Les cérémonies funéraires se réinventent

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Que ce soit l’exposition d’une urne sur le siège d’une motocyclette, l’installation d’un campement en plein air ou la suspension de photos aux branches d’un arbre, les alternatives aux méthodes traditionnelles sont diverses et variées. 

Un texte de Camille Cusset

Selon la sociologue Laurence Hardy, les services funéraires privés ne se basent plus exclusivement sur la facturation de biens et services, mais sur « un accompagnement personnalisé des proches endeuillés et une personnalisation des cérémonies. »

Ainsi, les cérémonies funéraires personnalisées se multiplient en Europe et en Amérique du Nord. Laissant libre court à l’imagination de chacun, elles permettent de rompre avec des coutumes plus « strictes » et de faire ses adieux au défunt dans un cadre différent.

« Avant la pandémie, c’était quelque chose qui gagnait déjà en popularité, parce que ça change l’atmosphère. C’est beaucoup moins lugubre. Les gens se sentent plus confortables de vivre le moment plutôt que de se sentir obligés d’être tristes », explique John Tittel, directeur des ventes pour une entreprise québécoise qui offre des produits et services funéraires personnalisés.

M. Tittel a commencé à travailler en tant que créateur et fondateur d’un cimetière dans les Laurentides.

Les services offerts donnent la possibilité aux proches endeuillés de choisir la forme de la cérémonie funéraire en fonction de deux critères : la légalité et la sécurité. « On est comme un canevas blanc, puis les gens arrivent avec leur peinture et créent leur propre image », décrit-il.

Un changement de coutumes

D’après Laurence Hardy, les réformes apportées par le Concile de Vatican II ont conduit à ce que la pompe —  c’est-à-dire l’ensemble des services associés aux funérailles — soit assurée par les entreprises de pompes funèbres sous différentes formes.

L’historien Yves Hébert, dans son article la Thanatopraxie au Québec, explique que l’embaumement, une technique de conservation du corps, a été adopté dans la province après la Première Guerre mondiale et la grippe espagnole. Toutefois, l’historien mentionne aussi à ce sujet un traité élémentaire de matière médicale, publié en 1890 par les Soeurs de la Charité de l’Asile de la Providence à Montréal.

Par la suite, les salons funéraires se sont multipliés au Québec pendant les années 1940 et 1950. Le défunt était exposé au centre funéraire au cours d’une veillée où se retrouvaient les proches. Dépendamment de la pratique religieuse du défunt, s’en suivait le service à l’église. Dans le cas de la crémation, l’inhumation du corps est remplacée par l’incinération. D’après M. Hébert, l’Église catholique a reconnu l’incinération comme mode de sépulture en 1962, mais cette pratique s’est répandue à la suite de la Révolution tranquille en Amérique du Nord.

Elle explique que ce mode de funérailles provient du fait que les gens meurent plus souvent dans des hôpitaux. De ce fait, la participation communautaire est réduite puisque le corps du défunt ne retourne pas au domicile familial, mais est installé au funérarium ou dans une chambre funéraire administrée par une entreprise de services funéraires. Pour répondre à cela, des entreprises offrent des services funéraires spécialisés en fonction des différents besoins de leurs clients.

Diversité des cultures

La belle province compte plusieurs communautés culturelles. Dans le domaine des services funéraires, la présence de conseillers issus des différentes communautés du Québec permet de mieux comprendre les besoins des demandeurs. « Qui de mieux que quelqu’un qui vient d’une même culture pour savoir […] comment les gens se sentent, vivent leurs deuils ou comment ils interprètent certains gestes », estime John Tittel.

Selon lui, la connaissance des différents rites funéraires permet d’offrir un endroit légitime pour pouvoir prendre soin des familles en deuil. Pour illustrer ses propos, M. Tittel donne l’exemple des cultures asiatiques dans lesquelles la couleur de choix pour le deuil est le blanc. « Ce sont des choses que l’on apprend », dit-il.

Difficultés reliées à la pandémie

La plupart des experts s’accordent pour dire que la présence de rituels favorise le processus de deuil. « La vue de la dépouille est aussi un élément aidant pour la reconnaissance de la perte. C’est la principale difficulté durant la pandémie », explique Josée Jacques, spécialiste du deuil et de la communication.

En effet, les restrictions sanitaires visant à limiter la propagation de la COVID-19 ont contraint à limiter les contacts avec les dépouilles et le nombre de personnes admises aux cérémonies funéraires.

Dans certains centres funéraires, les services ont tout de même continué à être offerts avec une adaptation aux directives de la santé publique. « Pendant la pandémie, on a tout repensé pour respecter les consignes et continuer à prendre soin des familles », dit M. Tittel. Pour éviter les risques de contamination post mortem, la maison funéraire pour laquelle travaille John Tittel a décidé de prendre les même précautions que pour la tuberculose, une maladie extrêmement contagieuse même sur une personne décédée.


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Version anglaise sur The Social Eyes

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