SACR 2026 : Contre le racisme, la riposte collective

Oumou Diakité | Dossier Racisme, Société

Chaque année au Québec, la Semaine d’actions contre le racisme et pour l’égalité des chances (SACR) s’impose comme un moment clé de réflexion, de mobilisation et de dialogue. Du 20 au 31 mars 2026, cette initiative rassemble des centaines d’organismes, d’institutions et de citoyens autour d’un objectif commun : lutter contre le racisme et promouvoir une société plus juste, inclusive et égalitaire.

Créée en 2000 pour souligner la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale proclamée par les Nations Unies, la SACR s’inscrit dans une démarche durable. Elle vise à prévenir et combattre l’exclusion basée notamment sur la couleur de peau, l’origine ethnique ou nationale, tout en favorisant le dialogue et le rapprochement entre les différentes composantes de la société québécoise.

Mais au-delà de son rôle éducatif, la SACR est devenue au fil des années un véritable espace politique et social. Elle permet de mettre en lumière les enjeux contemporains liés au racisme, d’interpeller les institutions et de proposer des pistes d’action concrètes.

Durant cette édition, Montréal a été le théâtre d’une programmation particulièrement riche, portée par une pluralité d’organismes engagés sur le terrain. Le coup d’envoi a notamment été donné lors du lancement officiel à l’Hôtel de Ville, en présence de partenaires institutionnels et communautaires comme le CIDIHCA et l’APNQL, sous la coordination de Samira Laouni.

Parmi les activités proposées, plusieurs conférences et panels ont permis d’explorer en profondeur des enjeux comme le racisme systémique, les discriminations dans le logement ou l’emploi, ainsi que les réalités vécues par les personnes afro-descendantes, autochtones et issues de l’immigration.

Le colloque central, « Identités niées, identités meurtries – Des voix pour une société véritablement plurielle », a rassemblé des intervenants marquants tels que Paul-Étienne Rainville, Ky Vy Le Duc, Zahia El-Masri, Karine Millaire ou encore Me Fernando Belton.

D’autres panels, réunissant notamment Sabine, Monpierre, Jonathan Durand Folco, Viviane Michel, Ted Rutland, Samira Laouni et Ndeye Dieynaba Ndiaye, ont approfondi les discussions autour des dynamiques politiques, des violences systémiques et des enjeux contemporains liés à l’égalité.

En parallèle, la programmation comprenait de nombreux ateliers participatifs et activités éducatives, destinés tant aux jeunes qu’au grand public. Des organismes comme le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) ont proposé des formations telles que « Comprendre l’extrême droite : idées et mouvements », visant à outiller les participant·e·s face à la montée de ces discours. Ces initiatives ont favorisé des échanges concrets autour des biais, de l’inclusion et du vivre-ensemble, en créant des espaces de dialogue entre différentes réalités.

La dimension culturelle occupait également une place importante, avec des projections de films, des expositions d’artistes afro-caribéens et divers événements artistiques mettant en lumière des récits souvent marginalisés. Ces activités ont permis de valoriser les voix et les expériences des communautés concernées, tout en sensibilisant le public par le biais de l’art et de la création.

Enfin, des rencontres citoyennes et initiatives collectives ont rythmé la semaine, contribuant à renforcer les liens entre les acteurs du milieu et à mobiliser autour d’un objectif commun : construire une société plus juste et inclusive.

Mobilisation collective

La force de la SACR réside dans son caractère fédérateur. Chaque édition rassemble une diversité d’acteurs : organismes communautaires, institutions publiques, artistes, chercheurs et militants.

Ces activités ne sont pas seulement symboliques. Elles permettent de créer des espaces de parole, de partager des expériences vécues et de sensibiliser le grand public aux racisme et à la discrimination. Elles permettent également d’outiller les individus et les collectivités pour mieux comprendre les mécanismes d’exclusion et y répondre. Des figures politiques telles qu’Ericka Alneus, cheffe de l’opposition officielle de Montréal, étaient présentes. Une femme noire qui incarne, à sa manière, l’importance de la représentation dans les sphères décisionnelles et publiques.

Sa présence ne relève pas uniquement du symbolique : elle témoigne d’un engagement concret envers les enjeux d’équité, de justice sociale et de lutte contre les discriminations systémiques. Voir des élues issues de la diversité prendre part à ces espaces contribue à légitimer les discussions, mais aussi à rappeler que les institutions ont un rôle clé à jouer dans la transformation des rapports sociaux.

Plus largement, la participation de personnalités publiques à ces activités renforce leur portée. Elle envoie un message clair : la lutte contre le racisme n’est pas l’affaire de quelques-uns, mais bien une responsabilité collective, qui doit être portée à tous les niveaux ;  du citoyen aux instances politiques.

Bref, la SACR agit comme un pont entre des expériences individuelles et des enjeux systémiques. Elle rappelle que le racisme ne se limite pas à des actes isolés, mais s’inscrit dans des structures sociales, économiques et politiques.

