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Les sites d’injection supervisée à Montréal 

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Le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal a mis en place trois sites fixes de salles d’injection supervisée (SIS) et une unité mobile à Montréal, qui ont ouvert le 19 juin 2017. Il s’agit de la deuxième ville canadienne à ouvrir un tel service, après Vancouver.

Un texte de Charlotte Robec – Dossier Toxicomanie

Un SIS est un endroit où les consommateurs de drogues injectables peuvent venir combler leur besoin. Ils apportent leur propre substance pour la consommer dans de meilleures conditions d’hygiène et de sécurité. Tout cela se déroule sous la supervision d’un personnel médical, de façon légale et dans un but de réduction des risques.

Le CIUSSS gère la totalité du projet montréalais des SIS. Il s’occupe de fournir les infirmières. Les services sont implantés dans les locaux déjà existants d’organismes de prévention des infections transmissibles sexuellement et par le sang : Cactus, Dopamine et Spectre de rue pour les sites fixes, et L’Anonyme pour le site mobile.

Selon Justin Meloche, responsable des affaires publiques au CIUSSS, c’était le moyen le plus efficace d’implanter les SIS dans la ville, puisque ces organismes étaient déjà connus par les utilisateurs de drogues par injection.

Un processus bien établi 

Une séance d’injection est divisée en trois étapes. Tout d’abord, l’utilisateur se présente au site en apportant sa propre drogue. Il s’inscrit dans un registre avec son vrai nom lors de sa première visite, et peut utiliser un pseudonyme les fois suivantes. En général, il est connu par son pseudonyme par le personnel, son dossier est difficilement trouvable, et l’anonymat est alors presque total. Un intervenant évalue son état, et un pair aidant est disponible en cas de besoin, pour faciliter le contact. Il informe le personnel des drogues consommées dans les douze dernières heures et de celles qu’il a apportées, et attend ensuite son tour dans une salle d’attente.

L’utilisateur passe ensuite dans la salle d’injection, dont l’accès est contrôlé par un intervenant. On lui fournit alors le matériel d’injection stérile dont il a besoin, puis il s’installe dans un cubicule, face à un miroir, et prépare son injection. L’infirmière et les intervenants restent présents tout au long de la séance et peuvent lui venir en aide, s’ils voient qu’il en a besoin, en regardant dans le miroir. Le miroir joue deux rôles dans le cadre d’une séance d’injection. Il permet d’abord de rendre le contact entre l’infirmière et l’utilisateur moins direct. Il peut également faire prendre conscience au consommateur de la réalité, de son image, et le mener à essayer d’arrêter.

Enfin, l’utilisateur va ensuite se reposer dans le lieu de répit : il peut y rester le temps qu’il le désire ; le personnel est présent et peut intervenir s’il le faut. On évalue également son état d’intoxication une dernière fois, afin de savoir s’il risque une surdose et s’il doit donc rester plus longtemps. Après le repos, le consommateur est libre de s’en aller.

Des services divers 

En 2018, les tests d’analyse de substances ont été ajoutés aux services fournis par les SIS. Ces tests permettent de détecter la présence de drogues, notamment le fentanyl, un opioïde utilisé comme produit de coupe pour l’héroïne, beaucoup plus puissant que celle-ci et qui cause de nombreux problèmes de surdose au Canada.

D’autres soins médicaux peuvent aussi être offerts aux usagers par les infirmières en plus de la supervision d’injection. La première année, environ la moitié des visites ont fait l’objet de soins.

Un projet de longue date 

Mais l’installation des sites d’injection n’a pas été chose facile. Le projet remonte à plus de dix ans, mais le CIUSSS avait besoin d’appuis solides au niveau social et politique. Il y avait des considérations légales à prendre en compte, aux niveaux municipal, provincial et fédéral.

Le CIUSSS a également fait un travail d’éducation et de vulgarisation auprès du voisinage cohabitant avec les SIS, qui avait parfois quelques inquiétudes. Il existe d’ailleurs des comités de bon voisinage : les voisins peuvent venir parler des situations qui leur posent problème, et essayer de trouver des solutions avec des représentants des SIS, ainsi que des policiers. Des journées portes ouvertes aux médias et aux résidents ont aussi été organisées, afin de montrer que le service est organisé et sécuritaire.

Un service sous surveillance 

Les policiers du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) observent plusieurs indicateurs liés à la criminalité et surveillent les environs immédiats des différents sites. De plus, les personnes chargées de la coordination des SIS échangent avec le SPVM afin de prévenir les situations pouvant poser problème lors de la cohabitation, et doivent avoir à l’oeil les interventions policières à proximité des sites. Le SPVM a déclaré que le nombre d’actes criminels aux alentours des SIS n’avait pas connu d’augmentation.

Mieux répondre aux problèmes posés par la toxicomanie 

À Vancouver, un centre de thérapie est installé à l’étage au-dessus des SIS, pour les consommateurs souhaitant arrêter. Ce n’est pas le cas à Montréal, mais les services proposent d’autres possibilités. Le personnel est qualifié pour donner des références, qu’il s’agisse de centres de désintoxication, d’hébergement, de nourriture ou encore d’accès au logement.

Si un utilisateur souhaite arrêter de se droguer, il sera d’abord écouté par un intervenant. Puis, celui-ci l’accompagnera au CIUSSS du Centre-Sud-de-Montréal, s’il le désire. Là-bas, on pourra lui proposer une offre de services divers, tels que programme de désintoxication, suivi individuel avec un professionnel, ou encore la possibilité d’être redirigé vers le Centre de recherche et d’aide pour narcomanes (CRAN), qui traite la dépendance aux opioïdes.

Selon les besoins et les désirs du consommateur, l’intervenant et lui trouveront ensemble la meilleure solution, et il sera accompagné physiquement et bénéficiera d’un soutien émotionnel.

En novembre 2017, l’hôpital Notre-Dame a été intégré au CIUSSS. Il a maintenant une vocation communautaire et répond mieux aux questions de la population de son territoire, situé près du centre-ville, dans le Village, et qui fait face notamment à des problèmes de toxicomanie. Des équipes médicales sont maintenant dédiées à la toxicologie. Cela permet aux utilisateurs des SIS d’être hospitalisés dans de bonnes conditions en cas de besoin, et de bénéficier d’un meilleur soutien.

Un bilan positif 

Le 31 mai 2018, près d’un an après son ouverture, le nombre de visites en SIS à Montréal était de 21 265 pour 876 personnes. Cela démontre une forte régularité de la fréquentation du service, puisque 72% des utilisateurs sont venus deux fois ou plus. Le nombre de nouvelles visites tous les mois est de 2% seulement.

Depuis l’ouverture des salles d’injection de Montréal, près d’une trentaine de services similaires ont ouvert à travers le pays.

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