Le 8 mars… et les 364 autres jours

Frédérique Lapointe | Dossier Société

Chaque 8 mars marque la journée internationale des droits des femmes. Ou, comme les plus galants aiment l’appeler, la « Journée de la femme ». L’heure est à la réflexion, à la prise de position et à l’action. Pour certains, néanmoins, ce n’est qu’une simple petite célébration. Quoi de mieux que d’acheter des fleurs, de contribuer à laver la vaisselle, d’offrir des rabais dans les boutiques de lingerie, pour souligner cette journée d’émancipation?

Après tout, ce sont pourtant là des marques d’affection, de considération, des messages de soutien, non? Merci d’être là pour moi, merci pour tout ce que tu fais, merci d’être une aussi bonne mère/sœur/conjointe. Et puis, basta. Bonne journée au bureau demain. N’oublie pas de déposer les enfants à l’école.

Aujourd’hui, pour souligner le 8 mars, il faudra en faire plus. Et cela passe tout d’abord par l’éducation. Car nous observons depuis quelques années maintenant peu d’amélioration, voire une régression des droits des femmes à l’échelle mondiale. Selon un rapport d’ONU Femmes, en 2024, un pays sur quatre rapportait un recul de ces « acquis ». 

Selon l’OMS, une femme sur trois dans le monde a subi ou subira des violences conjugales ou sexuelles au cours de sa vie, le même chiffre qu’en 2021. Toujours dans le précédent rapport d’ONU Femmes, on dénombrait en 2024 que 10% des femmes vivaient dans une situation de pauvreté extrême, en plus de 64 millions de femmes de plus que d’hommes vivant en situation d’insécurité alimentaire.

Dans un contexte d’aggravation de la violence envers les femmes, impossible de ne pas penser aux femmes qui frôlent ou rencontrent le danger en marchant dans la rue. Impossible de ne pas penser à Lucy Harrison, une jeune femme britannique de 23 ans morte assassinée par son père au Texas le 10 janvier 2025 après une dispute au sujet du président américain Donald Trump. À Joëlla, femme transgenre assassinée dans la nuit du 7 au 8 février 2026 en Nouvelle-Calédonie. À Tadjan’ah Désir, Mary Tukalak Iqiquq, Susana Rocha Cruz, Véronic Champagne, Mary-Kate Ottawa, cinq femmes victimes de féminicides au Québec, des mains de leurs conjoints ou ex-conjoints, pendant le seul mois de janvier 2026.

Qu’elle soit structurelle, politique ou intime, la violence envers les femmes est si enracinée dans notre société qu’elle en devient banale. Nous la voyons passer, nous la reconnaissons, nous la pleurons, même. Mais après, qu’est-ce qu’il nous reste à faire? Que pouvons-nous faire pour créer des changements durables, pour garantir l’égalité des chances, pour freiner la vague de masculinisme qui nous envahit, notamment chez les jeunes hommes?

« Les féministes ont aliénés les hommes », me dira-t-on. Mais est-ce vraiment le cas? Dans un monde où, dans plusieurs cas, être une femme, et de surcroît être une femme dans l’espace public, est un acte de survie? Au contraire, nous sommes à la recherche d’alliés qui pourront porter notre cause, nous aider à relayer ce que les femmes crient depuis des siècles. Car le féminisme concerne tout le monde et requiert chaque voix, chaque bras qui accepte de nous élever. L’émancipation est plus que l’accomplissement personnel : c’est l’éradication complète des systèmes d’oppression qui continuent à perdurer aujourd’hui. Et pour les vaincre, nous devons être plusieurs.

En ce 8 mars, j’ai en moi une rage provoquée par toutes les injustices qui perdurent, mais plus encore, j’ai une pensée pour toutes les femmes de ce monde. Celles qui se font tuer pour les vêtements qu’elles portent. Celles qui se font interdire un poste de travail pour les mêmes raisons. Celles qui ne peuvent se procurer des produits hygiéniques, car elles n’en ont pas les moyens, parce qu’elles habitent dans des camps de réfugiés, parce qu’elles survivent à la guerre. Celles qui se font tuer, harceler, agresser, dénigrer, cyberharceler. Et surtout, celles qui subissent le tout sans pouvoir en parler, car elles ont été réduites au silence. 

Il ne reste pas simplement du travail à accomplir. Nous avons à présent des montagnes à gravir, des châteaux à rebâtir et de la sensibilisation à faire autour de nous. Dans nos écoles, dans nos lieux de travail, dans la rue. Martine Delvaux l’écrivait dans son essai Le boy’s club : les bâtiments qui nous entourent, la manière dont la société est régie, ce qui nous environne est majoritairement conçu et bâti par et pour des hommes. Ainsi, la femme ne doit pas seulement s’adapter au monde, elle doit y vivre à part entière. En cette journée du 8 mars, rappelons-nous que la lutte doit désormais s’ancrer dans la collectivité, dans notre communauté. Malgré la noirceur autour, l’espoir doit prévaloir.

Joyeuse journée internationale des droits des femmes. Et puisse le sort nous être favorable.


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