Des écrans pour exister : Vues d’Afrique, acte 42

Oumou Diakité | Dossier Culture

Depuis plus de quatre décennies, le Festival international de cinéma Vues d’Afrique s’impose comme un rendez-vous incontournable du paysage culturel montréalais. À la croisée du cinéma, de l’engagement et de la transmission, il offre une vitrine essentielle aux œuvres africaines et afrodescendantes, tout en favorisant les échanges entre les cultures.

La 42ᵉ édition, lancée en mars 2026 à la Cinémathèque québécoise, confirme cette mission avec une programmation riche, diversifiée et résolument tournée vers les enjeux contemporains. Plus encore, le festival affirme une volonté constante de mettre en lumière un cinéma africain, diasporique et afro-descendant indépendant, souvent absent des circuits dominants, et pourtant porteur de récits essentiels.

Une programmation foisonnante et engagée

Cette année, le festival impressionne par son ampleur : près de 500 films ont été reçus, dont 117 ont été sélectionnés, représentant 43 pays. Un chiffre qui témoigne non seulement de la vitalité du cinéma africain et diasporique, mais aussi de la reconnaissance internationale dont bénéficie Vues d’Afrique. À noter également : 40 % des œuvres programmées sont réalisées par des femmes, signe d’une évolution notable dans un secteur encore marqué par des inégalités de représentation. Et comme le disait Géraldine Le Chêne : “Ça, ça fait du bien.”

Dans cette diversité, une place particulière est accordée aux cinémas indépendants, qui explorent des réalités souvent peu visibles et proposent des narrations alternatives, loin des logiques commerciales dominantes. Vues d’Afrique devient ainsi un espace où des voix émergentes peuvent exister, se rencontrer et être entendues.

Le film d’ouverture, Une si longue lettre de la réalisatrice sénégalaise Angèle Diabang, adaptation du célèbre roman de Mariama Bâ, donne le ton. Entre mémoire, héritage littéraire et regard contemporain, cette œuvre incarne parfaitement l’esprit du festival : faire dialoguer les générations et les formes artistiques.

Au-delà de cette ouverture, la programmation se distingue par sa diversité géographique et thématique. L’Égypte est mise à l’honneur à travers un hommage au cinéaste Youssef Chahine, figure majeure du cinéma arabe. D’autres cinémas mettent également en lumière les productions ivoiriennes, camerounaises, haïtiennes, marocaines ou encore rwandaises, illustrant la richesse et la pluralité des récits.

Du cinéma, mais pas seulement

Vues d’Afrique ne se limite pas à la projection de films. Le festival se veut un véritable espace de réflexion et de rencontre. Parmi les temps forts de cette édition, la thématique de l’adaptation d’œuvres africaines ouvre un débat stimulant sur le passage de la page à l’image. Comment traduire une mémoire littéraire en langage cinématographique ? Quels enjeux de fidélité, de transformation ou de réinterprétation ?

Des sessions professionnelles viendront également enrichir la programmation, offrant aux acteurs du milieu des opportunités d’échange, de formation et de réseautage. À cela s’ajoutera des activités grand public, comme les Ciné-apéritifs au Baobar, qui transformeront le festival en un véritable lieu de vie, où le cinéma se prolonge dans la discussion et la convivialité. Et tout ça commencera le 2 avril pour se poursuivre jusqu’au 11 du même mois.

Des écrans pour exister : Vues d’Afrique, acte 42
Gerard Le Chêne, fondateur de Vues d’Afrique – Crédit à Oumou Diakité

Le festival s’adresse par ailleurs à tous les publics, avec des séances autant destinées aux jeunes qu’aux aînés, preuve d’une volonté d’inclusion intergénérationnelle. Cette dimension est essentielle : elle permet de transmettre des récits, mais aussi de construire une mémoire collective.

Des figures inspirantes pour porter l’édition 2026

Chaque année, le festival s’entoure de personnalités marquantes. En 2026, la marraine est la chanteuse Djely Tapa, artiste canado-malienne reconnue pour son travail mêlant traditions mandingues et sonorités contemporaines. Héritière d’une lignée de griots, elle incarne à la fois la mémoire et la modernité, deux piliers du festival. Et d’ailleurs quand elle a commencé à chanter à la conférence de presse, tout le monde s’est tu. Sa voix résonnait dans la salle et les paroles bambaras tapissaient les murs du merveilleux que l’on connaissait si bien des grandes chanteuses maliennes. Un véritable moment suspendu pour bien entamer la conférence.

