L’adoption par la «Banque-mixte»

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Par Colin McGregor

Dossier Famille

L’adoption est un chemin long et difficile pour un couple. Il peut s’écouler deux ans ou même plus entre le moment où une famille demande l’adoption d’un enfant et le jour où il accueille son enfant dans la maison familiale.

Ça pourrait vous surprendre d’apprendre que très peu d’enfants sont confiés pour adoption à leur naissance par voie de consentement de la part de leurs parents biologiques (« donné en adoption »), comme on s’imagine. De plus, ça prend des années pour effectuer une adoption d’un enfant d’un autre pays par le Secrétariat aux services internationaux à l’enfant (SASIE), une agence provinciale. Et pour les couples LGBTQ+ les adoptions internationales sont souvent impossibles car plusieurs nations interdisent l’adoption par des couples qui ne sont pas hétérosexuels.

La majorité des enfants québécois, adoptés au Québec, le sont par l’entremise du programme « Banque-mixte ». Il s’agit d’enfants qui sont devenus adoptables au cours de leur placement par un jugement de la Chambre de la Cour jeunesse du Québec. Au préalable, les familles du programme de la Banque-mixte, dirigé par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), agissent à titre de famille d’accueil pour ces enfants.

Les adoptions de la Banque-mixte ont été introduites au Québec à la fin des années 80 pour placer les enfants à haut risque d’abandon, soit parce que les parents ne s’en occupent plus, soit parce que les problématiques sont tellement présents dans la famille d’origine qu’ils doutent que l’enfant puisse y retourner d’une façon sécuritaire. Les adoptions de la Banque-mixte impliquent des familles d’accueil prêtes à s’engager dans un projet d’adoption à long terme. Ça permet que les enfants soient stabilisés rapidement dans une famille avant qu’on aille à une adoption, normalement par cette même famille d’accueil.   

La Banque-mixte est en fait la catégorie dans laquelle les jeunes enfants en famille d’accueil ont peu, ou pas, de chance de retourner dans leur famille biologique. Les intervenants sont donc à la recherche d’une famille qui pourra offrir un projet de vie à long terme à ces enfants.

Difficultés importantes

Pour les enfants impliqués, un retrait de leur milieu d’origine a été nécessaire en raison des difficultés personnelles importantes des parents biologiques faisant en sorte qu’ils ne parvenaient pas à répondre aux besoins de leur enfant. En raison du pronostic sombre de retour de l’enfant dans son milieu naturel, le système cherche à lui assurer un milieu de vie stable et permanent dans l’éventualité où le retour dans son milieu biologique s’avérerait impossible.

Il y a certains avantages à adopter par la Banque-mixte, les gens croient bien. Selon le site web familleslgbt.org, un site web pour des familles LGBTQ+ : Le processus d’adoption généralement choisi est celui dit « de la Banque-mixte » parce qu’il est plus rapide. Les gens pensent que c’est un raccourci vers l’adoption, ceux qui travaillent dans le milieu nous disent.  

Et pourtant, en 2021-22, il y n’a eu que 163 adoptions au Québec impliquant le DPJ, un déclin de 45% depuis 10 ans. Une adoption à la banque-mixte n’est pas un tapis magique pour adopter un enfant. Selon Marie Pierre Ulysse, Chef, familles d’accueil au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, elle  reçoit 500 appels demandant accès à la banque-mixte chaque année.

« Sur ce 500, » elle nous dit, « il y a une centaine d’appels par lesquels je peux dire que je vais les inviter à une séance d’information. » peut-être 80% de cette centaine va se présenter à la première séance. Après ça, il y a un processus d’entrevues et évaluations, et un ou plusieurs rapports à rédiger.

En fin, seulement 2 à 5 enfants sont adoptés parmi ces 500 appels d’origine, « et ici, il y a des années où il n’y avait pas d’adoptions de la banque-mixte » selon Stephanie Higden, aussi Chef, familles d’accueil et continuum projet de vie pour le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.    

Intégration au sein de la famille

Pour l’enfant adopté, la négociation de son identité et de son appartenance à sa famille adoptive passe par l’histoire qui lui est racontée par ses parents quant aux circonstances de son retrait de son milieu d’origine et de son arrivée dans la famille adoptive. 

Selon une étude de l’Université de Québec en Outaouais (UQO) menée par la professeure du Département de travail social Geneviève Pagé et son équipe, le facteur principal en le succès des adoptions par le programme Banque-mixte c’est l’ouverture des parents adoptifs. Il faut que la famille d’accueil soit prête à répondre à toutes des questions de l’enfant quant à ses origines et le processus d’adoption. On est mieux d’ouvrir le dialogue avec le jeune, conclut-elle. Grâce à cette approche, le jeune va savoir que ses parents adoptifs sont ouverts et disponibles. Selon la prof Pagé : « Les recherches nous montrent que c’est mieux d’ouvrir la porte, » et que les recherches indiquent qu’il faut avoir « un plus grand climat d’ouverture par la famille adoptive » – un climat sans jugement qui inclut l’histoire de comment la famille adoptive est arrivé à la décision d’adopter. 

