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Témoignage : 6 ans et en affaires

Raymond Viger | Dossier Économie familiale, Économie.

Je viens de terminer mes classes. Après avoir joué un peu dans la cour d’école… Business meeting. Je rencontre les deux artistes que je représente pour faire le point sur nos ventes.

Le premier fait de petites croix avec de petits carreaux en céramique. Elles peuvent être accrochées à un collier ou encore épinglées sur le chemisier. Le deuxième fait des illustrations. Ils les encadrent avec des bâtons de popsicle. Je m’occupe de faire la promotion de leurs produits.

Je prends la parole pour clarifier notre méthode de travail.

— Le produit se vend 0,25 $. Le partage se fait en cinq part égales : cinq sous pour chacun des artistes, cinq sous pour moi qui fait les ventes, cinq autres pour payer le réassort des produits et le dernier cinq sous est mis de côté pour permettre au commerce de faire de la recherche et du développement ou tester de nouveaux produits.

Les artistes voulaient en avoir plus. Ils ne voulaient pas partager les ventes avec l’autre. Mais il faut bien définir les règles d’engagement pour assurer la bonne marche de l’entreprise.

Du haut de mes 6 ans, fier de représenter 2 artistes, je fais du porte-à-porte, presque tous les soirs. Une réussite totale. Comment résister à un jeune de cet âge qui se prend en main ?

Mais rien n’est éternel. Deux ans plus tard, les artistes sont moins intéressés à continuer de créer. Il faut se réinventer et voir la vie autrement.

Témoignage : 6 ans et en affaires
Crédit photo : Raymond Viger

Je suis intéressé à vendre des journaux. Le Journal de Montréal avait déjà atteint le nombre de camelots nécessaires pour couvrir mon quartier. Il y en avait sur les coins de rue, à la sortie de l’église… Puis un nouveau journal voit le jour, le Dimanche Dernière Heure. Une occasion rêvée de sauter dans l’arène, de prendre ma place avec un produit encore méconnu.

À cette époque, les journaux inscrivaient deux prix sur la première page 0,20 $ et 0,25 $. Un prix quand tu l’achètes au dépanneur et un autre lorsqu’il est vendu sur le coin de la rue ou livré à domicile. Cela permet de payer le camelot.

Dimanche Dernière Heure n’est vendu qu’au dépanneur. Aucune route de camelot n’est disponible. Ils n’ont pas encore d’abonnés. Je rencontre mon père et je lui dis que le dimanche, il lira le Dimanche Dernière Heure. Je vais aller le chercher pour lui.

Dimanche arrive, je demande le 0,25 $ à mon père pour son nouveau journal. Le financement de ma nouvelle entreprise assurée, je me dirige vers le dépanneur en lui disant.

— Je reviens dans 3 heures avec ton journal.

J’achète le premier journal de mon père. Je cours vers le coin de rue pour le vendre. 

L’automobiliste me donne 0,05 $ de pourboire. Je retourne au dépanneur et j’achète un 2e journal. Il me reste 0,10 $ en liquide. Après la vente du 2e, je peux déjà en acheter 2 en même temps. En vendant ces deux journaux, je pourrais en acheter trois du coup, après.

Je planifie mes opérations entre le coin de rue et la sortie des gens de l’église. Quand la circulation diminue et que les messes du dimanche matin sont terminées, je retourne en direction de la maison en faisant du porte-à-porte pour ramener mon inventaire au seul journal commandé par mon père.

En lui remettant son journal, il me demande ce qu’il advient du cinq sous qui devait lui revenir. Sans hésiter, je lui ai répondu :

— Ton journal a été livré à domicile, il te coûte donc 0,25 $.

Gestion des inventaires, stratégies de vente, capacité marketing à présenter son produit, l’audace de cogner aux portes et de vendre son journal… Une excellente formation pratique pour un jeune.

Si vous me demandez maintenant ce que je pense de cette loi qui empêche un jeune de moins de 14 ans de travailler, je suis absolument contre. Je suis d’accord qu’il faut éviter l’esclavage et le mauvais traitement des enfants. Mais il ne faut pas empêcher leur épanouissement entrepreneurial.

Faites vos recherches. Vérifiez quand et comment les grands entrepreneurs de ce monde ont débuté leur formation terrain.

Beethoven jouait du piano dès l’âge de 4 ans. Moi, j’étais moins précoce que lui. J’avais deux employés à l’âge de 6 ans ! Quoique son premier concert ait été donné à l’âge de 7 ans.

  • Extrait du livre Jeunes et entrepreneurship à être publié aux Éditions TNT, printemps 2026.

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Raymond Viger
Raymond Vigerhttps://raymondviger.wordpress.com/
Raymond Viger. Rédacteur en chef du magazine d'information et de sensibilisation Reflet de Société, édité par le groupe communautaire Le Journal de la Rue. Écrivain, journaliste et intervenant. raymondviger.wordpress.com www.refletdesociete.com www.cafegraffiti.net www.editionstnt.com www.survivre.social Courriel: raymondviger@hotmail.com
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