Des bas prix… à quel prix ?

Éditorial Raymond Viger | Dossier Économie

Souvenons-nous du Walmart de Jonquière, en 2004. Les employés se syndiquent pour revendiquer de meilleures conditions de travail. Six mois plus tard, Walmart Canada ferme le magasin de Jonquière pour briser le syndicat.

Dès qu’on parle de la création d’un syndicat chez Walmart, une équipe spécialisée est dépêchée pour dissuader les employés de se syndiquer. Et les moyens utilisés peuvent aller loin. Des employés ont rapporté des cas de harcèlement et même de menaces de mort. La fermeture du Walmart de Jonquière a servi d’exemple pour faire peur à toutes les tentatives de syndicalisation en Amérique du Nord.

Deux autres magasins ont réussi à se syndiquer, à Saint-Hyacinthe et à Gatineau. Walmart s’est opposé en disant que la demande d’accréditation syndicale ne représentait pas la volonté de la majorité des employés de ces magasins. Pour ce faire, Walmart engageait de nouveaux employés contre la création du syndicat, réussissant ainsi à désyndicaliser le mouvement.

Cela aura pris 10 années de dur labeur pour que la Cour suprême du Canada conclue que la fermeture du Walmart était illégale, en 2014. La Cour suprême a condamné Walmart à verser des indemnités aux ex-employés. Malgré cela, aucune syndicalisation ne réussit à survivre chez Walmart.

Imaginez que vous êtes un parent d’un jeune qui va à l’école. En plus des besoins de base, comme le loyer, l’alimentation, votre enfant a des besoins financiers pour payer ses études. Si vous perdez illégalement votre emploi et en recevez un dédommagement dans 10 ans, est-ce que vous aurez réussi à financer les études de votre enfant devenu adulte et qui a passé au travers du secondaire, du cégep et de l’université ?

Printemps 2024, les employés de la compagnie Amazon, de Laval, se syndiquent. Janvier 2025, c’est au tour d’Amazon de fermer ses entrepôts du Québec. Licenciements massifs de 1700 employés. Des fermetures qui surviennent en plein processus de syndicalisation. Combien de pertes collatérales faut-il additionner à ce chiffre ?

Ryanair vole bas

Que pensez de la compagnie aérienne Ryanair, qui offre des vols à bas prix ? On pourrait écrire un livre sur les indécences de cette compagnie. France TV a présenté un long reportage sur cette compagnie à rabais : Sous haute pression : le système Ryanair.

En résumé, les employés aux îles Canaries se syndiquent pour réclamer de meilleures conditions de travail. Ryanair ferme sa base des îles Canaries en représailles et congédie ces employés. Même procédé en France où elle déménage ses opérations.

Ryanair se fait imposer par la cour des dédommagements aux employés. Ceux-ci n’ont toujours pas vu la couleur de cet argent.

Les vols de Ryanair représentent plus de 20 % du tourisme des îles Canaries. La ministre du Tourisme, accepte la réouverture de la base Ryanair dans les îles, mais sans exiger de réembaucher le personnel syndiqué, illégalement congédié, ni autres conditions sur le recrutement et les conditions de travail. La compagnie aérienne embauche des Italiens pour faire le travail. Malheureusement, la promesse de créer 120 emplois ne se fait pas à l’avantage des habitants de l’île.

Scandale dans la demeure

Comment réussir à concilier bas prix et qualité de vie pour ces artisans ? D’un côté nous avons des employés qui doivent couper dans leurs conditions de travail pour que les consommateurs bénéficient de bas prix pendant que les propriétaires engrangent des profits faramineux.

Il y a scandale dans la demeure. Si tu veux offrir des bas prix, coupe dans les profits que la compagnie peut faire. Pas sur les êtres humains qui font de ton entreprise ce qu’elle est.

Une façon de le faire serait que les compagnies à rabais soient des coopératives de travailleurs. On fait sauter la tête du serpent qui harcèle les employés, les menace, les maltraite, qui conte des menteries et qui préfère aller en Cour et se faire condamner au lieu d’être un employeur respectueux.

L’ensemble des employés veut offrir un bon service et un bon prix aux clients tout en s’assurant de conserver de bonnes conditions de travail.

Mettre ses culottes

Un gouvernement qui veut agir en bon père de famille ne peut pas laisser de telles entreprises continuer à opérer par la menace, les agressions et les illégalités. Les gouvernements devraient mettre leurs culottes pour rectifier la mentalité de ces géants antisociaux.

Est-ce qu’en arrivant à une certaine grosseur d’entreprise, nous devrions imposer et exiger que l’entreprise soit syndiquée ? Est-ce que des places pour le syndicat devraient se retrouver sur les conseils d’administration et les centres de pouvoirs patronaux ?


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Raymond Viger
Raymond Vigerhttps://raymondviger.wordpress.com/
Raymond Viger. Rédacteur en chef du magazine d'information et de sensibilisation Reflet de Société, édité par le groupe communautaire Le Journal de la Rue. Écrivain, journaliste et intervenant. raymondviger.wordpress.com www.refletdesociete.com www.cafegraffiti.net www.editionstnt.com www.survivre.social Courriel: raymondviger@hotmail.com

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