Pénuries de soins de santé dans les régions

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Par Colin McGregor

Dossier Santé

Dans le film québécois de 2003 La grande séduction, tous les habitants de Sainte-Marie-La-Mauderne, un petit village situé en Basse-Côte-Nord, accessible uniquement par les voies aériennes et maritimes, tentent de convaincre le docteur Christopher Lewis de Montréal, de s’y installer. 

Ils ont besoin d’un médecin pour survivre en tant que village. Ils mettent son téléphone sur écoute et font semblant de partager ses goûts : le cricket, le jazz fusion et ses aliments préférés. À la fin du film, cette énorme tromperie est dévoilée ; mais le médecin recherché est tombé en amour, et reste dans le village tout-de-même. 

Un village sans médecin, ou personnel infirmier, est un village maudit. Avec les problèmes d’accès aux soins de santé que nous éprouvons en tant que société, il existe des régions où La grande séduction serait plutôt un documentaire qu’une œuvre de fiction.

L’Abitibi en mode séduction 

Dans ce but, la Mobilisation de la Grande Séduction lance une campagne d’attractivité pour rallier 100 infirmiers d’ici 2026 en Abitibi-Ouest. Leur site web (lagrandeseduction.com) regorge d’incitations pour les infirmiers et autres professionnels de la santé à se relocaliser dans cette région située à 660 kilomètres de Montréal, soit sept heures en voiture. Leur plus grande ville, La Sarre, compte 7 300 habitants ; toute la municipalité régionale de comté Abitibi-Ouest compte 20 500 âmes au total.

Cent infirmiers et infirmières peuvent sembler beaucoup, particulièrement quand toutes les régions du Québec souffrent des pénuries de main-d’œuvre dans le secteur de la santé. Mais selon Pierre Bourget, membre du comité citoyen la Mobilisation de la Grande Séduction : « Le nombre de 100 est ambitieux, surtout pour une communauté de 20 500 personnes. Mais cette communauté s’est mobilisée, elle nous appuie, embarque avec nous et a contribué pour 1 000 000 $. »

David et Goliath

Il ajoute : « C’est peut-être justement parce que nous sommes une petite communauté que nous allons y parvenir ! » Ils n’ont pas un besoin aussi criant pour les médecins, mais oui, les besoins en personnel médical ou spécialisé existent aussi.

La prémisse du mouvement remonte à février 2019, lorsque le département d’obstétrique à La Sarre a dû fermer temporairement en raison du manque de personnel en soins infirmiers. En octobre 2021, suite à une vague de retraites et à la pandémie, la pénurie d’infirmiers s’élève à 40 %.

« Le déficit est actuellement de 65 postes à combler et 35 départs à la retraite sont prévus d’ici trois ans… Nous ne pouvions pas laisser passer ça sans réagir en premier et proposer des choses par la suite. » nous dit M. Bourget.

Alors qu’un plan de contingence avait forcé la fermeture de la moitié des lits au Centre Hospitalier de La Sarre en raison du manque de personnel, le mouvement citoyen de la Mobilisation de la Grande Séduction, en collaboration avec leurs partenaires locaux et régionaux, poursuit ses efforts pour soutenir le recrutement et favoriser l’attraction et la rétention du personnel infirmier.

Plusieurs actions concrètes ont été posées, incluant la création d’un service de garde pour le personnel infirmier appelé la Mini-Séduction ; et une opération d’un comité d’accueil et d’intégration pour les nouveaux arrivants, ayant pris en charge la préparation de logements entièrement meublés.

Étaient-ils directement inspirés par le film de 2003 ? « Exactement, » nous raconte M. Bourget. « Nous tentons d’appliquer ce concept concrètement dans notre communauté. Comme dans le film, la population est mobilisée, ne veut pas voir le milieu se dévitaliser et embarque dans les propositions de plusieurs mesures. Par ce terme, tout le monde comprend où nous allons. Cependant nous avons l’humble impression que suite à nos réalisations, et celles à venir, nous avons fait grandir ce beau concept. »

La communauté s’implique

Selon Maud La Rue, Directrice de création de Visages régionaux, qui participe à ce programme, le processus de création de la campagne a impliqué une quarantaine de personnes : personnel infirmier, partenaires, bénévoles et instigateurs du mouvement pour la tenue de groupes de discussion. L’équipe de Visages régionaux est composée de six personnes pour l’idéation et l’exécution de la stratégie de marque, la production de contenu, le design graphique et la diffusion. 

Depuis le dévoilement de la campagne, les réactions sont « extrêmement positives », nous dit Mme La Rue. Selon Jépi Robichaud du Journal le Pont, un journal communautaire desservant la région, depuis le début de la mobilisation, 33 infirmiers et infirmières sont arrivés en Abitibi-Ouest, avec une quinzaine d’autres attendus bientôt. Ils ont fait des efforts de recrutement en France depuis l’année dernière. Là-bas, ils envient la grande qualité de vie en Abitibi-Ouest.   

Si vous songez à déménager là-bas, n’oubliez pas qu’il fait frais en hiver ! Prenez l’histoire de David, un infirmier qui a déménagé à La Sarre. Sa grande découverte ? 

« Après avoir fait le tour des installations, l’infirmier s’est fait montrer où il pouvait brancher sa voiture avec un chauffe-bloc l’hiver ! Et oui, c’est là qu’il a réalisé qu’à -40, avec une vieille minoune ou un véhicule princier, il y a de bonnes chances que l’auto ne parte pas ! Ne reculant devant rien, David a embrassé sans hésiter cette nouvelle habitude pour ne jamais avoir à se faire survolter. Jamais ! »


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