Soigner par l’imaginaire

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Un texte de Célie Dugand | Dossier Santé

« Mon hypnothérapeute m’a sauvé la vie, il m’a aidée dans les étapes les plus difficiles », affirme l’entrepreneuse Brigitte Cardinal. L’hypnose est principalement connue pour ses spectacles impressionnants. Mais saviez-vous qu’il s’agit également d’une médecine douce ? Cette technique, appelée hypnose thérapeutique, se répand de plus en plus.

Chez les Cardinal, cette méthode est une affaire de famille. Tout a commencé avec le mari de Brigitte. Alors qu’il faisait des crises de panique à répétition, des amis lui ont recommandé cet outil. Même s’il était très sceptique, il a tenté l’expérience avec l’hypnothérapeute en relation d’aide Pierre Bouillon.

Les bienfaits ont été instantanés. Il a donc recommandé cette technique à sa fille, atteinte d’un syndrome post-traumatique et d’une phobie de l’avion, et à sa femme, qui vivait une grande période de stress.

« Le sport m’a aidée à me calmer, mais ce n’était pas suffisant. Je suis contre les médicaments, je ne voulais pas me rendre à prendre des antidépresseurs », raconte Brigitte. 

Avec l’hypnose thérapeutique, M. Bouillon utilise un chemin que personne n’a emprunté auparavant pour atteindre un objectif. « Dans une thérapie plus conventionnelle, on fait appel à l’intellect de la personne, à sa volonté de s’en sortir, tandis que l’hypnose sollicite l’imaginaire et les sens », détaille l’hypnothérapeute.

Processus

Il existe plusieurs approches possibles. M. Bouillon fait de l’hypnose très directive. Mais avant, il discute avec son patient. La relation thérapeutique est très importante car elle incite ce dernier à se livrer. L’hypnothérapeute pourra alors lui parler de choses pertinentes lorsqu’il l’emmènera dans son imaginaire.

M. Bouillon le plonge ensuite en état d’hypnose. Cette technique permet de contourner le lobe préfrontal du cerveau, qui correspond à la faculté de comprendre et d’analyser, pour s’adresser directement au cerveau limbique, où siègent les émotions.

« Au début, c’était bizarre. Je me demandais si j’étais hypnotisée. Puis tu te laisses aller, tu suis sa voix et tu te concentres sur ce qu’il dit. Tu n’entends plus rien à part Pierre », se souvient Brigitte.

Pendant ce temps, M. Bouillon fait travailler l’imagination de son patient. Il invite par exemple une personne phobique de l’avion à prendre ce moyen de transport mentalement et à penser qu’elle est sereine. Cela permet d’associer un état à une idée. « Une sensation est toujours plus puissante qu’une idée, car elle est sensorielle et émotionnelle. Le subconscient ne fait pas la distinction entre l’imaginaire et la réalité, donc désormais, pour lui, l’avion n’est plus dangereux », indique l’hypnothérapeute. 

Le même processus est utilisé pour traiter les phobies et les dépendances. « Si quelqu’un veut arrêter de fumer pour se mettre à courir, je lui donne une image où il court avec son chien. J’utilise son propre récit. Si je lui parle de sa conjointe ou de son chien Fido, de son côté, tout se transforme en images. C’est pour ça qu’il faut être attentif à l’histoire de la personne », précise M. Bouillon.

Bienfaits

Les effets sont immédiats. « Quand on sort d’une session, on a l’impression de marcher sur un nuage. On se sent bien et calme, comme si on sortait d’une sieste. Rien d’autre ne m’a apporté autant de résultats », illustre Brigitte. De son côté, sa fille n’a plus peur de prendre l’avion.

Selon des études, six mois après une séance, le taux d’abandon de tabagisme se situerait entre 30 et 40 %. L’hypnose serait également plus efficace que les substituts à base de nicotine. Toutefois, les hypnothérapeutes ne sont pas des médecins. Ils peuvent seulement apaiser des ressentis.

La famille Cardinal retourne voir M. Bouillon de temps en temps, lorsque chacun en ressent le besoin. Brigitte, par exemple, prend rendez-vous quand elle sent que son stress monte ou qu’elle a des tensions corporelles qu’elle n’arrive pas à soigner.

Parfois, elle n’a même plus besoin de réserver une séance pour se calmer. Ses sessions avec M. Bouillon lui ont permis d’apprendre à s’auto-hypnotiser. « Plus tu vas voir Pierre, plus tu apprends à te calmer, à respirer, à te mettre en condition. Mon subconscient repense à ce qu’il me disait dans ces périodes de stress extrême. C’est une question de travail mental. Il faut reprogrammer notre état d’esprit pour atteindre nos objectifs », explique-t-elle.

Pas un spectacle

Alors que l’hypnose peut faire peur, M. Bouillon tient à faire des précisions. « Il n’y a jamais de perte de contrôle, c’est toujours une acceptation. Ton libre-arbitre est encore là, tu ne pourrais pas me donner ton NIP si je te le demandais. Une petite voix dans ta tête te mettrait en garde. »

Si certaines personnes font des actions impressionnantes lors des spectacles d’hypnose, c’est parce qu’elles ont été sélectionnées pour leur très haute réceptivité. Elles sont toutefois toujours conscientes et entendent la voix de l’hypnotiseur. Simplement, elles ne négocient pas avec l’information reçue.

