Par Colin McGregor | Dossier Médias
Pas facile d’être journaliste ces jours-ci, nous explique Marie-Ève Martel dans son livre Pas de lapin dans le chapeau. Un livre qui ne s’adresse pas seulement aux journalistes, mais à tous ceux qui s’intéressent au journalisme, dont vous, lecteurs.
Comment se déroule la production d’un article de journal, d’un article de magazine, d’un reportage télévisé ? Ce livre nous offre un aperçu fascinant des coulisses de la production de l’information médiatique.
Si vous êtes journaliste en règle, c’est que vous obéissez aux codes de déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), et à ceux du Conseil de presse du Québec (CPQ). Les réfractaires à ces règles sont susceptibles d’être poursuivis en justice par des avocats. En cas, par exemple, d’atteinte à la réputation ; il suffit qu’un comédien, un politicien ou un citoyen se sente lésé par des propos pour constituer un litige.
Les relationnistes — les personnes chargées des relations publiques dans un organisme, une entreprise — ont pour objectif de promouvoir positivement et abondamment leurs clients. Ils ne s’arrêtent devant rien pour influencer les journalistes, qui ont donc pour défi de rester impartiaux. Ces derniers sont en infériorité numérique. En effet, il y a huit relationnistes pour chaque journaliste. Œuvrer avec intégrité, c’est ne pas tomber sous leur influence ni se laisser corrompre par les puissants intérêts de nos sociétés.

Entre l’intelligence artificielle, les photos et les vidéos deepfake (hypertruquées) qui pullulent sur le web, il faut être sensationnaliste pour attirer de l’attention. La pression est partout. Certains politiciens sont prêts à faire du charme pour atteindre leurs fins.
Ce livre répond à des questions d’ordre déontologique. Quand est-ce qu’on peut enregistrer une conversation ? Si quelqu’un divulgue des informations alléchantes sous anonymat, quelles sont les règles du jeu ? Les médias sont-ils obligés de faire des reportages sur tous les suicides ? Dans quelles circonstances est-il approprié d’utiliser l’image de quelqu’un ? Dans une petite communauté, comment critiquer la municipalité sans risquer qu’elle coupe la pub et les subventions à votre média ? Après tout, vous n’êtes qu’un journaliste, à la recherche de la vérité. Et non un magicien qui peut sortir un lapin de son chapeau…
Le journalisme est une profession qui se doit d’être transparente. Selon Mme Martel : « Un magicien est bon quand on ne comprend pas ce qu’il fait ; un journaliste est bon quand on comprend sa démarche et qu’on sait qu’il a agi dans les règles de l’art. » Elle met en lumière certains aspects du métier. C’est assez simple, et non truqué. Il n’y a pas de lapin dans le chapeau, juste des êtres humains qui veulent transmettre de l’information au grand public, aussi clairement et efficacement que possible.
Concernant l’enregistrement de conversations, par exemple : « Il est permis d’enregistrer toutes conversations auxquelles on est partie prenante, et ce, avec ou sans le consentement de notre interlocuteur. » Mais si on souhaite diffuser une entrevue, il faut le consentement de l’autre partie. Il est illégal d’enregistrer des conversations auxquelles on ne prend pas part. Sauf s’il s’agit d’une réunion publique, comme un spectacle ou une séance du conseil municipal. Il y a des nuances à tout ça, bien expliquées dans le livre.
Quant aux suicides, dont la prévention représente un sujet de prédilection ici à Reflet de Société, elle nous explique « L’effet Gaétan Girouard » :
Nom du journaliste animateur qui s’est enlevé la vie en janvier 1999… l’Association québécoise de prévention du suicide a publié une étude qui démontrait que la couverture du suicide de M. Girouard dans les médias avait entraîné une hausse du nombre de suicides… Certaines personnes s’étant enlevé la vie avaient d’ailleurs laissé une référence très claire au journaliste, notamment des photos.
Une réflexion des effets et conséquences des informations divulguées par les médias traitant particulièrement « les limites parfois floues de la vie privée et de la vie publique, » est nécessaire.
L’intelligence artificielle (IA) est capable d’écrire un texte sur n’importe quel sujet. « Heureusement, avec le poison est venu l’antidote : l’IA est devenue drôlement efficace pour détecter et signaler des contenus fallacieux ».
Il faut traiter les nouvelles avec soins, en partageant de l’information de qualité au grand public. Comme nous dit bien l’auteure : « Un média qui perd l’appui du public n’a plus sa raison d’être; une société où l’on retrouve des médias fragilisés est à risque, elle aussi, de voir s’effondrer certains de ses piliers les plus essentiels. »
Pas de lapin dans le chapeau par Marie-Ève Martel, Éditions Somme toute, 2023, 155 pages.
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