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L’emploi, tremplin vers la normalité

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Accroupie derrière le comptoir, Mélanie écrit minutieusement sur l’ardoise les spéciaux de la semaine alors que sa collègue s’occupe de quelques clients à la caisse. Les deux employées discutent doucement en travaillant, tandis que le reste du personnel s’affaire dans les allées du commerce. Une matinée tranquille, somme toute, dans la petite épicerie montréalaise.

Dossier Santé mentale

Mélanie Larose, qui souffre d’un trouble de santé mentale, se sent bien au sein de l’équipe du marché Tradition St-André dans le Plateau-Mont-Royal.  Elle y travaille depuis près de trois ans à raison de 33 heures par semaine. « Ils sont tous vraiment fins! » dit-elle, en parlant de ses collègues. 

La quadragénaire a dû surmonter de nombreux obstacles au cours des 20 dernières années avant d’occuper un emploi stable, qu’elle aime. Avec l’appui de l’organisme l’Arrimage, qui aide les personnes atteintes d’un trouble mental à s’intégrer sur le marché du travail, elle a trouvé un emploi à sa mesure, auprès d’un employeur qui l’apprécie.

« Mélanie, c’est du rock. C’est une fille qui est au poste tous les jours, jamais une minute de retard, explique le propriétaire Denis Martin. C’est une demoiselle souriante qui offre un excellent service à la clientèle. Elle souhaite toujours bien faire les choses. »

L’emploi, tremplin vers la normalité
Mélanie Larose souffre d’un trouble de santé mentale depuis l’âge de 22 ans.

Symptômes envahissants

Son parcours professionnel n’a toutefois pas été facile, depuis ses débuts, à 22 ans, dans une boulangerie. C’est à cette époque que sa maladie s’est manifestée. Elle s’était mise à entendre des voix derrière elle, alors qu’il n’y avait personne. La psychiatre lui avait prescrit un médicament. Sur la bouteille était écrit: schizophrénie. Mélanie réussit aujourd’hui à contrôler les symptômes de sa maladie grâce à la médication et à un grand travail sur elle-même.

« Je suis stable depuis des années. Je prends des médicaments tous les jours. C’est important. Sans ça, je serais morte, explique la femme de 41 ans. Dans ma tête, c’était la panique totale. C’était infernal, vivre avec ça. Mais maintenant, ça va beaucoup mieux. » 

L’anxiété et la fatigue sont ses pires ennemies. Lorsqu’elles l’envahissent trop, son esprit lui joue des tours. Mais avec l’âge, elle a appris à faire descendre le stress dès les premiers signes. « Dans mes tâches au travail, la maladie ne me dérange pas vraiment, sauf que des fois, je ne comprends rien! dit-elle avec le sourire. C’est l’anxiété qui fait ça. Alors, je respire, je pense à autre chose, à quelque chose d’agréable qui m’est arrivé récemment. Je me dis qu’il y a des choses bien pires que ça dans la vie, que ce n’est pas grave. Je vais attendre un peu et je vais finir par comprendre les indications. »

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Elle est toujours de bonne humeur pour accueillir les clients du magasin.

Travail et dignité

En acceptant de raconter son histoire, Mélanie espère sensibiliser le public et les employeurs à l’importance de donner du travail aux personnes souffrant de troubles mentaux. Et surtout, elle veut encourager les personnes malades à travailler. 

« C’est très important d’avoir une job. Même si c’est à temps partiel, comme 15 ou 20 heures par semaine. Tu as plus d’autonomie, plus de fierté, ça entraîne plein de belles choses. Travailler, c’est contribuer à la société, c’est s’occuper, c’est obtenir un salaire plus décent que l’aide sociale, c’est rencontrer des gens, c’est être plus normal aussi, faire comme les autres. »

Mélanie a occupé plusieurs emplois, souvent de courte durée. Malgré les rechutes, les hospitalisations et les périodes de dépression, elle s’est toujours remise à chercher du travail. Aujourd’hui, elle aime son emploi et nourrit même des projets d’avenir. Coûte que coûte, dit-elle, il faut persévérer et s’intégrer dans la société.