Autrefois, selon la prof Pagé, on croyait que c’était mieux de ne jamais aborder le sujet de l’adoption avec l’enfant, et de cacher ses vraies racines de sang. Mais avec les recherches, elle conclut que: « C’est plutôt le fait de connaître le plus que possible le fait d’être adopté mais aussi les circonstances qui ont mené à l’adoption et de savoir aussi d’où on vient, ce qui va permettre à la personne adoptée d’avoir une meilleure construction identitaire et un meilleur adaptation au plan psycho-social. »

Pour l’enfant adopté, la négociation de son identité et de son appartenance à sa famille adoptive passe par l’histoire qui lui est racontée par ses parents quant aux circonstances de son retrait de son milieu d’origine et de son arrivée dans la famille adoptive. Parfois, avec des adoptions interraciales, il peuvent y avoir des différences au niveau d’apparence physique. Sur le plan identitaire, c’est quelque chose qui doit être travaillé. 

Mais parfois les familles d’accueil sont prises avec des dilemmes. Quand est-ce qu’on transmet de l’information? Les enfants étaient souvent séparés de leurs familles de naissance à cause des abus et la maltraitance. La famille biologique ne devait plus élever l’enfant d’une manière bienveillante et attentionnée. Les discours de l’étude soulignent que c’est souvent l’incapacité de la mère d’origine qui justifie l’adoption. 

Selon Mathilde, 10 ans, un enfant adopté qui a participé à l’étude de Pagé, « Ma mère était malade, ou je ne sais pas. Mon père m’a dit que quand les mères sont malades, les enfants doivent aller quelque part d’autre pour ne pas que les enfants attrapent la maladie de leur maman. » Souvent, un tel discours sert à rassurer l’enfant que ce n’est pas la faute à lui, selon la prof Pagé. 

Liens fraternels

Qu’en disent les enfants d’âge scolaire adoptés par le programme Banque-mixte? Surtout, selon l’étude de la prof Pagé ainsi que d’autres études, il y a une plus grande fluidité des liens fraternels que des liens avec des adultes. Les enfants adoptés voient très vite les enfants biologiques de la famille adoptive comme leurs propres frères et sœurs. Annabelle, 7 ans, adore « son demi-demi-petit-frère », mais n’a aucun lien avec sa famille d’origine.   

L’étude constate l’effort des adultes pour normaliser le retrait de l’enfant de sa famille d’origine et distancer les parents d’origine, avec qui l’enfant n’a aucune relation. Le discours est généralement bienveillant à l’égard des autres parents (d’accueil ou biologiques) qui se sont succédé dans l’histoire pré-adoptive de l’enfant. 

Natacha, maman, dit que « (mon fils) aura le choix de dire que sa famille inclura son père (biologique) et je trouve ça totalement normal. Mais pour moi, son père ne fait pas partie de ma famille. » Qui montre, selon la prof Pagé, qu’une famille peut inclure plusieurs personnes, mais ne pourrait pas nécessairement inclure tous les liens, comme par exemple avec les parents biologiques.

En somme, les résultats de cette étude font ressortir l’influence du discours des parents adoptifs et du niveau d’exploration par rapport aux origines sur la compréhension de l’enfant.

Quand le CUISSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal évalue des parents qui veulent adopter par la banque-mixte, ils cherchent deux choses, selon Marie Pierre Ulysse : « La capacité de la famille par rapport au risque, et l’ouverture avec la famille d’origine » 

Ça veut dire qu’il y a toujours un risque que la famille d’origine va reprendre l’enfant dès que leurs circonstances soient améliorées. « Si l’enfant va retourner à la maison, comment allez-vous vivre ça?… Ils n’ont pas à posséder l’enfant. Il leur suffit d’avoir le plaisir d’élever l’enfant. »  

De plus, « il y a des familles qui sont très fermé, qui disent non, non, je ne veux aucune contacte avec l’autre famille. » ces familles-là sont mises sur la liste pour des enfants donnés en adoption. Rien ne vous empêche d’être sur plus d’une liste d’adoption à la fois.   

Mais si l’adoption de la banque-mixte est réussie, la famille d’accueil doit être prête à accompagner cet enfant à vie, selon Mme Ulysse. 

Si le sujet de l’adoption vous intéresse, vous pouvez consulter le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de votre région du Québec. 

De plus, selon Mme Ulysse: « Il y a un grand besoin de familles d’accueil régulières, qui peuvent accueillir un enfant ou une fratrie pendant quelques jours ou quelques mois jusqu’à ce que les enfants soient réunis avec les parents. Nos enfants sont anglophones de 0 à 17 ans. Et notre territoire, c’est l’île de Montréal. »

Pour information, veuillez contacter les services de recrutement en famille d’accueil du CIUSSS de l’ouest de l’île de Montréal, installation Batshaw. Tél 514-932-7161 poste 1139.

Les Parents

Selon le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais, les enfants qui ont besoin d’une famille pour réaliser leur projet de vie ont besoin de parents :

– Qui peuvent entendre et parler d’émotions difficiles (chagrin, tristesse, colère, etc.);

– Qui acceptent et composent avec le besoin de l’enfant d’être apprivoisé;

– Qui acceptent qu’ils ne puissent pas tout réparer, malgré l’amour qu’ils donneront (amour inconditionnel);

– Qui acceptent d’être un parent accompagnateur, c’est-à-dire un guide, un appui solide. 


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