Toutefois, il faut rester vigilant, en allant voir un hypnothérapeute agréé, par exemple. La loi française encadre d’ailleurs cette pratique en prenant certaines précautions, comme en interdisant à un médecin d’hériter ses patients, ce qui serait un véritable abus de pouvoir et de la manipulation.

« Quand tu réussis à tomber sur un bon hypnothérapeute, tu te rends compte que c’est rationnel et concret. Ce n’est pas un spectacle ni ésotérique. Les gens jugent l’hypnose, mais pour moi, ils ne devraient pas. Au lieu d’étouffer tes symptômes avec des médicaments, tu règles ton problème à la source », ajoute Brigitte.

En France, des hypnothérapeutes sont implantés dans un bon nombre d’hôpitaux, afin d’offrir des méthodes de guérison alternatives. M. Bouillon espère que cela va devenir une coutume dans les centres hospitaliers québécois dans les prochaines années.

L’accréditation des hypnothérapeutes au Québec

Au Québec, aucun processus d’accréditation formel n’existe pour les hypnothérapeutes. Ni y-a-t-il une association officielle des hypnothérapeutes. 

Pourtant, il existe une Société Québécoise d’Hypnose (SQH), une école à but non lucratif regroupant des dentistes, des médecins et des psychologues formés à l’hypnose clinique, appartenant à leur ordre professionnel respectif et utilisant ce moyen thérapeutique dans le cadre de leur discipline.

La SQH offre aux professionnels de la santé un programme de formation continue et de supervision en hypnose clinique, offrant l’opportunité d’apprendre le savoir-faire (techniques, stratégies, protocoles) et le savoir-être (habiletés, attitudes) pour une utilisation et une intégration dans leur pratique professionnelle. Leur programme respecte les standards de formation en hypnose clinique retenus par l’International Society of Hypnosis (ISH) et l’American Society of Clinical Hypnosis (ASCH).

La certification ASCH en hypnose clinique est distincte des autres programmes de “certification” en ce qu’elle garantit que la personne certifiée est un professionnel de la santé de bonne foi qui est autorisé dans son état ou sa province à fournir des services médicaux, dentaires ou psychothérapeutiques.

L’ASCH estime que les personnes formées uniquement à l’hypnose n’ont pas les compétences diagnostiques et thérapeutiques ainsi que l’autorisation d’exercer nécessaires pour traiter de manière sûre et responsable les problèmes médicaux, psychologiques ou dentaires avec l’hypnose. Depuis 2012, pour exercer la psychothérapie au Québec, y compris par le biais de l’hypnose, il faut être psychologue, médecin ou détenteur d’un permis de psychothérapeute. La certification ASCH distingue le praticien professionnel de « l’hypnotiseur profane, » qui ne peut même pas utiliser le vocabulaire d’un médecin ou un psychologue.

Pour une liste exhaustive des membres de la SQH, cliquez sur : https://societequebecoisehypnose.ca/membres-sqh/

Une grande partie des praticiens en hypnose au Québec sont des naturopathes reconnus, formées et représentées par l’École de formation professionnelle en hypnose du Québec (l’EFPHQ). Ils disent clairement sur leur site-web que: Nos formations en hypnose ne sont pas destinées à remplacer les services de professionnel(le)s de la santé. Ils considèrent leur formation comme une forme de naturopathie, et selon leur responsable de relations extérieures, Christophe Pilaire, la formation, qu’ils entament depuis 1985, mène à un appartenance aux associations des naturopathes. La loi 21, et une entente entre l’ordre des psychologues du Québec et l’EFPHQ, définissent la différence entre un naturopathe et un clinicien dans la domaine de l’hypnose. 

Où les hypnothérapeutes naturopathes sont efficaces c’est dans l’accompagnement et le suivi des personnes qui souffrent des problèmes avec leurs émotions, l’anxiété, le sommeil, etc. Leur formation à l’EFPHQ est « un gage de qualité, du sérieux, » dit M. Pilaire.  

Les cours d’enseignement de l’EFPHQ sont assez rigoureux : Pour devenir un “Niveau III : Maître praticien en hypnothérapie” les cours qu’il faut prendre, un stage inclus, prennent  1610 heures à compléter ! Selon M. Pilaire, ça prend entre 1000 et 1200 heures de formation de devenir un sérieux hypnothérapeute, et ça coûte de l’argent pour être formé par des formateurs qualifiés. Si vous désirez être un hypnothérapeute et qu’une école propose une formation de moins de temps pour moins d’argent, il faut faire attention, ils pourraient être une organisation louche. « On est les victimes de notre propre succès », dit-il. « Il y a de malhonnêteté partout, » et des écoles raccourcies ont poussé comme des champignons ces dernières années.

Les diplômés de l’EFPHQ, lorsqu’ils sont reconnus comme des naturopathes par un de plusieurs organismes naturopathiques du Canada, bénéficient d’une reconnaissance fiscale des deux paliers du gouvernement, fédéral et provincial. Des frais de scolarité pour étudier à l’EFPHQ sont même déductibles des impôts; et si vous allez consulter avec un hypnothérapeute, vos frais pourraient être couverts par des assurances privées en tant que thérapie de naturopathie. 


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