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Lettre aux petits gars

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L’auteur, slameur et chroniqueur David Goudreault a livré un message magistral aux garçons pour leur parler de violence, à l’émission Bonsoir, bonsoir! en avril dernier. 

Petit gars, je veux te donner de l’amour. Ça brasse pour toi, pour nous, ces temps-ci.

Turbulences, douleurs de croissance et remises en question de nos relations avec les femmes. Je ne veux pas parler en leur nom, d’autres l’ont mal fait beaucoup mieux que moi…

Je veux te parler de gars à homme, d’homme à fils, frère, neveu ou chum, sans tomber dans les jokes de cul. Je veux qu’on sorte de nos cages, la Cage au sport comme la cage thoracique. Un tien vaut mieux que deux tu l’auras, mais deux couilles valent moins qu’un cœur à la bonne place. 

Je ne suis pas un exemple, mais laisse-moi t’en donner. Quel genre de modèle on nous propose? Des joueurs de hockey qui s’imposent sur la glace, des batailleurs MMA qui s’imposent sur le ring, des rappeurs un peu misogynes qui s’imposent dans la game, les super héros qui règlent tout à coups de poings. 

Pas simple d’aller te dire d’être sensible et en contact avec tes émotions. Mais entre Iron Man, Rocco Siffredi et Josélito Michaud, il y a un large spectre, une vaste palette de mecs à être. Complexe peut-être, mais tu peux être sans écraser l’autre. On peut sortir du vieux moule pourri de l’homme fort à tout prix, on se les fait mettre dans la face, nos erreurs et nos errances, c’est rough

Mais il y a eu trop de viols, trop de violence, l’humanisme passe par le féminisme, tant qu’on n’aura pas atteint l’égalité. Tant que la sécurité ne sera pas un bien commun, pour toi comme pour elle. Ça ne t’enlève rien, tu sais. Ça va juste embellir le monde, pour tout le monde.

T’as le droit d’être qui tu es, de tripper sur les camions, les outils, les lutteurs. T’as le droit d’avoir un pénis, t’as le droit d’avoir envie de t’en servir, d’éprouver du désir et de le nommer. Mais tu ne peux pas imposer tes fantasmes ou toucher sans consentement. Tu ne peux pas envoyer des photos de ta graine si on ne te le demande pas explicitement, même si t’as la plus belle graine de St-Hyacinthe. Garde ton miracle dans tes bermudas, petit gars.

Puis, accepte qu’on te dise non. Apprends à différer la gratification et vivre avec la frustration, même, la détresse. « Mais les gars se suicident quatre fois plus », rétorques-tu. 

Attends! On revient à la violence encore, les femmes ne vivent pas moins de détresse. Elles meurent moins de tentatives de suicide, nuance! Les moyens pour passer à l’acte sont moins radicaux. Nous, on tue. Comprends-tu? Sans retour possible.

On se tue et on tue trop. Beaucoup trop. Pour une seule tueuse, tu as 148 hommes aux mains pleines de sang, ça n’a pas de sens! Les femmes ne sont pas parfaites, mais c’est un fait : nous tuons davantage, nous frappons plus souvent, nous assassinons, puis il est temps qu’on s’inquiète, qu’on se ramasse, entre gars, qu’on se brasse pour se dire : Plus jamais ça! 

Plus jamais neuf féminicides en quelques semaines au Québec! Ce n’est pas digne de la beauté des hommes, de la bonté de la majorité d’entre nous, mais le danger est là, c’est aussi ça, les hommes, petit gars! Fait que, si tu sens monter cette violence, si t’es pour frapper, pour tuer, sacre ton camp! Décrisse le plus loin possible, le plus vite possible! 

T’as le droit de le ressentir, t’as pas le droit de l’agir. Va crier, va te saouler, va demander de l’aide ou te perdre dans le bois, serre les dents plutôt que les poings, sers-toi de ta tête quand ton cœur se brise. Serre-moi dans tes bras, range ta corde, sers ton gun. Serre-moi dans tes bras puis hurle, puis braille, braille fort, fort comme un homme, mon gars. 

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