Lettre d’opinion: Je vote pour l’éducation sexuelle

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En juillet 2020, une nouvelle vague de dénonciations d’agressions, de harcèlement et de violences à caractère sexuel déferle sur les réseaux sociaux au Québec. Après les mouvements « agression non dénoncée », « yes all women », « stop culture du viol » et « me too », des femmes ont encore brisé le silence pour faire partager leur souffrance en solidarité avec d’autres victimes. Ce sont des histoires qui se répètent année après année sans que de réels changements ne s’opèrent dans notre société. Pourquoi?

Le système de justice demeure hasardeux pour les victimes qui ont le courage de porter plainte. Le processus judiciaire est long et éprouvant pour elles. Elles replongent dans des événements traumatisants. Même en complétant toutes les étapes nécessaires pour faire payer leur agresseur, les failles de notre système de justice en laissent filer plus d’un.. On en a eu la preuve en décembre dernier avec les acquittements de Gilbert Rozon et Éric Salvail. Voir ces dénouements aussi médiatisés ne donne pas confiance en la justice.

À l’école, j’ai passé des heures à me faire dire que je devais avoir des relations sexuelles protégées pour éviter les maladies. Mais, est-ce qu’on m’a déjà parlé d’abus, de harcèlement, de coercition sexuelle ou encore du consentement? Jamais. Aucune de ces conférences n’a su me préparer à ce que j’allais voir, au profond malaise que j’allais ressentir, au manque de ressources et d’écoute auquel je ferais face ni à l’impact que ça aurait sur mes futures relations et sur ma vie au grand complet. Je ne peux pas concevoir que, dans une société qui aspire à devenir meilleure, on ne prenne pas le temps d’éduquer nos enfants sur des sujets beaucoup plus inquiétants que certaines de ces infections sexuelles qu’on peut soigner avec une prescription.

Manque d’éducation

Le respect du non, l’importance du consentement dans n’importe quelle situation, même au sein d’un couple, la normalisation de la baisse de la libido, l’asexualité, le harcèlement verbal ainsi que le non verbal sont quelques-uns des concepts qui devraient être enseignés à l’école aujourd’hui, au Québec.

Sans ces concepts de base, simplement parce que l’on est moins instruit, on en vient à banaliser ou à accepter certains comportements, alors qu’on ne le devrait pas. Ignorer que c’est possible de ne pas avoir envie de l’autre même lorsqu’on l’aime incite la victime à penser que c’est elle le problème et à céder aux avances qui lui sont faites en croyant agir selon la normalité. 

Pourtant, il serait facile d’en parler dans les cours de morale ou d’histoire, lorsqu’on aborde le sujet de la libération des femmes, par exemple. Remplacer une de ces conférences obligatoires par une discussion pertinente sur la sexualité et tous ces tabous que l’on finit par expérimenter par soi-même sans avoir les outils ou les ressources nécessaires.

Des ressources invisibles 

Les ressources d’aide aux victimes d’agression sexuelle ne sont pas bien connues. Si tu es victime, quelles sont tes options ? Est-ce que tu attends une nouvelle vague pour révéler ton agresseur? Comment aborder le sujet avec ses proches? Un manque d’éducation amène, parfois, des réactions moins adaptées à la suite d’un aveu, ce qui cause un ressentiment et ne facilite pas la tâche pour la victime qui a surtout besoin d’être épaulée. 

Par exemple, les amis peuvent se sentir mal à l’aise, raconter des blagues, dire que ça fait longtemps et qu’on doit oublier maintenant. Ce type de réponse blesse la personne. Comment peut-on espérer que des adolescents arrivent à bien accueillir ces témoignages alors qu’ils n’ont pas reçu les connaissances nécessaires ? Est-ce qu’on estime que les enfants doivent être autodidactes pour ce genre de sujet ?

Durant mes études, on m’a incité à suivre des cours généraux pour que je puisse assister à des cours de spécialité qui m’intéresseraient vraiment à l’âge adulte. Pourquoi ne pas utiliser la même technique avec les thèmes tabous ? Le système scolaire devrait enseigner les bases de ces sujets pour permettre à ceux qui le veulent de poursuivre leurs recherches et ainsi donner naissance à une société à l’affut et renseignée.

Un engagement

Combien de nouvelles victimes dévoileront, au grand jour, leurs histoires sur les réseaux sociaux avant l’instauration, dès l’enfance, d’un programme pour prévenir toute forme de harcèlement ? Combien d’individus se contenteront encore d’un « on te croit » au lieu de recevoir de l’aide concrète pour panser leur blessure? Combien de personnalités publiques devront être dénoncées pour réaliser à quel point la culture du viol est présente autour de nous ? 

Dès maintenant, je m’engage à transmettre mes connaissances, en plus de continuer à lire et m’éduquer sur la sexualité et les notions de consentement. Je m’engage à faire tout en mon pouvoir pour rendre la société meilleure sans attendre que ceux qui détiennent le pouvoir prennent cet engagement en posant des actions concrètes. Faites-le aussi, car c’est tous ensemble qu’on arrivera à protéger les futures générations.

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