Reflet de Société

Richard Avedon : le portraitiste du temps qui passe

Élise Miara | Dossier Culture

Le Musée des beaux-arts de Montréal présente Richard Avedon : Immortel, une rétrospective d’une centaine de clichés à l’argentique réalisés par le photographe américain (1923-2004) tout au long de sa carrière. Loin de faire briller les icônes qu’il photographie, la série révèle plutôt la fragilité des corps et la vieillesse comme fatalité.

Une scénographie au service de l’oeuvre

À l’entrée de la salle principale, un groupe d’étudiants s’arrête devant les premiers portraits. Des yeux étonnés et quelques rires gênés témoignent de la force des images d’Avedon, qui refusent de flatter notre œil.

Il faut dire que la scénographie, volontairement dépouillée, souligne cette impression. Dans une immense galerie ouverte, sans cloisons, les portraits en noir et blanc se succèdent sur des murs blancs. L’accrochage est sobre : des cadres noirs, aucun décor ni cartel explicatif. Le vide oblige à ne pas détourner le regard.

Donner à voir l’imparfait

Marguerite Duras, Patti Smith, Sœur Emmanuelle, Duke Ellington ou encore Chet Baker : autant de figures mondialement connues que le photographe s’est amusé à figer dans son objectif. Les clichés donnent à voir les rides creusées et les poches sous les yeux de ses sujets. Parfois, les regards se ferment ou louchent. Rien n’est corrigé, rien n’est adouci.

Richard Avedon : le portraitiste du temps qui passe
Crédit photos : Élise Miara

Ce refus de l’héroïsation traverse toute l’œuvre de Richard Avedon. Son portrait de Marilyn Monroe, pris en 1957, en est un exemple frappant. Loin de l’image glamour qui a construit sa légende, l’actrice y apparaît vulnérable, presque inquiète.

L’exposition nous force à regarder ce que les photographies de mode et ce que la société tentent d’invisibiliser : la fatigue des corps et l’usure du temps. Le regard de Richard Avedon sur ces célébrités, que l’on pourrait penser cruel ou sarcastique, est plutôt d’une grande empathie pour le vivant. Le photographe les ramène à leur condition de mortels. Le temps n’est pas un ennemi à gommer par la retouche, mais plutôt une fatalité physique que chacun doit accueillir.

Fin de vie

Le parcours d’exposition s’achève de manière plus intime encore. Dans une petite salle à l’écart de l’immense galerie, se trouve une série de photographies consacrée à son père, Jacob Israel Avedon, prises entre 1969 et 1973.

À travers neuf portraits qui documentent le déclin du vieil homme atteint d’un cancer, le photographe explore une intimité crue. On observe la progression de la maladie jusqu’au dernier cliché, pris quelques jours avant le décès de son père. Si cette série a historiquement divisé la critique par son caractère jugé intrusif, elle apparaît ici comme le point culminant de l’exposition.

Regarder devient inconfortable. Les images touchent à quelque chose de profondément intime et rappellent fatalement à chaque visiteur son propre destin.

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