Pas une de plus

Frédérique Lapointe | Dossier Société

Jeudi, 14 mai 2026. Déjà onze féminicides dans la province du Québec. Plus que pendant toute l’année 2025. Qui sera la prochaine ? C’est une question qui plane au-dessus des femmes qui ont manifesté ce jeudi aux intersections des rues Pie-IX et Ontario. Un jour plus tôt, Québec déposait son projet de loi 4, ou la « loi Gabie Renaud ». Qu’en pensent les manifestantes ?

« Coude à coude, sans relâche, pas question que les femmes lâchent! » « Arrêtez le massacre, nous, on est en tabarnak! » Le 14 mai, des manifestantes scandent ces slogans à l’intersection des rues Ontario et Pie-IX. Sur cette intersection occupée, elles sont en colère, mais surtout, elles souhaitent que justice soit faite, pour les femmes déjà tuées dans un contexte conjugal, mais aussi pour celles potentiellement à venir.

Ce mois-ci, un premier pas dans la bonne direction a été effectué. En effet, le mercredi 13 mai, le gouvernement du Québec a déposé à l’Assemblée nationale le projet de loi 4, dit « Gabie Renaud », proposé par Québec Solidaire. Cette loi prévoit qu’une personne de 14 ans et plus puisse consulter les antécédents judiciaires de son conjoint en matière de violence conjugale.

Avec bonne volonté, rien d’impossible

Était présente à la manifestation La Marie Debout, organisme communautaire et centre de femme situé dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Sandrine Carpentier-Lalancette, co-coordinatrice, décrit cet espace comme un endroit accueillant et sécuritaire pour les femmes.

Au coin Ontario Est et Pie-IX, nous retrouvons également le bureau du député solidaire provincial Alexandre Leduc ainsi que celui de la députée fédérale Marie-Gabrielle Ménard. Cela n’est pas un hasard : la coordinatrice de La Marie Debout et toutes les autres femmes présentes à ses côtés désirent être vues et entendues par le corps politique, car les féminicides sont « un enjeu politique et de santé publique. »

En entrevue avec Reflet de Société, Mme Carpentier-Lalancette dit accueillir la présentation de la loi « Gabie Renaud » avec satisfaction, y voyant là un premier signe d’une détermination politique d’agir sur l’augmentation préoccupante des féminicides. « Quand ça ne bouge pas au niveau étatique, c’est frustrant », explique-t-elle. « On a l’impression que c’est toujours un coup d’épée dans l’eau. Quand finalement les choses évoluent, on se rend compte que ça prend juste une volonté. » De plus, que ce soit Christine Fréchette qui ait permis cette avancée, actuelle première ministre et deuxième femme à occuper ce poste dans l’histoire de la province, n’est pas anodin, ajoute-t-elle.

Mme Carpentier-Lalancette souligne également la rapidité du processus, considérant l’entrée en poste toute récente de Mme Fréchette. « En seulement cinq semaines de commission parlementaire, ils ont décidé d’en faire une priorité. Pour ça, bravo. »

Et maintenant ?

En revanche, après la déposition de cette loi, reste-t-il du travail à faire ? « Absolument  ! », affirme la coordinatrice.

Au-delà de son adoption, celles et ceux qui y auront recours devront savoir comment elle fonctionne, si la démarche est confidentielle, ou encore si leur sécurité est garantie tout au long du processus. Mme Carpentier-Lalancette mise donc sur l’éducation populaire et la sensibilisation auprès de la population afin de faire connaître aux femmes concernées leurs droits.

Ainsi, même si le projet de loi 4 offre un coussin de sécurité pour les femmes en situation d’incertitude au sein de leur couple, c’est à elles que reviendra la décision de s’éloigner de leur partenaire si elles le désirent. Pourtant, pour de nombreuses personnes en situation de violence domestique, partir est l’étape la plus difficile à franchir.

Les facteurs structurels et économiques sont nombreux et viennent compliquer le processus de séparation. « Ça va être plus difficile de se sortir de la violence à cause des conditions matérielles », développe Mme Carpentier-Lalancette. Emprise mentale, situation économique précaire, difficulté à trouver un autre logement, tous ces éléments contribuent à contrecarrer ces fameuses questions que l’on demande aux femmes dans des situations de violence conjugale, comme « Pourquoi ne part-elle pas? » ou encore « Qu’est-ce qui lui a pris autant de temps à s’en aller ? » La réalité est cependant « beaucoup plus complexe que cela. »

En attendant, la mobilisation se poursuit dans un élan de solidarité féminine et dans un désir de continuer à aller de l’avant, en espérant un futur où les féminicides ne seront que chose du passé. « Féministe tant qu’il le faudra », conclut Mme Carpentier-Lalancette. 

Crédit photo : Frédérique Lapointe


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Frédérique Lapointe
Frédérique Lapointehttps://www.refletdesociete.com/notre-equipe/
Frédérique Lapointe est une journaliste et créatrice de contenu basée à Montréal. Écrivaine dans l’âme et rédactrice de journaux intimes de son enfance à son adolescence, elle a commencé à s’intéresser à l’écriture journalistique lors de ses études au Collège André-Grasset. Passionnée de culture (cinéma, musique et littérature), Frédérique est également détentrice d’un baccalauréat en études cinématographiques à l’Université Concordia, d’où elle a gradué à l’été 2024. Là-bas, elle apprend l’art de l’analyse et le pouvoir de l’écriture à travers les mots et l’engagement politique et personnel. À travers le cinéma, elle s’intéresse au monde qui l’entoure et à ses milliards de vies humaines, toutes plus uniques les unes que les autres. En 2024, elle est admise dans le programme DESS en journalisme — niveau maîtrise à l’Université de Montréal. Là, elle complète un stage au média indépendant des étudiantes et étudiants de l’UdeM, Quartier Libre. Après la complétion de ce stage en décembre 2025, elle intègre l’équipe de Reflet de Société à titre de journaliste indépendante. Frédérique Lapointe est passionnée par tout ce qui a attrait aux enjeux actuels et à la justice sociale. Elle espère qu’à travers ses histoires et son écriture, les lecteur·ice·s se sensibiliseront aux enjeux de notre époque et qu’ils bénéficieront d’un travail journalistique complet, recherché et impartial. Pour Frédérique, le savoir est plus qu’une arme : c’est une nécessité. À travers son travail, elle cherche à donner une voix à celles et ceux qui n’en ont pas et est déterminée à poser sa pierre à l’édifice du journalisme indépendant, ancré dans le social et la relation avec les citoyennes et citoyens.

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