Que faire des églises désuètes ?

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Par Colin McGregor | Dossier Communautaire     

À la fin des années 1980, je me suis rendu aux funérailles d’un ami de la famille. Elles ont eu lieu à l’église Saint-Jax, à Montréal, construite en 1864. Étaient accrochés au plafond des « Union Jacks », les drapeaux britanniques du régiment Victoria Rifles. Les hymnes solennels étaient chantés en anglais, l’odeur de l’Empire britannique envahissait le lieu, le tout faisant l’effet d’un véritable retour dans le passé, au temps de Saint-Jacques-Apôtre. 

Pour ne pas avoir à fermer définitivement ses portes, l’église s’est transformée radicalement. Il ne reste plus de bancs. Là où se trouvaient autrefois les drapeaux sur des chevrons, sont suspendues aujourd’hui des cordes et des poulies. Il s’agit du matériel de performance pour le Cabaret de Cirque Le Monastère.

Selon le révérend Graham Singh, fondateur et directeur général de la Fondation des centres Trinité (FCT), environ 4 000 des 12 000 lieux de culte du Canada fermeront leurs portes au cours des cinq à dix prochaines années.

Selon Le Conseil du patrimoine religieux du Québec, pas moins de trois églises sont démolies, fermées, vendues ou affichent une nouvelle vocation chaque mois depuis le début des années 2000. La baisse du nombre de pratiquants, les coûts d’entretien et de chauffage des bâtiments expliqueraient ces changements, selon une étude menée par le service-conseil québécois Secor.  

La FCT offre des conseils aux églises sous-utilisées, les accompagne vers le réaménagement de leur espace. La fondation est une véritable planche de salut, elle aide de près les communautés, notamment en leur proposant des architectes, des conseils financiers et en motivant les paroissiens à exprimer leurs volontés et aspirations. Ils ont travaillé jusqu’à présent avec 40 églises, incluant l’église Sainte-Lucie à Sainte-Lucie-des-Laurentides.

C’est plus facile de faire la transition d’une église au Québec que dans le reste du Canada, dit Singh. « Dans les régions rurales du Québec, c’est très cohérent. Il y a une église par village. C’est une composante essentielle de la Révolution tranquille. L’église est au cœur de leur identité. » Le conseil municipal a un intérêt à maintenir le bâtiment en usage. 

Que faire des églises désuètes ?

Au Canada anglais, une ville de taille modeste comprend souvent plusieurs églises. Les anglicanes, méthodistes, presbytériennes, catholiques et luthériennes se sont battues pour construire les bâtiments les plus grands et les plus hauts afin de prouver leurs prouesses coloniales. Une rue principale en Ontario peut abriter cinq églises ou même plus. 

Transformer des bâtiments religieux (incluant des synagogues, des temples, des monastères et des couvents) n’est jamais facile, mais cela en vaut la peine. Pour Singh, il s’agit de « trouver une manière intelligente de rester dans le quartier. Être à son écoute c’est parler activement et professionnellement de ce dont il a besoin ». Un bâtiment religieux sous-utilisé peut devenir un carrefour communautaire et/ou des logements abordables.

Les églises sont souvent gérées par des conseils de bénévoles qui ne savent pas quoi faire. Les conseils de la FCT sont les bienvenus, du moins au début. Mais, explique Singh : « Vous devez être prêt à retirer les bancs, à faire du désordre à tout remettre en question. »   

Certaines églises rétorquent : « Nous voulons qu’il y ait plus d’argent et plus de partenaires ici. Nous ne voulons pas qu’ils touchent à nos affaires. Ils feraient mieux de ne rien changer et de nous payer beaucoup d’argent. » 

« Il faut être prêt à pousser le bateau vers des activités non religieuses », dit Singh, qui est à la fois prêtre anglican et diplômé en commerce de la prestigieuse London School of Economics. Il est décrit comme ayant « un esprit d’entreprise et un cœur saint ».  

Sa propre église anglicane historique, Saint-Jax, abrite trois dénominations religieuses le dimanche. Plus de 90 groupes communautaires y ont élu domicile, soit pour des réunions périodiques, soit comme siège social. Il y existe un cirque, un club de rugby, des programmes en douze étapes, un centre de recrutement de l’armée et le siège social d’Action Réfugiés Montréal qui vient en aide aux réfugiés arrivés au Québec. Tout un assortiment. 

En appliquant un nouveau modèle d’entreprise sociale qui génère une valeur sociétale et économique, la Fondation s’engage à permettre aux propriétés des églises de continuer à faciliter les changements positifs, tout en maintenant un avenir financier sûr.

Qu’est-ce qui motive Singh ? « J’en suis venu à aimer l’église en tant qu’adulte, puis j’ai réalisé de l’intérieur qu’elle s’effondrait d’une manière que je n’avais pas anticipée. L’aspect communautaire de ces bâtiments pourrait être quelque chose dans lequel nous pourrions investir différemment. En réalité, le bâtiment de l’église contenait beaucoup de vie. J’ai été aussi enthousiasmé par les parties non religieuses que par les religieuses. » 

Il poursuit : « Nous devons trouver de nouvelles façons d’évaluer le coût de la finance sociale – en mesurant le véritable coût de nos problèmes les plus graves en matière d’itinérance, d’isolement, de sécurité alimentaire et bien plus encore. »

Il existe des subventions offertes par les gouvernements, notamment par le Conseil du patrimoine religieux du Québec. Le Conseil concentre ses efforts sur les régions: il n’a retenu aucun projet de requalification des lieux du culte dans l’Île de Montréal en 2023-2024. 

Singh croit que le privé est plus efficace pour accompagner les églises dans leur transformation que les paliers gouvernementaux.

En 2004, l’église Saint-Mathias-Apôtre, située dans Hochelaga-Maisonneuve, a fameusement été métamorphosée en Chic Resto Pop. Le Chic offre des repas à prix modique à plus de 600 personnes par jour. Aussi, il aide les personnes sans emploi à intégrer le marché du travail et la société grâce à des services de formation et de développement de l’employabilité.

D’autres églises sont transformées en théâtre. Pensez au Théâtre Gésù au centre-ville de Montréal, ou le Théâtre Sainte-Adèle dans les Laurentides. Y’a du monde à messe!, l’émission de Télé-Québec animée par Christian Bégin, est diffusée depuis le Théâtre Paradoxe, une église désacralisée qui accueille un magnifique plateau. 

Mais beaucoup d’autres bâtiments patrimoniaux sont démolis pour faire place à des condos.


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