Chronique linguistique : Mettre des mots sur une période endeuillée

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Par Anne Marie Parent | Dossier Éducation

C’est difficile de perdre un être cher, surtout quand ce n’est pas dans l’ordre naturel des choses, pense-t-on souvent. Un enfant avant ses parents, un jeune parti « dans la fleur de l’âge », avant des aînés… En guise de baume pour mieux comprendre les mots entourant la mort, cette chronique linguistique allait de soi, dans ce numéro spécial consacré au décès de Dali Girard.

1) La douleur du deuil

La période qui suit le décès d’une personne aimée est empreinte de douleur. Pas étonnant que ce processus soit nommé « deuil », puisque selon sa racine étymologique remontant au 10e siècle, ce mot signifie «douleur», du bas latin dolus, substantif du verbe dolere, « avoir de la douleur ». 

Il existait un vieux verbe français provenant de dolere : « douloir » (et « se douloir »). Selon le dictionnaire Littré, « se douloir » est « usité seulement à l’infinitif et encore rarement. Il est dommage que ce verbe si commode et si expressif soit tombé en désuétude ». Définition : « Ressentir de la douleur, se plaindre. On l’entendit se douloir d’une façon lamentable ». (Source : littre.org/definition/douloir)

Le mot condoléances, dérivé du verbe condouloir, est construit avec le préfixe con (« avec ») et le verbe dolere. Il signifie littéralement qu’on partage la douleur avec les personnes affligées.

Attention, on peut offrir nos condoléances à quelqu’un, lui témoigner de la sympathie, mais pas lui offrir nos sympathies (au pluriel), un calque de l’anglais. « En effet, étant donné que sympathie ne comporte pas l’idée de “témoignage”, son emploi à la place de condoléances ne convient pas sur le plan sémantique. » (Source : vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca)

2) Funérailles ou obsèques ?

Le mot funérailles, qui s’emploie uniquement au pluriel, provient du 14e siècle. Du latin ecclésiastique funeralia, « choses concernant les funérailles », il est dérivé du latin classique funus (1er siècle avant notre ère) : « mort violente », « cadavre » et, par extension, « enterrement des morts, funérailles ».

Si au Québec on utilise surtout le terme funérailles, ailleurs dans la francophonie on emploie plutôt le mot obsèques. Comme l’explique le site d’une agence de pompes funèbres française, « les funérailles font référence à la cérémonie commémorative organisée en mémoire du défunt, tandis que les obsèques englobent l’ensemble des étapes du processus funéraire, de la déclaration du décès à la mise en sépulture ou en crémation ». (Source : pechbleu.com)

Le terme obsèques, également employé seulement au pluriel, est issu du mot oseque (12e siècle), emprunté au bas-latin obsequiae, signifiant convoi, cortège funèbre. Le préfixe ob- marque la proximité et sequi se traduit par « suivre ».

3) Thanatologue, le nouveau croque-mort

Les spécialistes de l’embaumement et du transport des corps se nomment maintenant thanatologues, du mot grec thanatos (mort). 

On emploie encore le terme embaumeur, du verbe embaumer, de enbasmer en ancien français du 12e siècle : traiter un cadavre avec des substances antiseptiques et balsamiques – mettre des baumes qui sentent bon – pour ne pas qu’il se décompose.

Moins usité, mais encore très connu dans le vocabulaire québécois, le mot croque-mort aurait trois origines possibles, résumées dans le site Wiktionary :

Pour l’Académie française, il vient de la composition de croquer (« faire disparaître » en vieux français) et de mort.

Une autre opinion fait valoir que durant les épidémies de peste, lorsqu’un corps infecté devait être inhumé, une personne était chargée de l’accrocher avec une longue perche munie d’un croc ou crochet pour éviter tout contact avec le défunt. Cette personne est devenue assez rapidement le croche mort. L’évolution de la langue aurait fait passer croche en croque, ce qui aurait donné le terme de croque-mort.

Selon d’autres sources, moins fiables, le mot viendrait du fait que la personne chargée de s’occuper de la dépouille mortelle des gens auparavant croquait ou tordait le gros orteil du défunt pour vérifier sa mort. (Source : fr.wiktionary.org/wiki/croque-mort)

4) Expression signifiant le grand départ

Il existe de nombreuses façons de dire qu’une personne vient de mourir, par exemple :

Elle est décédée (14e siècle ; du latin decedere, « s’en aller »).

Elle s’est éteinte (12e siècle, esteindre, du latin populaire extingere). Ex (privatif) + teindre (brûler) : cesser la combustion, arrêter de brûler, par extension, éteindre la vie, mourir.

Passer l’arme à gauche. Il existe au moins six origines possibles pour cette expression, dont celle-ci : au début du 19e siècle, durant le règne de Napoléon ses soldats devant changer leur fusil d’épaule pour le recharger, ils devenaient plus vulnérables et risquaient de se faire tuer.

Quelques expressions étrangères signifiant mourir. (Source : fr.wiktionary.org/wiki/passer_l’arme_à_gauche)

  • Afrikaans : « aller au champ des chèvres »
  • Albanais : « remuer la jambe »
  • Allemand : « céder la cuillère »
  • Anglais : « donner un coup de pied dans le seau », ou « mordre la poussière » (également employée en français, cette locution a été utilisée par le poète latin Ovide, au 1er siècle avant notre ère) 
  • Espagnol : « étirer la patte », ou « accrocher les chaussures de foot (ou de tennis) »
  • Finnois : « donner un coup de pied dans le vide »
  • Italien : « tirer le cuir » 
  • Portugais : « aller à la ville des pieds ensemble (= au cimetière) », ou « boutonner la veste »
  • Roumain : « tourner au coin », ou « payer une pièce de monnaie au prêtre »
  • Russe : « jouer dans le cercueil », ou « jeter les sabots »
  • Tchèque : « faire claquer une paire de pantoufles »
  • (Source : fr.wiktionary.org/wiki/passer_l’arme_à_gauche). Autres références : usito.usherbrooke.ca, dicolatin.com, cnrtl.fr/etymologie

Autres références : usito.usherbrooke.ca, dicolatin.com, cnrtl.fr/etymologie


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