Inégalités et Sida

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Une femme sous-scolarisée issue d’un milieu pauvre a trop peur pour se faire dépister du VIH. Elle a peur du rejet de sa famille, de son entourage. Elle a peur d’être renvoyée de son emploi à faible revenu. Ne sachant pas si elle a le virus, elle le propage, par ignorance et dans la peur.

Les scientifiques, les militants et les employés des agences des Nations Unies luttent contre des maladies telles que le sida, la COVID et la variole du singe. Lors de la 24e Conférence internationale sur le Sida qui s’est tenue à Montréal en 2022, ils se sont penchés sur la façon dont les inégalités sociales et politiques perpétuent le sida.

Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’ONUSIDA, souligne que les statistiques de son organisation montrent que les taux d’infection par le sida dans le monde ont baissé depuis 20 ans et sont maintenant stables depuis 2018. 

Cependant plus de 1,5 million de personnes dans le monde ont été infectées en 2021. Bon nombre de ces nouvelles infections au VIH atteignent de jeunes femmes. Une aux deux minutes à travers le monde.

En Afrique subsaharienne, les jeunes représentaient 31 % des nouvelles infections, et près de quatre sur cinq concernaient des filles.

Au total, 93 pays ont des lois qui criminalisent le VIH et 44 % de toutes les nations de la planète criminalisent les activités homosexuelles. Dans ces pays, les hommes homosexuels ont un taux d’infection par le VIH cinq fois plus élevé que dans les pays sans ces lois. La criminalisation pousse les gens à la clandestinité. Ils ont peur d’accéder aux mesures de santé et de sécurité.

« La criminalisation affecte le traitement et le virus se propage », explique Madame Byanyima. « Lorsque nous réagissons avec la police et la prison plutôt qu’avec les infirmières et les soins de santé, le virus se propage. » Dans 11 pays, les activités homosexuelles sont passibles de la peine de mort.

Si vous pensez qu’il s’agit d’un phénomène limité au tiers monde, détrompez-vous.

Minorités touchées

Au Canada, le taux de nouvelles infections au VIH sont plus élevées chez les Noirs et les communautés autochtones que chez les Blancs. 

Selon l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), depuis 2010, les décès dus au sida ont été réduits de moitié. En 2020, l’ASPC estimait à 1520 nouvelles infections pour un minimum de 62 800 personnes vivant avec le VIH. L’ASPC croit aussi que 87% des personnes affligées suivent un traitement. Pour les autochtones, il y aurait 276 nouvelles infections soit 18,2% des nouvelles infections canadiennes. Au Québec, il y aurait 17 726 personnes vivant avec le VIH.

Toujours selon l’ASPC, les taux d’infection chez les Noirs et les Autochtones sont plus élevés que chez les Blancs; les habitants des zones urbaines ont des taux plus élevés que ceux des zones rurales ; les pauvres des villes ont les taux d’infection au VIH les plus élevés. Comme pour la COVID, ces pauvres urbains ne sont pas en très bonne santé au départ, de sorte que leur taux de mortalité est également plus élevé que pour la population moyenne. De plus, le taux d’infection chez les hommes blancs diminue, tandis que celui des hommes des minorités visibles augmente.

Montréal ne fait pas exception, explique Veronica Pizzi, directrice générale du Centre d’Action SIDA Montréal (CASM), qui travaille auprès des femmes vivant avec le VIH. « Environ 90 % des femmes que nous aidons à Montréal sont Noires, provenant d’Afrique ou d’Haïti. La plupart d’entre elles apprennent qu’elles sont séropositifs au cours du processus d’immigration. La plupart de ces femmes ont un faible revenu », explique Pizzi.

Compte tenu des longs délais dans le processus de demande d’asile, cela ne signifie pas nécessairement que les femmes ont contracté le VIH dans leur pays d’origine, explique Ken Monteith, directeur général de COCQ-SIDA, la coalition provinciale des groupes communautaires de lutte contre le sida. « Ils auraient très bien pu l’avoir ici », observe-t-il.

Leur marginalisation entrave leur capacité à se faire soigner. « Ils vivent dans de petites communautés et la stigmatisation les suit. Cela fonctionne mieux lorsque nous amenons des personnes de l’extérieur de leur communauté à les aider. Les gens s’attendent à être maltraités, à être exclus dans leur communauté. Ça rend impossible la construction d’un réseau de soutien », explique Monteith.

« Il y a beaucoup de tabous et de stigmatisation au Canada. Dans leur pays d’origine, c’est encore pire. Ils ont peur que quelqu’un les voie se faire tester », confirme Pizzi, mentionnant que l’ignorance accentue la propagation du SIDA.

Elle ajoute : « Même s’ils se font dépister et qu’ils sont séropositifs, ils gardent le secret au sein de leur famille. Certains qui ont dit qu’ils étaient séropositifs sont rejetés par leur famille. »

Sensibiliser

« C’est un manque d’éducation », dit Pizzi à propos de nombreuses femmes qu’elle traite au CASM. « Elles gardent le secret, alors qu’une femme efficacement médicamentée ne peut pas transmettre le virus ni pendant les rapports sexuels, ni pendant l’accouchement. »

« C’est notre grand succès que le traitement fonctionne. Maintenant, notre défi est de nous assurer qu’il soit accepté », déclare Monteith.

