Certaines pièces de vêtements ont des origines surprenantes!

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Par Anne Marie Parent | Dossier Éducation

Dis-moi ce que tu portes…

Derrière les vêtements que nous portons quotidiennement se cachent souvent des histoires méconnues. C’est le cas de pantalon, chandail et tuque, trois mots familiers qui ont vu le jour en Italie, en France et… peut-être en Espagne.

Pantalon

Le mot pantalon puise ses racines dans un univers inattendu : celui du théâtre italien du XVIᵉ siècle. Il vient de Pantalone, personnage emblématique de la commedia dell’arte, reconnaissable à son vêtement long et ajusté couvrant les jambes. Il semble que Pantalone tirerait son nom de San Pantaleone, un saint très populaire à Venise, où une église lui est dédiée dans le quartier du Dorsoduro.

Ce costume a fini par donner son nom à la pièce de vêtement elle-même, en référence au style du personnage. En effet, dès 1650, pantalon apparaît en français pour désigner un habit couvrant les jambes jusqu’aux chevilles. Rappelons que les hommes portaient auparavant des culottes bouffantes resserrées aux genoux, avec de longs bas. On peut dire que Pantalone a lancé une mode qui perdure encore de nos jours!

Chandail

Le mot chandail permet quant à lui d’explorer les Halles (marchés) de Paris. Au XIXᵉ siècle, les marchands d’ail et les ouvriers du marché aux légumes portaient des tricots de laine épais pour affronter le froid matinal. En prononçant rapidement, on les surnommait les « ’chands d’ail », contraction de « marchands d’ail ». À partir de là, le terme a cessé de désigner les marchands pour s’appliquer directement au vêtement, qu’on a alors orthographié chandail.

De nos jours les Français emploient davantage le mot pullover (ou pull) plutôt que chandail, utilisé encore au Québec.

Tuque

La tuque est un mot bien québécois. Attesté dans le français canadien dès 1659, il désigne le bonnet d’hiver tricoté en laine, souvent surmonté d’un pompon. Son origine est plutôt obscure.

Selon le Dictionnaire historique du français québécois (dhfq.org/article/tuque), il pourrait provenir du préroman tukka, qui signifie courge, colline, monticule, devenu tuc et tuque en Occitanie (sud-ouest de la France).

Ou encore de l’expression « bonnet à la turque » : « une sorte de bonnet rouge fabriqué en France dès le XVIe siècle, surtout à Marseille et à Orléans, et destiné à l’exportation vers le Moyen-Orient, d’où le nom qui leur a été donné. Ces bonnets auraient été adoptés par les marins, se seraient finalement retrouvés en Nouvelle-France et auraient fait partie de l’habillement des miliciens canadiens », explique-t-on sur le site dhfr.org.

Autre étymologie possible : tuque serait une déformation du mot toque, qui apparaît en France au XVe siècle pour désigner un chapeau rond pour hommes ou femmes, ou une coiffe. Le français toque dériverait lui-même de l’espagnol toca, signifiant « coiffe féminine ». L’espagnol pourrait l’avoir emprunté à l’arabe taqa, possiblement lié au persan ancien taq, évoquant un voile ou un châle.

La savoureuse expression « Attache ta tuque avec de la broche » signifie de bien se préparer en vue d’affronter une situation qui s’annonce difficile. L’idée d’empêcher la tuque de s’envoler par grands vents en l’attachant bien solidement est amusante! (La broche étant le cordon de fer qu’on utilisait pour attacher les bottes de foin)

Expression vestimentaire

L’expression « parler à travers son chapeau » – très courante au Québec depuis le début du XXe siècle – signifie parler d’un sujet que l’on ne connaît pas vraiment, sans savoir de quoi on parle, ou encore dire des bêtises sans fondement. Au début du XXe siècle, on entendait aussi « parler à travers sa tuque »!

Cette locution n’a pas d’origine française historique propre : elle est un calque de l’expression anglaise to talk through one’s hat. L’expression est attestée dès la fin du XIXᵉ siècle dans les pays anglophones et a été utilisée pour désigner quelqu’un qui dit des choses absurdes ou imprécises avec confiance, comme si les mots traversaient un objet (le chapeau) qui les sépare de la pensée claire. L’origine exacte de cette métaphore est incertaine.

Au Québec parler à travers son chapeau est aujourd’hui perçu comme un anglicisme idiomatique et l’Office québécois de la langue française recommande d’utiliser la locution plus formelle « parler à tort et à travers ».

Sources :

CNRTL – Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (www.cnrtl.fr);

 Dictionnaire Collins (collinsdictionary.com), thevillageidiom.org.

Dictionnaire étymologique de la langue française, Presses universitaires de France;

Dictionnaire historique du français québécois (dhfq.org); je-parle-quebecois.com;

 Dictionnaire Orthodidacte :  dictionnaire.orthodidacte.com;

Encyclopédie canadienne (encyclopediecanadienne.ca),

Office québécois de la langue française (vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca);

TLFi – Trésor de la Langue Française informatisé (www.atilf.fr);


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