Par Colin McGregor | Dossier Culture
Imaginez un film de 6 minutes et 21 secondes tourné au Québec par un cinéaste de Pointe-aux-Trembles… un film sans aucun dialogue !
Terre Ancestrale, un conte sur la défense de l’environnement de facture médiévale et féerique, a parcouru le monde en représentant le meilleur des arts et de la vidéographie au Québec.
Depuis 18 ans, Fusion Film est une association de quatre adeptes du cinéma qui sont tombés amoureux de l’art de réaliser des courts métrages.
Leur site web, Fusionfilm.net, est orné de courts métrages qui vous feront rire, pleurer et réfléchir, parfois tout en même temps. La panoplie de prix qu’ils ont gagnés est impressionnante. Pas moins de 160 prix et distinctions, dont un au Festival du 7e art à Cannes. « On a arrêté de compter », admet Philippe Falardeau. « On a fait voyager plusieurs films. Ils voyagent plus que nous. Je suis fier d’avoir fait des films de vocation sociale », ajoute Jonathan Laplante avec son sens d’humour caractéristique.
Terre Ancestrale a aussi gagné le prix du meilleur film à vocation sociale au Festival Cinéma Plan d’Ensemble à Châteauguay. Selon le réalisateur, Gabriel Bissonnette, « Les films à vocation sociale touchent plus facilement les gens. »
Pour Bissonnette, qui a aussi fait le montage du film, l’amour du septième art a commencé très jeune.
« Quand j’avais 8 ou 9 ans j’ai découvert le cinéma, » nous dit Bissonnette, un membre fondateur de Fusion Film. « Les clubs vidéo existaient. J’ai loué des cassettes VHS. J’ai dû acheter le chalet du propriétaire du club vidéo ! »
Au début de son adolescence, il a tourné ses premiers films avec la caméra d’un ami, Alexandre. À l’âge de 18 ans il a obtenu sa propre caméra, et n’a jamais regardé en arrière.

Plus tard, il rencontre les trois autres membres du collectif Fusion Film : Philippe Falardeau (réalisateur, producteur et trésorier); Jonathan Laplante (expert en montage vidéo); et Annie Lecours (scénariste et organisatrice des tournages). « Chacun de nous a ses forces », explique Laplante.
Ils ont tourné l’histoire de Marc Campbell, un ado de Pointe-aux-Trembles. À 16 ans, en 1837, pendant la rébellion des Patriotes, le jeune Marc a fait preuve d’un courage incroyable en aidant Louis-Joseph Papineau, chef des Patriotes, à échapper à un mandat d’arrestation. Ils ont transité par Pointe-aux-Trembles, à l’extrémité est de l’île de Montréal, en route vers les États-Unis.
Les deux films sur Marc Campbell que Fusion Film a produit sont basés sur un livre de Sylvie Brien, une écrivaine québécoise spécialisée dans les romans de littérature d’enfance et de jeunesse. Elle a lu un article dans un journal de deux lignes, selon Falardeau, et a fait des recherches pour écrire tout un livre, 16 ans et Patriote, publié dans la collection Crypto par Bayard Canada.
Un patriote en exil
Le film Papineau : l’exil d’un Patriote a été présenté pour le 350e anniversaire de Pointe-aux-Trembles. « Ça a touché la communauté et l’arrondissement », dit Falardeau, un résident de cette communauté, tout comme Bissonnette.
Donc, sur la plateforme de Fusion Film, Bissonnette et ses collègues veulent montrer toutes sortes de films. En 18 ans, aucun de leurs films n’a eu l’impact global qu’a eu Terre Ancestrale.
Le film se passe dans une clairière forestière il y a plusieurs centaines d’années. Un homme habillé dans un style médiéval commence à couper un arbre avec sa hache. Des pièces de monnaie tombent de l’arbre à chaque coup. Une femme rêveuse lui tient le bras, essayant de le retenir. À la fin, l’homme s’effondre par terre, pris de remords. Il arrête de couper et la hache disparaît.
La photographie et la musique, combinées à des effets visuels qui se développent lentement, sont captivantes. C’est un chef-d’œuvre de l’art cinématographique. Gabriel Bissonnette est responsable à la fois de la réalisation et du montage. Ça rejoint le monde en quelque sorte parce qu’il n’y a pas de dialogue, croit-il.
Les quatre membres du Fusion Film ne gagnent pas leur pain avec leurs courts métrages. Ils travaillent en marketing. Mais ils satisfont leur créativité et maintiennent leurs rêves en vie grâce à Fusion Film. Ils partagent leur passion pour la vidéo ensemble, aujourd’hui toujours debout et plus forts que jamais.
Mélanger les genres
« La vidéo permet de toucher les gens et de les faire réfléchir », souligne Bissonnette. Il aime la science-fiction, mais il a aussi créé des courts métrages en comédie, horreur, fantaisie. « J’aime mélanger drame et suspense », précise-t-il. Et ses fins ne sont pas toujours heureuses. « La vie n’est pas toujours rose. Mais si le film est très sombre dès le départ, je vais insérer quelque chose de positif. »
Avec l’accessibilité d’équipement vidéo et les cellulaires partout, les outils d’un cinéaste sont beaucoup plus accessibles que lors des débuts de Bissonnette. « Il y a tellement de contenu vidéo partout, et la compétition est féroce », dit-il.
Mais il est un porteur d’espoir pour les générations futures. Ses conseils aux cinéastes en herbe ? Même si le plus difficile est de se faire financer, il encourage les jeunes à prendre la caméra. C’est en forgeant qu’on devient forgeron.
Bissonnette a la parole facile et une lueur dans son regard, émerveillé quand il parle des courts métrages. Il avoue qu’il faut aussi être un bon vendeur pour réussir dans le cinéma contemporain québécois. « Être réalisateur c’est être un très grand entrepreneur. Si tu n’es pas capable de vendre ton idée, même si t’es un bon réalisateur, c’est difficile. »
Alors si vous voulez devenir réalisateur de cinéma un jour, entraînez-vous aussi à votre argumentaire de vente !
Photos gracieuseté de Fusion Film
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