« Toi qui es malade, qui restes à la maison, sors de chez toi! Go, vas-y, travailler! lance-t-elle. Essaie deux jours, ça ne t’engage à rien. Donne-toi un coup de pied au derrière, tu n’as rien à perdre. Tu risques seulement de gagner quelque chose! »

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Aujourd’hui, elle se sent bien dans son emploi.

Arrimer les forces

Depuis 1976, l’organisme l’Arrimage accompagne dans leur recherche de travail des Montréalais et Lavallois ayant reçu un diagnostic de maladie mentale. De plus, il assure un suivi dans leur intégration et le maintien en emploi.

« Je fais le pont entre l’équipe médicale, la cliente et le marché du travail, explique la conseillère Marie-Hélène Lavoie, qui a notamment aidé Mélanie dans sa démarche. C’est pour ça qu’on s’appelle l’Arrimage. Je vais faire en sorte de mettre le client au bon endroit et de fournir les outils à l’employeur pour que ça fonctionne bien. »

Des subventions gouvernementales sont disponibles pour aider les employeurs à intégrer ces travailleurs. Si le rendement du nouvel employé est évalué à 70% par rapport au rendement d’un employé régulier, Emploi-Québec versera 30% du salaire à l’entreprise. L’employeur et l’Arrimage évaluent ensemble le pourcentage de rendement.

« L’idée, c’est de fournir à l’employeur le moyen (pas nécessairement une subvention) d’offrir une belle intégration à l’employé pour qu’il soit heureux dans ce qu’il fait et pour qu’il soit capable de le faire longtemps, de façon durable. »

Selon la conseillère, il faut que l’emploi corresponde bien aux compétences et aux particularités du candidat pour qu’il soit à l’aise de travailler. Il faut considérer ses particularités comme des forces plutôt que des faiblesses.

« J’ai des clients qui n’aiment pas être entourés de beaucoup de monde. Ils aimeront travailler, par exemple, comme agent de sécurité de nuit… D’autres sont super heureux dans un travail simple et répétitif. Ça tombe bien, car les employeurs ont de la difficulté à combler ce genre d’emploi! »

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Une réussite professionnelle permise notamment grâce à l’Arrimage.

Un employeur motivé

Au marché Tradition St-André, 10 employés actuels, incluant Mélanie, ont été embauchés par l’entremise d’organismes comme l’Arrimage qui ont pour mission d’intégrer au marché du travail des personnes souffrant de maladie mentale ou de divers handicaps.

« Je tiens à ces 10 projets comme à la prunelle de mes yeux! », affirme le propriétaire Denis Martin. Pour lui, ce qui prime, c’est que l’employé soit heureux et s’épanouisse dans son commerce. « Le plus important, c’est de sentir qu’on change la vie de quelqu’un. Si on ne sent pas qu’on peut la changer, on n’embarque pas. »

Et en retour, l’entreprise gagne beaucoup, dit-il. « Ce sont d’excellents travailleurs qui donnent toujours le meilleur d’eux-mêmes! Ils mettent une joie de vivre dans le magasin. Ils sont une grande source d’inspiration. »

Une intégration réussie repose sur plusieurs éléments, selon l’épicier qui encourage les entreprises à accueillir cette main-d’œuvre. « Il faut beaucoup de patience. Il faut accepter que ces employés soient plus lents que les autres. Il faut cibler ce qu’ils aiment. Mais surtout, il faut croire en eux. »

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Une intégration qui fonctionne des deux côtés.

Des impacts positifs

De 70% à 90% des personnes atteintes d’une maladie mentale grave sont au chômage, estime la Commission en santé mentale du Canada (CSMC). Un constat malheureux puisque l’emploi joue un rôle clé dans le rétablissement et le bien-être général de ces personnes. Leur potentiel n’est pas reconnu à sa juste valeur, et trop souvent, elles sont victimes de stigmatisation. 

En plus d’améliorer leur condition, l’emploi réduit le besoin de services de santé, accroît leur bien-être financier et crée des réseaux sociaux positifs. Le manque de travail est associé à l’instabilité psychologique et au stress, à la faible estime de soi, aux conflits relationnels, à la toxicomanie et à d’autres troubles mentaux plus graves. 

L’emploi, tremplin vers la normalité
Marie-Claude Simard
Journaliste indépendante

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