Mathieu Fortin | Dossier Politique
La nouvelle mairesse de Montréal, Soraya Martínez Ferrada, a fait parler de l’état lamentable des routes dans une vidéo[1], en février 2026. Elle est passée dans un nid-de-poule sur la rue Notre-Dame à Montréal. Résultat : deux crevaisons et le recours à une dépanneuse. Elle apparaît dans la vidéo, souriante, riant de son malheur. « Je sais que les rues, ça a pas de bon sens », dit-elle en conclusion. Il est évident que de nombreux Montréalais partagent son opinion.
Nous sommes d’ailleurs devenus les champions du slalom d’asphalte. Inscrit dans la mémoire collective, ce sport ne tardera pas à s’introduire aux Olympiques d’hiver.
Au Québec, le ministère du Transport et de la Mobilité durable (MTMD) gère un réseau routier de plus de 31 000 km d’autoroutes et de routes[2], près du double du réseau ontarien[3].
Le budget du gouvernement pour 2025-2026 estime à 40 milliards de dollars le montant à investir afin de remettre les infrastructures les plus défaillantes dans un bon état. Ce montant augmente chaque année avec l’âge des infrastructures et l’inflation.
De plus, le Vérificateur général du Québec (VGQ) accuse le Plan québécois des infrastructures (PQI), qui représente 164 milliards de dollars en investissements prévus pour la décennie 2025-2035, de sous-évaluation. L’argent prévu pour le maintien des actifs omet le coût de l’inflation sur les dix ans.[4]
En d’autres mots : notre réseau à maintenir est vaste, nous accumulons des retards qui nous coûtent cher et nous évaluons mal nos besoins pour demain.
Les effets concrets du désinvestissement
Le 4 mars 2026, à Châteauguay, en Montérégie, la chaussée du pont de la Sauvagine s’effondre partiellement. Un trou de deux mètres par un mètre apparaît. Les débris se retrouvent sur la surface gelée de la rivière Châteauguay. Cet endroit est fréquenté en été par les amateurs de sports nautiques.
Érigée en 1963, la structure aurait dû être détruite en vue d’une reconstruction en 2024. Repoussée à 2026, elle est maintenant planifiée pour 2028.
Je suis passé par ce pont une semaine avant l’incident. Cet événement me rappelle qu’emprunter les ponts au Québec relève d’un véritable acte de foi.
Rappelons qu’en 2006, la tragédie du viaduc de la Concorde, à Laval, a tué cinq personnes et blessé six autres. Un exemple dramatique de l’échec de l’État dans sa responsabilité en matière de sécurité des usagers de la route.
Une réflexion s’impose sur les priorités de l’allocation des ressources de l’État et sa responsabilité en matière de sécurité à l’égard des citoyens. Le gouvernement assume-t-il cette position et agit-il en conséquence?
À ces questionnements, il faut ajouter d’autres tristes réalités :
- Le crime organisé dans l’industrie de la construction;
- La corruption et la collusion;
- Des commissions d’enquête aux constats décevants
Visiblement, investir dans les infrastructures déjà existantes est moins payant en capital politique que les clichés photos lors d’inaugurations de projets publics. Pourtant, les Québécois dormiraient mieux en sachant que le gouvernement veille à la maintenance des ponts.
Jusqu’à nouvel ordre, je continuerai à me signer en passant par l’un d’entre eux.
[1] https://www.facebook.com/reel/1596589391541000
[2]https://www.quebec.ca/transports/circulation-securite-routiere/reseau-routier/a-propos
[3]https://www.ontario.ca/page/provincial-highway-infrastructure
[4]https://www.vgq.qc.ca/Fichiers/Publications/rapport-annuel/217/VGQ_Novembre2025_web.pdf p.249
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