Le jeune cabotin : affamé de vie

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Dans les yeux de Gabriel, on ne trouve ni tristesse, ni peur, ni apitoiement. C’est une flamme brillante que l’on décèle dans le regard du jeune homme de 24 ans. Ses mains sont rougies. Qui peut dire si ces petites marques rouges ne sont que des brûlures, héritage de son métier de cuisinier, ou si elles ne sont que les conséquences de l’hiver et de son lot d’irritations cutanées. La question reste en suspens, tout comme le mystère dans l’œil de Gabriel.

Hormis ses yeux, Gabriel se distingue par autre chose. Depuis qu’il est né, il vit avec un trouble de développement du langage (TDL). Auparavant, l’appellation donnée au TDL était la dysphasie ou trouble primaire du langage. Ce trouble neurologique se manifeste par des difficultés importantes de langage pouvant affecter la compréhension et l’expression.

Du début à la fin

Gabriel n’est pas le seul dans cette situation, car le TDL se présente chez un individu dès sa naissance. « On vit avec et l’on meurt avec », explique Richard Cléroux, directeur de l’Association Dysphasie +, créée à l’origine pour défendre les droits de toute personne présentant un TDL. Entre Laval et Montréal, cet organisme propose également des activités de stimulation au développement pour les enfants de 3 à 5 ans, et pour les jeunes de 13 à 17 ans.

Cette réalité liée au TDL, Richard Cléroux tente de la faire comprendre au plus grand nombre. « C’est l’une des premières choses que j’ai apprises quand j’ai commencé dans l’Association. On aide aussi les parents [des enfants présentant un TDL] à accepter et comprendre », précise le directeur.

Issu du domaine de l’administration, M. Cléroux a décidé de se dévouer à l’accompagnement des personnes qui présentent un TDL, mais aussi de leur entourage. « J’aime la proximité avec les gens pour qui je travaille. Le côté humain est très important pour moi », explique-t-il avec enthousiasme.

Croire en soi

« Je sais que je suis capable de faire les choses », déclare Gabriel. Ce courage et cette confiance en la vie lui viennent peut-être de ses parents, ou de son employeur, Bertrand, cogérant au grand cœur du restaurant Les Cabotins dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve à Montréal. Gabriel est bien tombé, puisque ce qu’il aime faire, c’est la cuisine. « Ça fait cinq ans que je travaille aux Cabotins. J’aime cuisiner », confie le jeune homme.

Questionné sur ses impressions sur le passion de Gabriel, son employeur raconte une anecdote au sujet de la profession du jeune homme : « Au Salon du Livre j’ai eu la chance de voir son visage s’éclairer quand un auteur lui demandait “Tu fais quoi? Tu es étudiant? Non, je suis chef cuisinier!” Wow », s’exclame Bertrand en évoquant ce souvenir.

Le jeune cabotin : affamé de vie
Gabriel en pleine action dans la cuisine du restaurant Les Cabotins. Camille Cusset, Reflet de Société

Quand Bertrand et Gabriel font connaissance, Gabriel est chef formateur alors que celui-ci est encore étudiant. Les parents de Gabriel fréquentaient régulièrement le restaurant Le Cabotins.

Deux ans après avoir fini ses études, il n’a toujours pas d’emploi. Bertrand et son associé décident alors de contacter son travailleur social afin de savoir comment l’embaucher. «Nous ne l’avons jamais regretté. Il apporte énergie et joie au travail ce qui allège la tâche et en plus il a du talent.», déclare le restaurateur.

Malgré son indéniable capacité d’adaptation, Gabriel n’a pas dû avoir la vie facile pour autant. Il s’avère que le TDL a des conséquences sur la vie sociale et scolaire. Bien qu’il ne soit plus à l’école, Gabriel raconte avoir reçu de l’aide pendant sa formation. Au cours de son adolescence, il a traversé quelques épisodes de dépression.

Gabriel se décrit comme un être « gentil, responsable et sociable ».  À cette liste s’ajoute le mot « dynamique ». En effet, on pourrait penser que les difficultés de son quotidien sont plutôt reliées à son TDL. Ce serait une erreur. Son plus grand ennemi se trouve être la peur de n’avoir rien à faire. « Ce qui me fait le plus peur, c’est l’ennui. Je trouve ça difficile de rester chez nous à ne rien faire», dit Gabriel.  

Trop peu connu

D’après l’Association québécoise des orthophonistes et audiologistes (AQOA), 7,5 % de la population sont touchés par cette altération neurologique. Au Québec, le TDL est plus répandu que le trouble déficitaire de l’attention et que le trouble du spectre de l’autisme, selon l’AQOA.

Pour le directeur de Dysphasie +, ce chiffre se situe plutôt entre 7,3% et 9,4%. « Puisqu’autant de personnes ont un TDL, c’est à se demander pourquoi on n’en parle pas davantage. Ça reste encore trop méconnu », déclare Richard Cléroux. Actuellement, l’Association reçoit des fonds uniquement pour les services qu’elle offre en lien avec la défense des droits des personnes TDL, mais pas pour les activités de stimulation qu’elle propose en parallèle.

Gabriel a réussi à composer avec son TDL. Sur son chemin, il a rencontré des obstacles, mais il choisit de ne jamais baisser les bras. Des gestes et des paroles de ce jeune cuisinier cherchant parfois ses mot se dégagent une simplicité et un calme qu’on lui envierait presque. C’est probablement le résultat de son apprentissage de la vie. À tous ceux qui vivent la même chose que lui, il conseille : affrontez vos peurs et n’hésitez pas à demander de l’aide. Les humains sont pleins de ressources et Gabriel en est la preuve vivante.

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