Gangs de rue: Empêcher les jeunes d’y adhérer

-

Le Dr Richard E. Tremblay de l’Université de Montréal est un pédopsychologue de renommée mondiale. Il travaille dans le domaine depuis 40 ans. Selon lui, « plus les humains vieillissent, plus il est difficile de les changer. » Il travaille sur le Programme de traitement préventif de Montréal, une recherche à long terme menée dans les écoles des régions défavorisées du Québec visant à réduire la délinquance, la toxicomanie et l’adhésion aux gangs.

Il dit que le meilleur moment pour organiser une intervention est lorsque la mère est encore enceinte. « Une partie du problème est que la mère ne fait pas ce qui est nécessaire pour avoir un enfant en bonne santé. Elles boivent, elles fument, elles sont stressées. Cela a un effet sur la grossesse, impacte négativement la scolarité de l’enfant et augmente son agressivité. Les comportements délinquants sont liés aux problèmes prénataux, ces enfants ont souvent des problèmes pendant la petite enfance. »

Des parents malheureux produisent souvent des criminels malheureux. L’état de la relation familiale est un facteur de risque énorme pour un enfant. La violence conjugale augmente les chances que l’enfant devienne membre d’une gang de rue, rapporte le Dr Tremblay.

« Des mères battues par leurs maris, vivant dans un environnement épouvantable. Cela a un impact sur leur capacité à contrôler le comportement de l’enfant. Plus nous attendons pour intervenir, moins il y a de chances que cela ait de l’importance. » Parfois, les mères quittent les pères durant cette phase. 

Les mères sont ouvertes à être conseillées pendant la grossesse. « Les mères sont heureuses et regardent vers l’avenir, s’attendant à ce que la vie change pour le mieux. Si elles vivent avec un homme qui a des problèmes, elles devront se séparer du père pour avoir un grand effet sur l’enfant. Le traitement à ce stade est le meilleur investissement qui puisse être fait – pour la société, il est beaucoup moins coûteux de traiter le problème pendant la petite enfance que de mettre les gens en prison. » Les mères sont beaucoup plus ouvertes aux conseils et aux traitements que les pères, en règle générale.

Les problèmes de comportement des enfants commencent lorsqu’ils sont très jeunes. « Le moment de leur vie où les enfants sont au plus mal, c’est quand ils ont deux ans. Si vous mettez 20 enfants de deux ans ensemble, vous verrez plus de combats que dans un ring de boxe. Mais à cet âge, vous apprenez à ne pas vous comporter ainsi, à ne pas agresser les autres. C’est pourquoi nous sommes plus efficaces pour traiter les enfants de cette façon. » Selon le Dr Tremblay, les données montrent que les mauvais comportements se manifestent « en garderie, en prématernelle, et même plus tôt. Montrez-moi l’enfant à deux ans et bien souvent ça reflète l’adulte qu’il sera. »

Le Programme de traitement préventif de Montréal était, et est toujours, appliqué dans les écoles françaises des quartiers défavorisés du Québec. Seuls les garçons sont traités dans le programme.

« Nous évaluons les enfants en maternelle. L’intervention débute l’année suivante », explique le Dr Tremblay.

Parmi les facteurs de risque à surveiller chez les jeunes garçons figurent les comportements non conformes, les mauvaises conduites (perturbatrices envers l’autorité), les comportements agressifs, l’hyperactivité, l’impulsivité et les difficultés de développement.

Le Dr Tremblay explique en quoi consiste le programme : « Habituellement, c’est un psychologue, mais ça pourrait être un travailleur social. Nous rencontrons les parents pour les rééduquer sur la façon dont ils traitent leur enfant. »

À l’école, « on ne dit rien aux garçons. Nous créons des groupes. Nous prenons les enfants pro-sociaux les mieux adaptés et nous prenons les enfants à haut risque et créons des modèles à suivre. Nous impliquons les enseignants. Nous essayons de faire en sorte que tout l’environnement autour de l’enfant soit aussi favorable que possible. L’intervention dure deux ans (7 à 9 ans). Nous veillons à ce qu’ils aient des amis qui sont positifs et qui les soutiennent. »

Certains enfants à risque sont laissés de côté. « Les autres, on ne fait rien avec. Nous pouvons comparer ceux qui ont obtenu l’intervention et ceux qui ne l’ont pas fait. »

Le programme suit ces enfants jusqu’à l’âge adulte. « Nous les suivons sur le long terme. Ceux qui ont eu l’intervention n’ont pas eu autant de problèmes. Ils ne sont pas allés en prison. Ils avaient moins de problèmes de drogue et d’alcool. Ils n’étaient pas en gangs. Et ils avaient un travail. »

Une fois qu’un jeune garçon est devenu adolescent, s’il agit toujours de manière agressive, il n’y a pas grand-chose à faire, soutient le Dr Tremblay. Il pense que les programmes pour adolescents sont du gaspillage d’argent, puisqu’à l’adolescence, les chances d’amélioration sont assez minces comparé à l’enfance. « Nous dépensons notre argent pour traiter des problèmes que nous ne pouvons pas résoudre, plutôt que pour traiter des problèmes que nous pouvons résoudre. »

