LGBTQ2S+ en Région : Fonder son propre groupe

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Par Colin McGregor

Dossier LGBTQ+

Créer un mouvement LGBTQ2S+ en région ne semble pas tâche facile. Par contre, il y aurait moins d’homophobie en région qu’on penserait. Dans le Bas-Saint-Laurent, une travailleuse sociale et activiste, Marie-Claude Joannis, qui vit à Kamouraska depuis 20 ans, pense que « ce n’est pas vrai qu’en région, c’est à l’âge de pierre! »

Reflet de Société a parlé avec Marie-Claude, co-porte-parole de Diversité KRTB (Kamouraska, Rivière-du-Loup, Témiscouata, Les Basques), une page Facebook de rassemblement des personnes LGBTQ2S+ des secteurs de l’énorme région du Bas-Saint-Laurent. La page Facebook existe depuis deux ans. Marie-Claude nous présente son expérience en insistant que la réalité de chaque personne s’identifiant à une diversité sexuelle et de genre est différente et qu’elle ne peut pas se prononcer au nom de tous et de toutes.

On lui a demandé : Quels sont les enjeux de la communauté LGBTQ2S+ en région?

Dans tout grands mouvements sociaux, que ce soit le mouvement féministe ou ceux pour les droits civiques des personnes noires ou racisées, il y aura toujours ce qu’on appelle des « guerres intestines » parce que ce sont des groupes constitués par des personnes très diversifiées. De même, dans la communauté LGBTQ2S+, il y a des personnalités, mais surtout des enjeux qui sont très divers, ce qui crée, nécessairement des incompréhensions mutuelles et parfois, des conflits. C’est intéressant de se rappeler que ces tensions au sein de grands mouvements sociaux existent en campagne comme en ville et à toutes les époques.

Diversité KRTB est composé de plus de 500 membres et c’est un groupe Facebook fermé. Pour accéder au contenu de cette page, il faut s’engager à ne pas y tenir de propos grossophobes, anti-poils, racistes, ou intimidants. Nous avons tenu à cet engagement de la part des membres, parce qu’il y a plusieurs groupes LGBTQ2S+ sur Facebook qui sont assez irrespectueux, ou qui verse dans l’hyper-sexualisation des individus et ce sont des attitudes qui ne font pas parti des valeurs des deux porte-paroles fondateurs du groupe. Ce sont plus de 500 personnes qui sont engagées à respecter ça.

Le respect, c’est la valeur absolue. Nous avons instauré d’avance que ce groupe est un safe space pas juste pour la diversité sexuelle, mais aussi pour toutes différences. Seuls, une vingtaine de personnes se font relancer parce qu’ils n’ont pas répondu aux questions d’adhésion, souvent par oubli, parfois par conviction.

Pour moi, la liberté d’expression passe avant tout. Je pense qu’il y a un cadre à mettre. C’est notre façon de faire.  Il existe toute sorte de page Facebook, chacun.e peut y trouver son compte. 

L’enjeu principal 

Selon Marie-Claude, un des enjeux principaux de la diversité sexuelle et de genre au KRTB est qu’on n’a pas de lieu de rencontre officiel avec pignon sur rue. Les cafés et les bars locaux sont peu ou pas identifiés à la communauté LGBTQIA+. Au moins, maintenant, il y a Diversité KRTB un endroit où les personnes de la communauté et leur allié.e.s peuvent se réunir et faire des échanges sécuritaires.

L’autre grand problème est que le Bas-Saint-Laurent est extrêmement vaste. Ça part de Rimouski jusqu’à La Pocatière.  C’est minimum trois heures de route d’un bout à l’autre. Ce qui rend difficile les regroupements pour une soirée! 

