prends environ 10 livres [suite à un voyage en Italie]. Je n’entre plus dans mes jeans. Mon habilleuse me lance : qu’est-ce qu’on fait avec tes 10 livres, tu les perds ou on t’achète du nouveau linge? À ce moment-là, je ne me suis pas sentie grosse, je me suis sentie comme une baleine bleue. [Être comédienne] est un métier où il n’y a pas de sensibilité par rapport au corps des autres. »

Ce manque de considération pour le physique et le poids des comédiennes ne touche pas qu’elles, mais l’ensemble des femmes œuvrant devant les caméras des chaînes de télévision. Alors que 5 % des femmes se trouvent sous leur poids santé dans la population en général, elles seraient six fois plus nombreuses à afficher un tel poids au petit écran, selon une étude dirigée par Bradley S. Greenberg, professeur émérite —maintenant retraité — de la Faculté des sciences de la communication de l’Université du Michigan en 2003. Malheureusement, il n’existe pas de données spécifiques au Québec sur le poids des professionnelles de la télévision. Néanmoins, ces statistiques surprennent Marie-Claude Savard, animatrice et ex-journaliste sportive. Elle réfute l’idée de l’existence d’une telle réalité à la télévision québécoise : « Je pense qu’au Québec, nous sommes assez ouverts. […] Être mince ne fait pas nécessairement partie des critères [d’embauche]. J’ai même entendu beaucoup de décideurs dire que les femmes plus rondes ont plus facilement la sympathie du public. » Ce qui ne l’empêche pas de reconnaître qu’il peut y avoir des préoccupations chez les animatrices au niveau de leur poids par rapport aux fameuses « 10 livres » ajoutées par la caméra.

Il reste que la question du poids des professionnelles de la télévision s’avère symptomatique de la pression pour être minces que doivent subir les femmes travaillant devant les caméras télévisuelles. La minceur équivaudrait à bien paraître à la télévision et serait associée à un idéal de professionnalisme et de dynamisme. Cela exercerait une influence sur la vision que possèdent les téléspectatrices de leur propre poids. Paradoxalement, elles se montreraient impitoyables avec les animatrices, les comédiennes et les journalistes qui dérogeraient à cet idéal de la beauté féminine. Saskia Thuot, animatrice de Décore ta vie à Canal Vie, s’est exprimée sur sa page Facebook, le 13 mars 2014, par rapport à un commentaire déplacé qu’elle a reçu sur son poids en message privé : « On vient de m’écrire ceci : “T’as pas maigri, beauté!” […] Je n’en peux plus de ce genre de commentaire. C’est tellement blessant, dégradant et facile. Je sais que mon corps ne correspond pas aux critères de beauté actuels. […] À chaque commentaire méchant, j’ai l’impression que je dois rebâtir les fondations de mon estime, et à 41 ans, je veux seulement être bien. » Cette anecdote illustre les conséquences de cette pression inhérente au poids sur les professionnelles du petit écran québécois. Elles peuvent en être affectées et vouloir recourir au bistouri afin de remédier à ce qui est considéré comme étant un problème. Il en va de même pour ce qui concerne leur vieillissement.

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