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IA – des revendications à l’Assemblée nationale

IA - des revendications à l’Assemblée nationale

Frédérique Lapointe | Dossier Politique et Culture

Février 2026. L’essor de l’intelligence artificielle générative bat son plein et cette nouvelle technologie prend de plus en plus de place dans les milieux artistiques, au grand dam des artistes. Dans ce tumulte, le Regroupement pour l’art humain (RAH) prend sa place dans l’écosystème culturel depuis novembre 2025. Son but ? Promouvoir l’art humain. Au même moment, le député solidaire d’Hochelaga-Maisonneuve Alexandre Leduc tend l’oreille et décide d’agir.

C’est le 18 février que M. Leduc présente à l’Assemblée nationale du Québec une motion solidaire sans préavis portant sur la réglementation de l’intelligence artificielle générative (IAG). La motion demandait entre autres « que l’Assemblée nationale du Québec reconnaisse que l’intelligence artificielle générative menace directement le travail et la stabilité économique des artistes et créateurs québécois » et que le gouvernement provincial évalue « l’encadrement du recours à l’intelligence artificielle générative pour la création d’illustrations, d’images ou d’œuvres visuelles dans tout projet, organisme ou institution bénéficiant d’un financement public. »

Appui unanime

Lors de mon entretien avec M. Leduc, je lui fais part de mon grand intérêt pour la problématique de l’IAG dans les arts. « Moi aussi ! » s’exclame-t-il, du tac au tac.

Comme la plupart d’entre nous, il a eu vent de l’existence du RAH grâce à la manifestation des illustrateurs au Salon du livre de Montréal 2025. « Ça m’a frappé, explique-t-il. Ce n’est pas le genre de chose qu’on imagine voir dans un Salon du livre. » Après s’être entretenu avec des membres du Regroupement, il s’érige en porte-voix de leurs revendications et propose une motion sur les dangers de l’IAG pour les artistes québécois, dont un bon nombre sont déjà touchés par la précarité.

Pascal Colpron, illustrateur, bédéiste et co-porte-parole du RAH, raconte comment sa première rencontre avec M. Leduc s’est déroulée. « Il a vu la justesse de ce qu’on disait », se rappelle-t-il. « J’ai senti qu’on avait bien été entendu. »

Les efforts du député solidaire ont finalement porté fruit : la motion solidaire a été adoptée, et ce, à l’unanimité. Preuve que cette problématique touche les élus, peu importe le parti auquel ils appartiennent.

Cette décision a suscité un grand sentiment de satisfaction et de fierté chez Pascal Colpron, pessimiste de nature. « Je n’étais pas sûr que tous les partis politiques allaient mettre leurs différences de côté pour se rallier à notre cause. » Et contre toute attente, ils l’ont fait. Pascal dit avoir été agréablement surpris par les résultats, voire même ému. « Pendant la période de vote, quand j’ai vu les sièges qui s’allument en vert pour dire qu’ils sont pour, j’ai craqué », raconte–t-il, sourire aux lèvres. Voir ses revendications trouver un écho à l’Assemblée nationale a été gratifiant pour le bédéiste.

Cette motion marque ainsi une première étape symbolique vers une utilisation plus encadrée de l’emploi de l’IAG dans les arts. En décembre 2025 déjà, le ministère québécois de la Cybersécurité et du Numérique (MCN) avait annoncé la mise en place de mesures afin de réguler l’utilisation de l’IAG par les organismes publics. Les mesures annoncées englobent notamment la formation du personnel, la protection des données, ainsi qu’un nouveau cadre de gouvernance.

Alexandre Leduc souhaite à présent que le gouvernement ouvre la voie à des méthodes de régulation durable dans le milieu artistique. Il se prononce pour un encadrement de l’IAG auprès des institutions et événements culturels qui reçoivent des subventions publiques, tels que les festivals ou les musées. Cette somme d’argent devrait, selon lui, venir « avec une clause de non-utilisation de l’IAG », ce qui garantirait que les institutions s’engagent à promouvoir l’art humain et à soutenir financièrement les créateurs humains avant tout.

Certes, la nouvelle motion approuvée est engageante, mais M. Leduc nuance : elle n’est pas contraignante. Il est malgré tout « à l’aise avec ça », car « c’était une première version  appropriée dans les circonstances. » Il espère que ce qu’il décrit comme une « première pierre » à l’édifice ouvrira la voie à une sensibilité accrue des élus et de  la société en général. 

Passer au bistouri

Avant d’aller de l’avant avec des nouvelles mesures, M. Leduc estime qu’il faut non seulement étudier la position financière dans laquelle se situe le gouvernement , mais aussi réfléchir aux possibles répercussions que de telles régulations pourraient entraîner pour la province. Le député solidaire prévoit aborder le sujet lors de la prochaine étude de crédits budgétaires du ministère de la Culture et des Communications du Québec, qui devrait se dérouler en avril 2026.

« Tous les ministres passent quelques heures devant une commission parlementaire pour justifier leur action gouvernementale, m’explique M. Leduc. Et là, les différents députés d’opposition peuvent les cuisiner sur un sujet de leur choix. » Il précise avoir déjà parlé à son collègue solidaire, Sol Zanetti, à ce sujet. « Au crédit du mois d’avril, il ne faudra pas manquer le ministre Lacombe là-dessus », se rappelle-t-il lui avoir dit.

 Espoir à l’horizon

Dans un cas comme celui-ci, l’unanimité garantit un coussin de sécurité, car peu importe qui prend le pouvoir, un suivi pourra être fait sans faute. Un autre avantage réside dans la recevabilité de telles mesures auprès de la population. L’IAG occupe déjà un espace important dans nos vies, avec entre autres 800 millions d’utilisateurs du logiciel ChatGPT en moins de trois ans d’exploitation. Selon Alexandre Leduc, cette nouvelle technologie va prendre de plus en plus de place dans le débat public. L’impact se fait déjà sentir auprès des artistes : en septembre 2025, la plateforme d’écoute en continu Deezer révélait qu’environ 28% des morceaux déposés dans leur serveur étaient générés par intelligence artificielle.

Alexandre Leduc est donc prêt à attendre des développements sans pour autant accepter que le gouvernement se traîne les pieds. « On n’a pas envie de se réveiller dans deux, trois ans, et de constater que rien n’aura été fait », dit-il, sachant que l’IA est un dossier qui bouge extrêmement vite. En attendant, il accepte d’être « bon joueur » et de laisser le temps faire les choses.

Si des changements, des régulations ou d’autres mesures ne sont pas instaurées bientôt dans les arts et la culture, « des gens vont changer de carrière », estime-t-il. Et ça, c’est hors de question. « Si on perd des talents, on perd de notre identité culturelle », martèle-t-il.


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