À ses côtés, le parrain Achille Ubalijoro apporte une autre forme d’expertise. Spécialiste de la gouvernance et du leadership, il symbolise l’importance des ponts entre les mondes artistique, économique et institutionnel. Ensemble, ils incarnent une vision du festival tournée vers la transmission, mais aussi vers l’avenir.

Une esthétique au service du sens

L’identité visuelle de cette 42ᵉ édition, signée par l’artiste Ahmed Hasni, reflète elle aussi l’esprit du festival. Intitulée « Projection fertile », l’affiche mêle peinture et création numérique pour célébrer la magie du cinéma. Les couleurs vibrantes, les jeux de lumière et les silhouettes de tournage évoquent à la fois l’énergie créative et le travail collectif qui se cache derrière chaque œuvre.

Un festival ancré à Montréal, ouvert sur le monde

Installé au cœur de Montréal, Vues d’Afrique bénéficie du soutien de nombreux partenaires institutionnels et culturels, tels que TV5 Québec Canada, Québecor ou encore le Conseil des arts du Canada. Cette mobilisation témoigne de l’importance du festival dans le paysage culturel local, mais aussi de son rayonnement international.

Des écrans pour exister : Vues d’Afrique, acte 42
Achille Ubalijoro (parrain), Cyrille Ekwalla (maître de cérémonie), Djelly Tapa (marraine et célèbre griote) – Crédit à Oumou Diakité

Au-delà des chiffres et des projections, Vues d’Afrique joue un rôle fondamental : celui de rendre visibles des récits souvent marginalisés, en particulier ceux issus de cinémas indépendants africains et diasporiques, de questionner les représentations et de créer des ponts entre les continents. Dans un contexte mondial marqué par les tensions identitaires et les replis, ce type d’initiative apparaît plus que jamais nécessaire. C’était visiblement utile l’an passé et ça l’est encore cette année !

Un espace de résistance et de création

La 42ᵉ édition du Festival Vues d’Afrique confirme que le cinéma peut être un outil de compréhension du monde, mais aussi un espace de résistance. En mettant en avant des voix diverses, en valorisant les histoires africaines, diasporiques et afro-descendantes — notamment en dehors des circuits dominants — le festival contribue à redéfinir les imaginaires et à élargir les perspectives.

Plus qu’un événement culturel, Vues d’Afrique est un lieu de mémoire, de dialogue et d’engagement. Et à l’heure où les images circulent plus que jamais, il rappelle une chose essentielle : raconter, c’est déjà exister.

La programmation du festival est déjà disponible sur le site de Vues d’Afrique. Vous pourrez visionner les films à la Cinémathèque Québécoise ou à l’UQAM entre les 2 et 11 avril 2026.

Photo en haut – Crédit à Oumou Diakité


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Oumou Diakité
Oumou Diakité
Oumou Diakité est journaliste, auteure et créatrice de contenus basée à Montréal. Issue d’une formation en communication plurimédia (IGC Business School) et détentrice d’un DESS en journalisme de l’Université de Montréal, elle développe une écriture à la croisée du documentaire, du narratif et de l’engagement social pour ses travaux journalistiques. Elle débute dans les domaines de la communication digitale et du marketing éditorial en 2022, notamment en tant qu’assistante marketing digital chez Ouest-France. Parallèlement, elle affine son identité de rédactrice engagée au sein du média Les Raisonné.e.s, où elle conçoit des campagnes centrées sur des enjeux de responsabilité sociétale, identitaire et environnementale. Elle y développe une approche sensible du branding éditorial en mobilisant des techniques d’écriture narrative et inclusive. Dès 2022, Oumou Diakité est nommée journaliste éditorialiste pour Metaverse Tribune, où elle couvre des événements professionnels, mène des entretiens et développe de nouveaux formats numériques. Elle rejoint en mai 2025 l’équipe de Reflet de Société / Journal de la rue comme journaliste terrain en traitant des sujets liés à l’inclusion, à la précarité et à la jeunesse, dans une perspective humaine et sociale. Et il y a bien d’autres thématiques. Auteure du recueil de nouvelles Journal (im)personnel publié aux éditions Le Lys Bleu, Oumou explore la scène artistique en signant une adaptation théâtrale de ce texte jouée à Montréal. Elle dirige en parallèle racont ars, un média personnel où elle documente, à travers reportages et portraits, les récits de vie et les mondes imaginaires souvent absents des grands circuits médiatiques. Oumou Diakité maîtrise le français (langue maternelle), l’anglais et l’espagnol (niveaux intermédiaires), sait lire et écrire l’arabe.

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