Naïla Rabel : Portrait d’une jeune femme noire engagée

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Naïla Rabel est une jeune femme afrodescendante qui s’implique sur les réseaux sociaux pour lutter contre le racisme et l’envie de changer le monde. Elle souhaite voir un monde plus ouvert d’esprit où il fera mieux vivre pour l’ensemble de la population et en particulier les personnes marginalisées et issues de la diversité culturelle.

Depuis qu’elle est toute petite, Naïla Rabel rêve d’être actrice. Elle cumule pour l’instant quelques rôles dont un premier rôle dans la série télé 30 vies, diffusée sur les ondes de Radio-Canada de 2011 à 2016. Malgré sa joie de participer à un tel projet, elle déplore le fait qu’elle y jouait un stéréotype, soit celui d’une mère adolescente et monoparentale. Depuis, elle a joué entre autres dans un premier long-métrage, Le Bruit des moteurs de Philippe Grégoire, sorti en février 2022.

Pour elle, le plus difficile pour obtenir des rôles au Québec, c’est d’avoir accès aux auditions. « J’ai compris, en parlant avec des directeurs de casting, que les premiers rôles sont souvent distribués avant même les auditions. Donc, même si j’avais voulu, je ne pouvais pas passer l’audition. Alors ce n’est pas une question de talent si je ne suis pas là », explique la jeune femme. Elle ajoute également que sa couleur de peau et sa grosseur sont aussi des freins à l’obtention de plusieurs rôles. « Quand ils cherchent une femme noire, ils le disent. Si ce n’est pas ce qu’ils cherchent, les chances que je puisse aller à l’audition sont très minces. » 

En attendant d’avoir plus de rôles, Naïla est active sur les réseaux sociaux, en particulier Facebook, YouTube et Instagram. Elle croit qu’avoir une grande audience sur ces plateformes lui permettra peut-être d’obtenir plus de rôles. C’est cependant un couteau à double tranchant. « J’aime beaucoup trop la controverse, donc il y a des risques qu’on me drop parce que je chiale trop sur Internet. Mais en ce moment, sur mon compte, je me force à faire comme si le racisme n’existait plus, comme si les injustices n’existaient plus. » À cause de ses positions controversées, son compte Instagrama été supprimé sept fois. 

Une première vidéo

Naïla a débuté sur les réseaux sociaux alors qu’elle étudiait au cégep. Elle utilisait la plateforme YouTube comme une sorte de journal intime vidéo. Elle croyait que personne d’autre qu’elle pouvait voir ses vidéos, alors elle a été très surprise d’apprendre qu’un de ses camarades de classe les avait vues. « Il m’a dit que mes vidéos étaient de la merde et que je n’allais jamais atteindre 1000 abonnés. Je ne savais même pas qu’on pouvait avoir des abonnés! Je suis donc rentrée chez moi, j’ai regardé ma chaîne et j’ai réalisé que non seulement j’avais des abonnés, mais j’avais aussi des commentaires sous mes vidéos. »

Elle a pris cette critique comme un défi et s’est mise à publier des vidéos presque chaque jour. En à peine un mois, elle a atteint 1000 abonnés. C’est à cette époque qu’elle a commencé à parler d’enjeux sociaux qui la touchent, tels que le racisme et la grossophobie. Son premier compte Instagram avait atteint plus de 7000 abonnés avant de se faire supprimer. Son compte Instagram actuel en compte près de 5000. 

L’univers médiatique

Naïla est une grande fan des productions télévisuelles québécoises. Elle déplore toutefois leur manque de diversité. Aux gens qui souhaitent soutenir les artistes de la diversité, elle leur conseille de regarder leur nom dans les génériques de fin et d’aller les trouver et les suivre sur les réseaux sociaux. « Même si on est parfois juste des jetons, au moins si on encourage plus les émissions qui ont de la diversité que celles qui n’en ont pas, peut-être que l’industrie va finir par comprendre qu’elle gagne à avoir plus de gens diversifiés », déclare la jeune femme. 

Pour elle, la diversité comporte évidemment les gens issus de différentes communautés culturelles, mais pas seulement. « Quand c’est toujours les quatre mêmes actrices qui obtiennent les rôles, les autres actrices blanches aussi ne sont pas appelées pour le premier rôle! Ce n’est pas juste nous. Si on dit plus de diversité, c’est tout le monde qui gagne ».

Un balado inclusif

En tant que coanimatrice du balado Black Girls from Laval, avec Christle Gourdet et Laurie Petit, Naïla Rabel tient à dire qu’il s’agit d’un balado qui peut plaire à tout le monde et pas seulement aux personnes racisées. « C’est sûr qu’on aborde parfois des sujets très spécifiques, mais la majorité du temps, les gens peuvent s’y retrouver. Être minoritaire quelque part ce n’est vraiment pas juste en lien avec la couleur de peau », affirme-t-elle. 

Elle explique par exemple que de voir des gens parler de leurs difficultés dans la transidentité lui ont donné du courage pour parler de racisme. « Donc peut-être que quelqu’un va écouter notre balado et que ça va lui donner le courage de parler de son handicap physique. Même si nous on parle principalement de couleur de peau, les gens peuvent appliquer nos propos à d’autres types de réalité. » 

Le plus grand rêve de la jeune femme est de pouvoir exclusivement vivre de son art. Elle souhaite aussi voir un monde où il y a plus d’empathie. « C’est ça qui manque je trouve. Aider quelqu’un juste pour l’aider. Mettre de la diversité juste parce que tu vois qu’il n’y en a pas. Lutter contre le racisme juste parce que ce n’est pas bien le racisme. Mettre des ascenseurs dans toutes les stations de métro juste parce que ça se peut de vouloir prendre le métro en chaise roulante ou en béquille ou enceinte », conclut-elle.

Retrouver Naïla, Laurie et Christle sur le balado Black Girls from Laval. https://www.youtube.com/c/BLACKGIRLSFROMLAVAL

Photo: Qauffee


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