Les femmes et les médias

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Bien que le Québec compte aujourd’hui de nombreuses femmes journalistes, il fut un temps ou l’exercice de cette profession était presque exclusivement réservé aux hommes. Le manque de représentativité des femmes au sein de la sphère journalistique limitait les débats féminins aux soins de beauté, à la maternité et aux questions domestiques.

Un texte de Camille Cusset

Dans la première moitié du 20e siècle, la société québécoise continue d’évoluer selon les préceptes de l’Église catholique. Les journaux sont majoritairement contrôlés par le clergé dont la vision de la femme se limite à la maternité et à l’éducation des enfants. À cette époque, l’Église avait un pouvoir sur la « la vie et le corps des femmes ».

Lorsque se présente le débat sur le droit de vote des femmes québécoises, des journaux religieux ou conservateurs comme L’Ordre nouveau ou Le Devoir de l’époque se montrent défavorables au suffrage féminin. On peut donc dire que le mouvement d’émancipation des femmes était controversé, et que cela se reflétait à travers les journaux de l’époque.

La touche féminine

C’est l’accroissement de la présence des femmes en journalisme et leur contribution à la profession qui ont de changer le regard des médias sur les enjeux féminins comme le travail, la conciliation famille-travail, le droit à l’avortement, la scolarisation, le couple, la sexualité, etc. La participation des femmes à la création et à la diffusion de contenu médiatique a permis de mettre de l’avant la plupart de ces enjeux dans les médias québécois.

Par exemple, la contribution d’Aline Desjardins à l’émission Femme d’aujourd’hui a fait évoluer la description et la présentation par les médias de thématiques liées aux femmes. De plus, son travail a permis aux femmes québécoises d’avoir une autre vision de leur société ainsi que du monde, et de se questionner sur leur condition sociale.

Enjeux féminins

L’émission de télévision Femme d’aujourd’hui a été diffusée entre 1965 et 1982 sur les ondes de Radio-Canada. Elle s’adressait aux femmes au foyer et était en ondes tous les après-midis en semaine. Le contenu était consacré à des sujets dits « féminins » que l’on associait auparavant uniquement aux femmes, tels que la beauté ou la décoration intérieure.

les femmes et les médias
Illustration : Charlie Piotelat

Avec l’arrivée de Michelle Lasnier au poste de directrice du service des émissions féminines en 1966, son contenu évolue beaucoup. Avec le temps, ce programme télévisé devient une émission féministe et connaîtra différentes animatrices, et un seul présentateur masculin à travers le duo Yoland Guérard et Lisette Gervais.

La connotation féministe de Femme d’aujourd’hui commence à apparaître sous l’impulsion d’Aline Desjardins. En effet, le programme prend un nouveau tournant en 1966 quand la journaliste aborde des thématiques sur l’actualité et la situation des femmes. Par exemple, elle invite sur le plateau de Femme d’aujourd’hui des expertes, comme des avocates, des médecins ou des journalistes. Elle contribue de cette façon à l’essor du mouvement féministe dans les années 1980.

Dans cet élan, le magazine La Vie en Rose est créé en 1980 par cinq femmes journalistes Francine Pelletier, Sylvie Dupont, Lise Moisan, Ariane Émond et Claudine Vivier. Sa principale vocation était de prôner l’autonomie des femmes québécoises. Au cours d’une entrevue, la cofondatrice du magazine, Ariane Émond, explique que le but était d’apporter une analyse plus approfondie avec un ton provocateur et rebelle pour s’opposer au ton réducteur avec lequel on s’adressait aux femmes.

Les journalistes s’étaient prononcées en faveur de l’avortement libre et gratuit, sujet controversé à l’époque. Par ailleurs, le magazine s’attachait à l’émancipation de la femme journaliste et traitait de sujets sociaux tels la guerre, le syndicalisme, la politique municipale, l’environnement, les enjeux des femmes autochtones ou l’érotisme.

Les journalistes de La Vie en Rose ont contribué à changer la manière dont les enjeux féminins étaient couverts dans les années 1980. En effet, les enjeux des femmes étaient traités de façon presque anecdotique par les médias de l’époque, selon Ariane Émond. Le magazine se voulait rassembleur des mouvements féministes, et souhaitait se démarquer des parutions féministes de l’époque comme Québécoises deboutte et Les Têtes de pioche.

les femmes et les médias
Illustration : Charlie Piotelat

Une pionnière

La première femme reporter québécoise, Judith Jasmin, a quant à elle apporté une vision différente des enjeux féminins. Durant sa carrière de 1947 à 1972, Judith Jasmin a souvent allié le militantisme à sa profession en s’appuyant sur ce principe fondamental du journalisme : présenter les faits.

Invitée à l’émission Format 60 en mars 1972, la journaliste explique sa conception du métier : présenter des faits. C’est à partir de cela que le public peut se faire une opinion. À sa manière, elle affirme également que le rôle primordial du journaliste est de se cantonner à ce principe – qui impose aux professionnels des médias de rester factuels. Pour Judith Jasmin, la sincérité est une valeur qui permet de présenter l’information même lorsque celle-ci est porteuse de valeurs ou d’opinions personnelles.

Judith Jasmin a également contribué à la naissance des premiers reportages aux bulletins de nouvelles, en collaboration avec le journaliste et futur premier ministre René Lévesque. Avant cela, les deux journalistes animaient l’émission radiophonique Carrefour magazine et se retrouvaient en ondes cinq soirs par semaine à Radio-Canada de 1955 à 1962.

Ainsi, Judith Jasmin a participé à l’évolution du format des nouvelles à la radio puis à la télévision, notamment par ses reportages et ses collaborations. De nos jours, l’une des plus grandes distinctions journalistiques au Canada porte son nom : le prix Judith-Jasmin.


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