Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est la musique

Frédérique Lapointe | Dossier Famille et Culture

Je suis une enfant de la ville, née et élevée à Montréal, Tiohtià:ke, la ville aux cent clochers. J’ai grandi dans une famille qui, dès mes premiers mots, m’a inculqué un amour du français.  « Ce sera ta langue, ma fille ». Ce français, je l’ai chéri comme la prunelle de mes yeux. Cet amour a fleuri au travers du quatrième art : la musique. En cette fin du mois de la francophonie, je prends ici un moment pour la célébrer.

Évidemment, dans mon enfance, la musique anglophone était omniprésente. Queen, Michael Jackson, les Beatles, Leonard Cohen… pourtant, mon exposition initiale au monde sonore ne s’est pas arrêtée là, loin de là. Dans la voiture, à la radio, la variété française et la chanson québécoise jouaient à fond la caisse. Et ils ont rythmé des instants formateurs de ma très jeune vie. J’ai dansé sur les titres les plus kitsch de Michel Delpech. J’ai versé des larmes bien senties sur le morceau éternel Évangéline. J’ai observé avec émotion celles de mon père sur les chansons de Paul Piché, Francis Cabrel, Plume Latraverse. Et si mes examens du secondaire sont complètement effacés de ma psyché, les paroles de l’album Racine Carrée de Stromae, elles, demeurent à jamais ancrées dans ma tête, indélogeables.

Plus tard, vers la fin de mon adolescence, c’est vers le rap francophone que je me tourne. Plus je grandis, plus je gravite autour de cet art contestataire et surtout, débordant de créativité. J’ai découvert Booba, Kaaris, Le Rat Luciano, Orelsan, et je me suis attachée aux rappeurs avec lesquels j’ai quitté l’adolescence pour entrer dans l’âge adulte : PNL, Damso, Kekra, SCH…

La musique est plus qu’un art, elle fait partie de moi. Je rigole souvent à propos du fait que mon casque d’écouteurs est pratiquement une extension de mon propre corps. Plus encore, la musique francophone particulièrement, car elle provoque un sentiment chez moi qui ne peut être répliqué nulle part ailleurs : l’appartenance.

La francophonie, c’est une union, une histoire de peuples cosmopolites et riches de cultures. Des accents aux quatre coins de la France au français de la Belgique en passant par le Cameroun, la Côte d’Ivoire ou encore la République démocratique du Congo, le français est une langue de résistance, mais aussi une langue avec un lourd passé colonial tant en Afrique qu’en Amérique du Nord.

La musique, elle, demeure, malgré toutes les tribulations. Elle truffe de beauté et de classe les classiques de la variété française, elle façonne les plus beaux morceaux de hip-hop, et elle témoigne aussi d’un partage des cultures qui n’aurait pu se faire sans l’apport des diasporas mondiales. C’est pourquoi entendre des morceaux francophones aux fortes influences raï, amapiano, ou encore bouyon, est une preuve que le français peut aussi être une langue de partage et d’ouverture. 

Aujourd’hui encore, je m’abreuve quotidiennement de ce que la musique francophone populaire offre de mieux. À regarder le succès retentissant d’artistes de chez nous, comme Ariane Roy et Lou-Adriane Cassidy ou encore ceux de Theodora et Ino Casablanca de l’autre côté de l’Atlantique, le français prouve qu’il est une langue en vogue et populaire. Et maintenant qu’il se hisse en 2026 au quatrième rang des langues les plus parlées au monde, cela n’est pas près de s’arrêter. En 2026, en ce mois de la francophonie, prenons le temps de célébrer la richesse du français, son apport à la culture mondiale et, plus que tout, son pouvoir rassembleur.

Chantons et dansons, soyons des étoiles filantes. C’est Karl Tremblay qui nous l’a dit.


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