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La réhabilitation : illusion ou vraie possibilité ?

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L’homme qui dirige la Maison Orléans (M.O.), lieu de guérison et d’accueil du quartier Hochelaga-Maisonneuve, est curieux. Le sujet, d’abord – la réhabilitation en milieu carcéral. Pourquoi m’interroger à ce sujet ? Parce que j’entame ma 27e année derrière les barreaux.

Un texte de Colin McGregor – Dossier Chronique d’un prisonnier

Je suis en visite à la maison Orléans avec un groupe supervisé provenant d’un établissement de sécurité minimum de Laval, CFF-6OO. Il me demande :

  • Est-il possible pour un homme de vraiment changer?

Mon hôte est un homme sensible, instruit et, surtout, doué d’une ouverture d’esprit rare qui lui donne la capacité de combler ses fonctions à la M.O. – de travailler avec des cœurs et des âmes brisés qu’il tente, dans la mesure du possible, de réparer.

De retour chez moi, je cogite là-dessus.

Quelques jours plus tard, après avoir discuté de mon sujet avec un détenu au passé louche d’écrivain professionnel, je me lance.

Prochaine étape, visite à la petite bibliothèque que J., notre aumônier (et non aumônière, qui est une vieille bourse portée à la ceinture) a remplie de livres dans notre modeste chapelle carcérale. Un  titre me saute aux yeux : Au secours! Je vis avec une narcissique de Steven Carter et Julia Sokol. La page couverture est hilarante : un macho Camaro à la barbe de trois jours, verres fumés scotchés au visage, jette un regard méprisant au lecteur (marabout.com , si vous voulez vous bidonner).

Le contenu du livre, heureusement, ne reflète pas le ridicule de la page couverture. Le narcissisme et l’égoïsme sont souvent considérés comme des frères siamois.

J’apprends que passer du temps en présence d’un égoïste est souvent épuisant :  « Pour parler crûment, c’est beaucoup plus de boulot… En effet, les narcissiques dédaignent la solidarité et ne se montrent ni accommodants ni coopératifs et il est extrêmement rare qu’ils fassent plus que leur part… »

Pour effectuer un changement, il faut tout d’abord regretter sincèrement ce que tu as fait subir aux autres. Le fait d’être incarcéré, la haine de tes pairs, les barbelés, l’uniforme de prisonnier, les repas collectifs, les cabarets de plastique, le passage d’un nom à un chiffre sont assez pour casser l’égo de la plupart des narcissiques, même les plus endurcis. Pour certains, ça prend de longues années. D’autres n’y arriveront jamais.

Un long processus

Ensuite, il faut penser aux autres. Tourner les yeux dans la même direction que ceux qu’on songe à aider.  Il faut trouver des moyens pour s’intégrer aux autres, pour servir les autres, utiliser ses dons, ses qualités pour soutenir une personne, une famille, une collectivité, un monde. Lorsque le système judiciaire nous met en quarantaine, y arriver nécessite un certain niveau de créativité.

La créativité n’est pas de l’alchimie et ne part pas de rien. Selon un livre écrit par un compositeur (Anthony Brandt) et un neurologue (David Eagleman), The Runaway Species (L’espèce en cavale, publié en anglais chez Catapult), on refaçonne constamment des choses déjà existantes. Il y a trois façons dont on peut exercer notre créativité :

  • On plie: en modifiant quelque chose;
  • On casse : en reconstruisant quelques choses avec des débris;
  • On mélange; on mixe plusieurs choses ensemble.

Enfin, on crée quelque chose d’original, de nouveau, mais jamais entièrement dissemblable de l’original. C’est ce que le détenu doit faire : se réinventer.

Dès qu’on accepte que nous sommes, mais que nous sommes aussi, tous et toutes, capables de nous améliorer en nous «  pliant », en nous « cassant » ou en nous « mélangeant », oui, Richard, la réhabilitation d’un détenu est tout à fait possible. Je serai toujours un nerd nerveux, rat de bibliothèque, introverti et dépressif. Mais il y a des qualités là-dedans qui peuvent mener à aider les autres.

Impardonnable

Quel est le crime le plus impardonnable de tous? Quand le juge en chef de la Cour suprême, Antonio Lamer, présidait la commission sur l’abolition de la peine capitale en 1976, il avait déclaré qu’un meurtrier est souvent un bon citoyen qui a craqué une fois dans sa vie et qui le regrettera toujours, une personne capable d’être rétablie et réintégrée en société ; mais un revendeur de drogue tue et blesse des milliers de victimes sans ressentir le moindre remords.

L’honorable juge Lamer est mort alcoolique.

Pour réhabiliter des hommes et des femmes derrière les barreaux, il faut qu’on leur offre des occasions de se mettre au service des autres. Dans une prison à sécurité minimum, ce n’est pas un problème.  On a accès à la communauté, on a des contacts avec des victimes de délits graves qui nous font réfléchir à nos propres torts et aux souffrances de ceux qu’on a blessés. Mais dans les pénitenciers des autres niveaux sécuritaires, il y a peu, voire aucun programme disponible pour aider la communauté; isolé du monde, le détenu se focalise sur lui-même, car il n’a que le miroir collé sur le mur de sa cellule pour se consoler et se rappeler qu’il existe. Rien pour « guérir »  son égoïsme.

J’ai été chanceux. En tant que nerd avec une formation en économie et en philosophie, l’école carcérale et la chapelle m’ont présenté des occasions exceptionnelles de sortir de mon apitoiement.  Le Café Graffiti m’a ouvert une porte vers le salut d’une valeur inestimable. La grande majorité des détenus sont des manuels, des bricoleurs, souvent des analphabètes peu sociables.

Étant donné qu’un jour, une grande proportion des détenus va se trouver dehors, il faut trouver des façons pour « guérir » de son égoïsme le plus dur des durs à cuir- et montrer aux criminels motivés par l’appât du gain qu’il y a plus de richesse dans l’être humain que dans toutes les banques du monde.

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