Reflet de Société

L’aide sociale : Un cauchemar bureaucratique

L’aide sociale : Un cauchemar bureaucratique

Par Colin McGregor | Dossier Économie et Communautaire   

« Demander de l’aide sociale, c’est gênant. Personne ne choisit l’aide sociale. »

Lise, aujourd’hui 72 ans, se souvient de la première fois où elle a dû faire une demande d’aide sociale après 23 ans de travail. « Je suis tombée malade », se souvient-elle en grimaçant.

L’aide sociale est une aide financière de derniers recours. L’aide sociale paye 9 600 $ quand le seuil de pauvreté est à 27 000 $ par année. 

« Sur l’aide sociale, » nous dit Lanouse, une bénévole aux bureaux de l’Organisation populaire des droits sociaux (OPDS), « j’ai fait beaucoup de bénévolat pour le cacher. On se demande : pourquoi moi ? On est jugé par nos voisins et nos familles. »

Depuis 1980, l’OPDS, a ses bureaux dans le quartier d’Hochelaga-Maisonneuve. Elle traite des cas de personnes qui souffrent des déboires d’un système qui est de moins en moins accessible. Les gens de l’OPDS tentent de combattre la stigmatisation entourant l’aide sociale. Ils mènent un programme d’action pour faire évoluer la loi.

Lise, militante pour l’OPDS depuis 26 ans et aujourd’hui présidente du conseil d’administration, voit beaucoup de monde traumatisé. « Il y a beaucoup d’anxiété lorsqu’on vit sur l’aide sociale. Le gouvernement peut te couper n’importe quand. Tu reçois les décisions par la poste. C’est stressant. Des personnes tombent malades juste en attendant les réponses », dit Christophe, un autre bénévole. 

« Obtenir l’aide sociale n’est pas facile, explique Christophe. Particulièrement pour les analphabètes et pour les immigrants. La langue est une barrière. » Aussi, les agences gouvernementales exigent internet pour tout faire. Ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise sur le web.

Outre le fait de devoir présenter un tas de documents, il ne faut pas avoir plus de 887 $ dans vos comptes en banque à la fin du mois si vous êtes un adulte sans enfant à charge; pour un enfant comptez 1 268$; pour deux enfants 1 502$ pour trois enfants 1 782$… et augmentez par la suite de 280$ par enfant supplémentaire.

« Les services sociaux sont de moins en moins disponibles en format papier ou en présentiel aux bureaux. Il y a beaucoup des coupures dans ces services, précise Christophe. On travaille avec du papier ici. On communique avec des agents en aide sociale par téléphone et par fax. Nos clients signent une procuration qui nous donne le droit d’interagir avec des agents. »

La loi sur l’aide sociale s’étend sur 2500 pages. « Même des avocats et des agents responsables de son administration ne la connaissent pas par cœur, poursuit Christophe. Souvent les agents appliquent faussement la loi. Et nul n’est censé ignorer la loi. »

La complexité de la loi amène parfois les bénéficiaires à l’enfreindre sans le savoir. Dans ces cas, intentionnellement ou non, « ils réclament dollar par dollar », dit Christophe. Avec cette complexité, l’OPDS est parfois contrainte à contacter des agents pour faire corriger leurs erreurs.

L’OPDS donne des formations de deux semaines sur la loi, utilisant une version vulgarisée.

« Ceux qui viennent ici en pleurant, anxieux, ne savent pas comment ils vont vivre le lendemain, raconte Lanouse. Tu les calmes, tu les écoutes, tu les rassures, et tu parles avec leur agent pour régler la situation. Une satisfaction qui est la récompense des bénévoles. Ça crée un sentiment d’appartenance. »

Souvent, les assistés sociaux perdent leurs prestations parce qu’ils ont été dénoncés pour avoir travaillé. Christophe cite le cas d’une personne qui travaillait pour 3 $ de l’heure à un dépanneur. Elle a été dénoncée et a perdu ses prestations. « Les gens règlent leurs conflits ainsi », observe Lanouse.

Le montant offert par l’aide sociale force les gens à accepter de mauvaises conditions de travail. 

Si quelqu’un est en couple, on ne lui donne pas deux prestations, car il est présumé que « vous allez agir en solidarité. »

Quand je parle aux intervenants qui s’occupent des dossiers d’aide sociale, ils disent tous les mêmes choses : que c’est très difficile d’entrer dans le système; et qu’il existe un énorme préjugé à l’encontre des bénéficiaires de l’aide sociale.

« C’est comme si les agents faisaient tout pour refuser l’aide à ceux qui en demandent », observe un intervenant gérontologue, qui travaille avec des détenus qui sortent de prison. « À l’âge de 65 ans, tu reçois une rente de retraite. La difficulté c’est de demander l’aide sociale pour des gens de 61, 62 ans pour qu’ils puissent vivre jusqu’à l’âge de 65. » 

Documents à apporter pour accéder à l’aide sociale au Québec: 

•      Certificat de naissance ou preuve d’immigration;

•      Carte d’assurance-maladie de tous les membres de la famille;

•      Carte d’assurance sociale de tous les membres de la famille;

•      Bail ou formulaire de preuve de résidence ou documents relatifs à un bien immobilier : la personne en situation d’itinérance peut demander que son chèque et communication soit reçu au bureau de Service Québec de son choix ou dans un organisme agréé ;

•      Certificat médical et/ou rapport médical, si vous en possédez un;

•      Documents relatifs à la séparation ou au divorce, s’il y a lieu;

•      Livrets de banque mis à jour montrant les transactions des trois derniers mois, ainsi que ceux du conjoint, s’il y a lieu;

•      Tous les documents servant à évaluer les revenus actuels et les revenus ayant pris fin au même mois; 

•      Une preuve de fréquentation scolaire pour tout enfant à votre charge, âgé de 16 ans et plus;•      Une lettre de l’assurance-emploi stipulant que vous n’avez pas le droit d’en recevoir; Tout autre document qu’il pourrait vous être demandé.

illustration Klervia Martel


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