CASM propose des autotests gratuits qui ne prennent que quelques minutes, pour les femmes qui ne veulent pas passer par le système de santé. Le gouvernement fédéral achète certains de ces tests de santé pour les distribuer aux organisations qu’il soutient. 

« Le système de santé peut être compliqué et intimidant », observe Pizzi. « Cela peut prendre des semaines pour obtenir un rendez-vous pour un test et des semaines pour obtenir des résultats. À cause de la COVID, tous les tests ont été repoussés. Et dans une clinique privée, le test pourrait coûter environ 80 $. »

« Les minorités comme les peuples autochtones ne sont pas très bien traitées dans notre système de santé, dit Monteith. Être frustré d’être maltraité signifie s’éloigner de notre société. »

Selon l’Agence canadienne de la santé, 10 % des personnes vivant avec le VIH au Canada ne savent même pas qu’elles en sont atteintes et peuvent le propager.

Les médicaments pour lutter contre le sida ne sont pas gratuits au Québec. Monteith rappelle que « Si vous gagnez le salaire minimum et que les pilules dont vous avez besoin pour le VIH coûtent 95 $ par mois, vous devez décider entre manger et vos médicaments contre le VIH… »

Pizzi croit que le Canada doit faire plus pour sensibiliser et éduquer les gens. « Nous n’avons pas vraiment concentré nos efforts et notre budget en tant que nation sur l’éducation des gens au sujet du VIH. Parce qu’on n’en meurt plus, on l’a oublié. Si plus de sensibilisation était créée dans les écoles, dans les entreprises, dans le système de santé, personne n’aurait peur des personnes vivant avec le VIH et elles ne seraient pas stigmatisées. C’est de l’ignorance. Ce n’est pas facile d’attraper le virus. Même dans le système de santé, la stigmatisation est très grave, et parfois les infirmières et les médecins ne traitent pas les personnes séropositives comme elles devraient l’être. »

Les régions

La moitié de tous les patients séropositifs au Québec sont des hommes gais ou bisexuels. Et les deux tiers des porteurs du VIH vivent dans la région de Montréal.

Les services de soins de santé pour le VIH ne sont pas aussi accessibles dans les régions, explique Monteith. « Certaines personnes déménagent à Montréal pour se rapprocher des services médicaux. Il y a peut-être une concentration des ressources ici, mais aussi une concentration du problème. »

On estime que 40 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde. Environ 10 millions d’entre eux n’ont pas accès au traitement dont environ la moitié sont des enfants infectés.

Pour plus d’information : coordination@casm-mtl.org

VIH et Sida?

Le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) est un type de virus qui attaque le système immunitaire du corps. Le VIH est chronique mais si le virus est traité, il est maîtrisable. S’il n’est pas traité, il peut affaiblir le système immunitaire ou évoluer vers le syndrome d’immunodéficience acquise (sida).

Être séropositif signifie que l’on a dans le sang des anticorps contre le VIH. Ces anticorps sont fabriqués par l’organisme pour lutter contre le virus. Ils apparaissent dans les premières semaines suivant la contamination et on peut les détecter grâce au test de dépistage. Comme dans le cas de la COVID, si la personne est contaminée même sans être malade, elle ne peut transmettre le VIH.

Certains tests peuvent ne pas être en mesure de détecter le virus durant les 2 à 4 premières semaines d’une infection par le VIH.

Les premiers symptômes peuvent comprendre :

1.     de la fièvre.

2.     une fatigue.

3.     des frissons.

4.     un mal de gorge.

5.     des maux de tête.

6.     des douleurs articulaires.

7.     des douleurs musculaires.

8.     l’enflure de glandes (ganglions lymphatiques)

Traitement de l’infection par le VIH

Des traitements hautement efficaces pour prendre en charge une infection par le VIH sont disponibles. Un patient séropositif doit prendre un traitement à vie.

Un traitement précoce de l’infection par le VIH peut permettre de vivre une vie saine. Une personne atteinte du VIH peut être traitée au moyen de médicaments antirétroviraux. Ces médicaments agissent comme suit :

  • en réduisant la concentration du VIH dans l’organisme, en abaissant autant que possible votre charge virale;
  • en ralentissant la propagation du virus;
  • en aidant le système immunitaire à combattre d’autres infections.

Le traitement améliore la santé des personnes vivant avec le VIH et peut prévenir la transmission du VIH.

Transmission du VIH

Le VIH se transmet par les relations sexuelles (vaginales, anales, orales, partage des jouets sexuels) ou par le sang (partage de seringues, tatouage ou perçage avec du matériel non stérile, contact avec du sang contaminé, une mère infectée peut infecter son bébé pendant la grossesse ou pendant l’allaitement.)

Le VIH ne se transmet pas des façons suivantes :

  • par une peau en santé, sans lésions cutanées
  • par simple contact, comme :
  • les baisers
  • les étreintes
  • les sièges de toilette
  • les poignées de main
  • le partage de nourriture
  • les piqûres de moustiques

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