Au Nunavik, le Programme d’aide aux chasseurs sert toute la communauté

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Par François Bellemare | Dossier Économie

Les Inuits sont connus pour consommer beaucoup de poissons et de viande de chasse, encore de nos jours. Mais bien peu connaissent le mécanisme en place dans les villages qui permet à tout le monde d’avoir un accès régulier à cette alimentation traditionnelle : le Programme d’aide aux chasseurs.

Dans chacune des 14 communautés du Nunavik, ce service a ses propres locaux à l’hôtel de ville. Par exemple à Kangiqsualujjuaq, où le responsable local Tooma Etok nous en trace les grandes lignes :

« Ce programme poursuit trois objectifs : d’abord, assurer l’accès régulier à l’alimentation traditionnelle à une époque où une proportion grandissante de la population ne va plus pêcher ou chasser comme auparavant. Les causes sont multiples : revenu familial trop faible (alors que l’activité de chasse, entre autres, est devenue très coûteuse en soi), familles monoparentales, proportion croissante de personnes âgées ou socialement isolées. »

Diète traditionnelle

Ensuite, il y a une préoccupation de saine alimentation. Poisson et viande de chasse ont des propriétés nutritives que ne peut remplacer la diète « occidentale » moderne, surtout dans un contexte où tout est importé du sud (aliments moins frais, plus chers, moins variés). Le troisième objectif est de maintenir les activités elles-mêmes, en subventionnant les chasseurs. Ainsi, au retour de la chasse au caribou, par exemple, le chasseur commence par prélever la part qu’il consommera lui-même avec sa famille. Le reste est vendu au service municipal, qui pèse et entrepose la viande dans un immense congélateur communautaire. Chaque famille inuite peut ensuite aller se procurer gratuitement des parts de viande ou de poisson.

Plusieurs espèces animales ne font l’objet d’aucune mesure spécifique de protection. Pour les autres (ex. : béluga, baleine, etc.), le système doit suivre les quotas de prélèvement attribués annuellement à chaque communauté.

Dans ces cas, la municipalité divisera la petite récolte autorisée par le nombre de familles résidentes, puis fera le tour des maisons en camionnette pour livrer une modeste quantité à chaque foyer. Dans la plupart des villages, l’habitude est de laisser débarrer la première porte, qui donne sur un vestibule assez vaste pour y loger un congélateur familial. Ce qui permet au livreur de compléter sa tournée même en l’absence des résidents. 

Chasse et protection faunique

Il faut voir le programme comme une approche intégrée de la chasse et de la sauvegarde des espèces. L’une des plus protégées est le narval, cétacé à la typique défense torsadée qu’il porte sur le bec, et qui lui vaut le surnom de licorne. Kangiqsualujjuaq n’ayant droit à aucune prise, le village a néanmoins pu en recevoir une quantité symbolique, gracieuseté d’une communauté du Nunavut chassant en mer du Groenland.

Le programme a aussi d’autres volets. Par exemple, la vente de munitions et d’équipements (mitaines, parkas, etc.) aux chasseurs. « Dans ce cas, explique Tooma, j’achète les accessoires aux fournisseurs, pour les revendre aux chasseurs avec une marge bénéficiaire négative : achetée à 100 $ au prix de gros, une paire de mitaines pour le grand froid sera ainsi vendue au détail à 50 $ ».

Encore là, cela permet de maintenir sur place dans chaque village l’activité traditionnelle de couture, que les femmes réalisent chez elles ou dans l’atelier communautaire qui leur est attitré. De plus, elles peuvent venir s’approvisionner en peaux de caribou, de phoque, de loup, de lièvre.

« On a aussi, ajoute le responsable, un volet de mission de sauvetage. Avant-hier, par exemple, on a reçu un appel de détresse de chasseurs dont le moteur du bateau était tombé en panne à plus de 100 km au nord du village. Ils ont ainsi pu être récupérés sains et saufs ».

Au Nunavik, le Programme d’aide aux chasseurs sert toute la communauté

Projet journalistique Nunavik 1975-2025

Sous ce titre évoquant le 50e anniversaire de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ) dont sont issues les instances du Nunavik, l’auteur nous livre une série de reportages ou entrevues exclusifs sur cette région au Grand Nord du Québec. Il a bénéficié d’une bourse d’excellence de l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ).

Crédit Photo : François Bellemare


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