Le besoin de se regrouper devient de plus en plus présent. Il y a certains secteurs où nous pouvons voir une concentration de personnes queer et non-binaires. Les plus jeunes ont tendance à se regrouper plus spontanément. C’est le cas pour Kamouraska à Trois-Pistoles. Ces endroits sont un peu plus organisés au niveau alternatif et culturel. Rivière-du-Loup est un peu plus central, mais ce n’est pas nécessairement là où la culture LGBTQIA+ est la plus vivante. 

L’homophobie en région

Lorsqu’il est question d’homophobie, la principale différence que nous pouvons constater en région comparée aux grands centres, c’est qu’en région on connaît personnellement les gens, nous explique Marie-Claude. À chaque fois que je vais quelque part, on me demande « tu es une p‘tite qui? » Sa mère est une Bouchard, issue d’une famille de 20 enfants à St-Onésime, les locaux font le lien et ça crée un respect automatique.

Dans cette optique-là, il y a presque toujours un lien à faire avec la personne. L’homophobie existe encore, mais les gens font plus attention parce qu’ils ne vont pas juste blesser la personne, ils vont aussi blesser les autres qu’ils connaissent autour. Ce n’est pas anonyme quand tu tiens des propos homophobes en région.

Le phénomène de l’anonymat en insultes est un phénomène important. Moi j’ai 43 ans et je n’ai pas vécu beaucoup d’homophobie dans ma vie. C’est très drôle parce que je l’ai vécu cet été pendant la Fierté, à Montréal! J’étais avec mon amoureuse, on se tenait la main dans la rue, puis quelques jeunes d’environ 18 ans ont fait « ark, ark, elles se tiennent la main ».  Ça ne m’était jamais arrivé auparavant au KRTB ou ailleurs, au contraire, on a souvent des commentaires positifs. 

Dans sa région, j’ai pu apercevoir récemment des groupes LGBTQ+ dans les cégeps et dans les écoles secondaires. Les jeunes gays, lesbiennes, non-binaires, queer, etc. n’ont plus besoin de se cacher comme dans sa génération. Il y a beaucoup plus d’allié.es qu’à son époque. La nouvelle génération peut davantage s’assumer publiquement, ils sont queer, ils sont non-binaires, ça n’a pas nécessairement de lien avec leur orientation sexuelle et ça, c’est un phénomène social présent aussi en région.

C’est ma vision actuelle, je peux me tromper. Je ne veux pas répondre au nom de toute la communauté LBGTQIA+ du KRTB. Assurément, l’homophobie et la transphobie ça demeure un enjeu majeur, chez nous aussi. Tout n’est pas rose bonbon! Comme travailleuse sociale, je reçois des gens qui vivent de l’ostracisation, du rejet, des préjugés. En même temps, ce n’est pas vrai non plus vrai qu’en région l’homophobie et la transphobie sont généralisés.     

Une nette évolution

Au Cégep on voit une nette évolution. Cette génération est beaucoup plus ouverte par rapport à la nôtre. Au Cégep de Rivière-du-Loup, il y a dorénavant des toilettes non-binaires. 

L’évolution se fait partout au Québec. Les gens écoutent la télé et c’est sûr qu’il y avait beaucoup de représentations positives de la diversité sexuelle et de genre dans les séries télé et les variétés. Les gens sont en général beaucoup plus assumés dans leur sexualité et dans leur exploration. 

Cela dit, dans Diversité KRTB, il y a quand même des personnes qui arrivent de Montréal ou d’autres grands centres qui me disent « Moi j’ai l’impression de revivre mon coming out. », souvent des personnes célibataires. Plusieurs trouvent l’hétéronormativité plus présente en région. Avant qu’ils nous trouvent, Diversité KRTB, ils doivent déjà développer un certain réseau social. On n’a pas de pignon sur rue, il faut que tu nous trouves notre page Facebook. 

   

LGBTQ2S+ en Région : Fonder son propre groupe
Marie-Claude Joannis et Jean-Daniel Lessard, co-porte-paroles et cofondateurs de Diversité KRTB.

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