Une fois qu’ils ont atteint l’adolescence, il est généralement trop tard pour changer fondamentalement de comportement. « Si vous attendez qu’ils soient adolescents, que vous faites une expérience et que vous les suivez, les impacts à long terme ne sont pas impressionnants. C’est pourquoi nous essayons de convaincre le système scolaire que le moment d’intervenir, c’est quand ils sont très jeunes. »

« Essayer d’intervenir plus tard, c’est bien », dit le Dr Tremblay. « Certains enfants en profiteront. Mais c’est beaucoup de travail. Cela n’a pas l’amélioration que nous avons lorsque nous la faisons beaucoup plus tôt. C’est très évident que les enfants qui ont des problèmes à l’adolescence les ont en garderie et en préscolaire. »

Le Dr Tremblay et son équipe forment des éducatrices en garderie et même des gynécologues. Mais pour l’instant, le Programme de traitement préventif de Montréal n’est qu’une expérience dans une poignée d’écoles. « Essayer de convaincre les écoles et les gouvernements de créer ces programmes à grande échelle est très difficile. »

 « L’intervention aide les jeunes à long terme », explique le Dr Tremblay. « Les enfants qui en bénéficient sont productifs (citoyens). Plutôt que de dépenser 100 000 dollars par an pour les mettre en prison, ils gagnent 100 000 dollars par an. »

Le Dr Tremblay a travaillé avec le Dr James Heckman, économiste lauréat du prix Nobel à l’Université de Chicago, qui a étudié le sujet. Il soutient que d’investir dans le développement de la qualité de la petite enfance dans les milieux défavorisés est la  meilleure façon de réduire les déficits. Ça crée de meilleurs résultats en matière d’éducation, de santé, d’avantages sociaux et économiques, ce qui augmente les revenus et réduit le besoin de dépenses sociales coûteuses.

La recherche sur le développement du cerveau montre que le cerveau est le plus ouvert au changement dans les premières années de vie d’un enfant, souligne le Dr Heckman. Les connexions cérébrales au début de la vie contrôlent différentes fonctions comportementales et cognitives. Une fois ces connexions cérébrales formées, il est beaucoup plus difficile de les modifier.

Pour en savoir plus:

Le Programme de traitement préventif de Montréal a été conçu pour prévenir les comportements antisociaux des garçons qui présentent des problèmes de comportement précoces. Il offre une formation aux parents et aux jeunes pour réduire la délinquance, la consommation de substances et l’adhésion à des gangs. L’intervention a été mise en œuvre avec succès pour les hommes blancs nés au Canada, âgés de 7 à 9 ans, issus de familles socio-économiques défavorisées, qui ont été évalués comme ayant des niveaux élevés de comportement perturbateur à la maternelle.

Le programme de traitement préventif combine la formation des parents avec une formation individuelle en compétences sociales. Les parents reçoivent en moyenne 17 séances axées sur la surveillance du comportement de leurs enfants, le renforcement positif du comportement pro-social, l’utilisation efficace des punitions et la gestion des crises familiales. Les garçons reçoivent 19 séances visant à améliorer les compétences pro-sociales et la maîtrise de soi. La formation est mise en œuvre en petits groupes contenant à la fois des garçons perturbateurs et non perturbateurs, et elle utilise le coaching, la modélisation par les pairs, l’auto-instruction, la contingence de renforcement et le jeu de rôle pour développer des compétences.

Les évaluations du programme ont démontré des gains à court et à long terme pour les jeunes bénéficiant de l’intervention. A 12 ans, trois ans après l’intervention :

• Les garçons traités étaient moins susceptibles de déclarer les infractions suivantes : intrusion, vol d’objets d’une valeur inférieure à 10 $, vol d’objets d’une valeur supérieure à 10 $ et vol de bicyclettes.

• Les garçons traités ont été évalués par les enseignants comme se battant moins que les garçons non traités.

• 29 % des garçons traités ont été jugés bien adaptés à l’école, contre 19 % des garçons non traités.

• 22 % des garçons traités, contre 44 % des garçons non traités, ont présenté des difficultés scolaires moins graves.

• 23 virgule trois pour cent des garçons traités, contre 43 pour cent des garçons non traités, ont été retenus à l’école ou placés dans des classes d’éducation spéciale.

À 15 ans, ceux qui ont bénéficié de l’intervention étaient moins susceptibles que les garçons non traités de déclarer :

• Participation à des gangs.

• Avoir été ivre ou avoir pris de la drogue au cours des 12 derniers mois.

• Commettre des actes délictueux (vol, vandalisme, consommation de drogue).

• Faire arrêter des amis par la police.
Source: Le site internet du The National Gang Centre (U.S. Department of Justice)


À lire aussi:

Articles Liés

Coup d'œil

spot_img

En vidéo

La consommation de porno chez les hommes

Nous Suivre

1,007FansJ'aime
475SuiveursSuivre
6,797SuiveursSuivre

Abonnez-vous à l’infolettre