En 2026, « résister et s’unir »

Le thème de cette 27ème édition — « Résister et s’unir : repenser ensemble la société de demain » — s’inscrit dans un contexte particulièrement chargé. À l’échelle mondiale comme locale, les tensions identitaires, les discours clivants et les remises en question des droits fondamentaux se multiplient. Au Québec, ces dynamiques se manifestent notamment à travers les débats entourant la laïcité de l’État et des lois comme la Loi 21, qui suscitent des discussions polarisées sur la place des signes religieux dans l’espace public ainsi que sur les limites entre neutralité de l’État et libertés individuelles.

Résister, ici, ne signifie pas seulement s’opposer. C’est aussi refuser l’indifférence, remettre en question les injustices et défendre les principes fondamentaux d’égalité et de dignité. S’unir renvoie à la nécessité de dépasser les clivages pour construire des solidarités durables. Des notions que Samira Laouni, coordinatrice de la SACR, ou encore Frantz Voltaire, cofondateur et président de la SACR, ont eu raison d’aborder lors de leurs discours d’ouverture.

Repenser la société : un travail collectif

Repenser la société de demain implique de reconnaître que le vivre-ensemble n’est jamais acquis. Comme l’a souligné la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse lors du lancement de la SACR 2026, cette dynamique se construit au quotidien, dans les écoles, les milieux de travail, les institutions et les quartiers.

Cela suppose également de prendre en compte les réalités vécues par les personnes racisées, autochtones et issues de l’immigration. Le racisme continue de se manifester dans plusieurs sphères de la vie : emploi, logement, éducation, sécurité publique. Ces inégalités ne sont pas anecdotiques, elles structurent encore aujourd’hui les parcours de nombreuses personnes.

La SACR invite ainsi à une réflexion en profondeur sur les rapports de pouvoir et les mécanismes qui perpétuent ces inégalités. Elle encourage à adopter une approche intersectionnelle, qui tient compte des différentes formes de discrimination et de leurs interactions. C’est un peu le bilan que l’on tient de la conférence de lancement et de la programmation passée.

L’importance de l’engagement citoyen

Un autre aspect central de la SACR est l’importance accordée à l’engagement citoyen. La lutte contre le racisme ne peut reposer uniquement sur les institutions. Elle nécessite une mobilisation à tous les niveaux : individuel, communautaire et politique.

Participer à une activité, assister à un panel, engager une conversation ou remettre en question ses propres biais sont autant de gestes qui contribuent à transformer la société.

La SACR met également en avant le rôle des jeunes, souvent au cœur des initiatives. En suscitant leur intérêt et leur participation, la SACR contribue à former une nouvelle génération plus consciente et engagée face aux enjeux de justice sociale.

10 jours, mais un combat permanent

Si la SACR se déroule sur une dizaine de jours, son impact dépasse largement cette temporalité. Elle s’inscrit dans une lutte continue contre le racisme et les discriminations. On se retrouvera l’année prochaine mais l’idée est de continuer de travailler sur les actions.

Chaque édition permet de faire le point, de mesurer les avancées, mais aussi de constater le chemin qu’il reste à parcourir. Dans un contexte où les discours polarisants et populistes gagnent du terrain, des initiatives comme la SACR sont essentielles. Elles offrent des espaces pour réfléchir collectivement, renforcer les solidarités et imaginer des alternatives.

Bref, la Semaine d’actions contre le racisme et pour l’égalité des chances semble être bien plus qu’un événement annuel. Elle est un miroir des tensions et des espoirs qui traversent la société québécoise.

Photo en haut : Samira Laouni (coordinatrice de la SACR), crédit photo à Oumou Diakité


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Oumou Diakité
Oumou Diakité est journaliste, auteure et créatrice de contenus basée à Montréal. Issue d’une formation en communication plurimédia (IGC Business School) et détentrice d’un DESS en journalisme de l’Université de Montréal, elle développe une écriture à la croisée du documentaire, du narratif et de l’engagement social pour ses travaux journalistiques. Elle débute dans les domaines de la communication digitale et du marketing éditorial en 2022, notamment en tant qu’assistante marketing digital chez Ouest-France. Parallèlement, elle affine son identité de rédactrice engagée au sein du média Les Raisonné.e.s, où elle conçoit des campagnes centrées sur des enjeux de responsabilité sociétale, identitaire et environnementale. Elle y développe une approche sensible du branding éditorial en mobilisant des techniques d’écriture narrative et inclusive. Dès 2022, Oumou Diakité est nommée journaliste éditorialiste pour Metaverse Tribune, où elle couvre des événements professionnels, mène des entretiens et développe de nouveaux formats numériques. Elle rejoint en mai 2025 l’équipe de Reflet de Société / Journal de la rue comme journaliste terrain en traitant des sujets liés à l’inclusion, à la précarité et à la jeunesse, dans une perspective humaine et sociale. Et il y a bien d’autres thématiques. Auteure du recueil de nouvelles Journal (im)personnel publié aux éditions Le Lys Bleu, Oumou explore la scène artistique en signant une adaptation théâtrale de ce texte jouée à Montréal. Elle dirige en parallèle racont ars, un média personnel où elle documente, à travers reportages et portraits, les récits de vie et les mondes imaginaires souvent absents des grands circuits médiatiques. Oumou Diakité maîtrise le français (langue maternelle), l’anglais et l’espagnol (niveaux intermédiaires), sait lire et écrire l’arabe.

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